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 L'Alliance de Sang

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Syriel
Reine des Vampires
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MessageSujet: L'Alliance de Sang   Mar 12 Oct à 21:59

"L'Alliance de Sang" est une fanfiction vampirique que j'avais commencé à écrire, par un froid après-midi orageux. Au départ, cela ne devait être qu'une petite nouvelle sur le thèmes des vampires, mais elle a rapidement prit de l'importance et est devenue un histoire à laquelle j'attache beaucoup d'importance.

"L'Alliance de Sang" puise ses racines et ses fondements dans deux grands monuments de la littératures fantastique: Harry Potter (JK Rowling, est-il besoin de le préciser?!) et les Chroniques des Vampires (Anne Rice, pour ceux qui connaissent...). Etant une fan incontestée de ces deux chefs-d'oeuvres, je m'en suis tout simplement inspirée. Alliant à la fois la magie d'Hary Potter et l'esprit plus sombre des Chroniques, "l''Alliance de Sang" nous ouvre les portes d'un monde mystérieux et sombre, où les vampires côtoient les mortels nuits après nuits...

L'histoire en elle-même se déroule sur plusieurs points:
tout d'abord, l'Héroïne, une vampire nommée Louisa d'Aliencourt, conte l'histoire de sa vie à un mystérieux visiteur. À l'intérieur de son récit, que ses souvenirs font revivre, on découvre le monde tel qu'il était il y a un peu plus de deux siècle, en 1795, à Paris. Plus tard, dans l'histoire, les époques changent, mais la vampire reste la même. On poursuit donc en se retrouvant à Vienne, dans les années 1840. Enfin, on terminera à Venise, puis à Londres, au début du 20ème siècle.
Ce fut donc assez difficile pour moi de rester fidèle aux diverses époques que l'héroïne traverse, mais je me suis le plus possible efforcée d'être fidèle aux événements historiques.

Un dernier avertisement, toutefois:
cette fic, bien qu'elle n'en ait pas l'air aux premiers abords, serra par la suite très dark et assez sanglante. Il se peut qu'il y ait également des scènes qui choque la sensibilité de trop jeunes lecteurs. Je vous demande donc de réagir en conséquance et de ne pas lire ce texte si vous avez moins de 12 ans.

J'espère toutefois que mon histoire vous plaira et que vous en apprécierez l'intrigue...

Il ne me reste plus qu'à vous souhaiter une bonne lecture. Je vous demanderais égalemtn de me laisser vos impressions dans la section "Votre verdict" de ce forum.

Merci d'avance à tout mes lecteurs et GROS BISOUXXX!!!!!!!!!!!!!!!


Dernière édition par le Dim 11 Sep à 20:07, édité 1 fois
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Syriel
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 19:58

Oulàààà... je vais ré-éditer tout ça, moi... Comme promis, voici mon acte 1. J'espère de tout coeur que vous aimerez! Si oui, laissz-moi un mot dans la section "Votre verdict", SVP!!! Si non, tant pis pour vous, je ne pourais pas y faire grand chose... Très content


L’Alliance de Sang

Par Syriel


Acte 1 : Louisa d’Aliencourt


« Bonjour. Ravie que vous ayez pu venir. Je sais que vous êtes là, alors inutile de me mentir. Je sens votre présence lointaine, derrière la cloison de cette cellule, où je croupis depuis maintenant trop d’année. Alors, ne vous donnez pas la peine d’essayer de vous cacher en retenant inutilement votre respiration que je perçois nettement. Car chaque pulsation de votre cœur, chaque goutte de votre sang, je la ressens, je l’entends comme si j’étais plaqué contre votre poitrine. Je sais donc parfaitement que vous êtes là, attentif à chacun de mes mouvements, vous demandant sans doute ce que je fais ici, moi qui semblais si intouchable et invincible.
Ce que j’ignore, en revanche, c’est qui vous êtes. Homme, femme, jeune ou moins jeune ? Mais peu m’importe, après tout. Ce que je sais, c’est que vous avez répondu à mon appel, sans doute pour pouvoir assouvir votre irrépressible soif de curiosité. C’est bien et j’en suis heureuse, car après ce que j’ai fais, je pense que peu de gens auraient eu votre courage. Donc, vous voilà venu à moi, seul et solitaire, sans autre bagage que votre intelligence et, je l’espère, quelque gramme d’imagination… Car pour entendre mon histoire et surtout la comprendre, c’est de cela que vous aurez le plus besoin. D’imagination. C’est bien pour cela que vous êtes venu, n’est-ce pas ? Pour savoir, comprendre enfin… Ce doit être ça. Toutefois, je perçois en vous une âme sombre et une puissance admirable qui me laissent indécise quant à vos intentions. Mais je peux me tromper, bien que cela soit rare chez moi.
Si c’est effectivement le cas, si vous êtes venu simplement, comme les autres, m’accabler de reproches et d’injures, vous pouvez repartir, je ne suis pas prête à entendre à nouveau les mêmes paroles blessantes. Oui, blessantes. Vous croyiez que je n’avais pas de cœur, moi, la meurtrière assoiffée de sang ? Celle qui tua tant de personnes avant de se faire prendre, enfin… ? Et bien, vous vous trompiez. J’ai un cœur, comme tout le monde. »

La vampire, enfermée dans sa cellule, se tu un instant. Dehors, on entendait rien, rien d’autre que le hurlement du vent et les bourrasques de neige qui heurtaient les murs de la haute demeure de pierre. Cet édifice avait été construit, il y avait de cela de nombreuses années, par un architecte talentueux, dans un but bien précis. En effet, il se situait quelque part au fin fond de la toundra arctique, en Sibérie, là où les étendues sauvages restaient désertiques et inhabitées. Sur ses murs de marbre noir, parfaitement lisses, on avait inscrit d’anciens sortilèges afin d’empêcher la vampire d’en sortir. Car elle était puissante, très puissante. Trop, peut-être.
Cela faisait déjà plusieurs siècle qu’elle croupissait là, oubliée de tous. Et oui, plusieurs siècles, qui avaient glissés sur elle sans l’atteindre ni la changer. Elle restait là, jeune et forte comme elle l’avait toujours été, se nourrissant de rats qui passaient par là quand la famine la guettait. Ne pouvant sortir, elle avait dû apprendre à se débrouillé seule, afin d’assurer sa survie dans ce monde hostile. Par chance, la température glaciale qui sévissait dans cette partie du monde ne l’atteignait pas, car elle n’était pas humaine. Elle n’était plus humaine depuis longtemps déjà.

Au début de son long, très long séjour solitaire, elle avait gardé espoir, tendant l’oreille, persuadée que ces amis, ses frères ou serviteurs viendraient un jour la délivrer de cette odieuse prison. Mais elle avait attendu en vain. Personne n’était venu. Pas même ses fidèles qui lui avaient jadis juré fidélité. Qu’elle avait été naïve de croire leurs serments ! Ils s’étaient enfuis dès qu’elle avait montré signe de faiblesse. Elle aurait dû prendre plus de précaution avec eux. Mais c’était le passé. Seule et sans amis, elle avait donc renoncé à se battre, recherchant juste sa survie, abandonnant tous ses grands projets pour se laisser gagner par une sorte de torpeur mélancolique. Mais récemment, il y avait quelques mois à peine, elle avait sentit un changement. Elle avait perçu dans le vent une présence maléfique et puissante, infiniment puissante. Avec la même soif de pouvoir et d’ambition qu’elle. Quelqu’un qui, sans lui être tout à fait semblable, lui ressemblait en beaucoup de points. L’espoir avait de nouveau pris racine dans son cœur corrompu par la haine et le Mal. Forte d’une vie nouvelle, elle avait alors lancé un appel au secours, un SOS qu’elle espérait qu’il avait été entendu. Mais cela avait pris du temps, beaucoup de temps, même pour elle qui était pourtant si puissante. Elle était ressortie de cette expérience épuisée et affaiblie par l’immense effort que cela lui avait coûté. Puis elle avait attendu, espérant tout les jours davantage. Elle savait que cela mettrait sûrement plusieurs semaines avant d’avoir une réponse, mais elle était si impatiente ! Mais rien ne venait…

Et voilà que maintenant, alors qu’elle avait abandonné toutes illusions, il était là, derrière la porte de sa sombre cellule. Son sauveur, celui qui la délivrerait. Bien sûr, elle ne doutait pas qu’il lui demanderait quelque chose en échange, mais cela ne l’inquiétait pas. Elle était suffisamment puissante pour exhausser le souhait de n’importe quel mortel. Pourtant, inexplicablement, elle avait peur. Cela ne lui était pas arrivé depuis longtemps, mais elle reconnaissait le picotement caractéristique au creux de son estomac. Ce mortel-là n’était pas comme les autres. Elle avait tendance à les considérer avec mépris, comme si ce n’était que du gibier à chasser, de la nourriture sans aucune autre forme d’intérêt. Mais avec lui, c’était différent, elle le sentait. Il émanait de lui une impression de force, de pouvoir et de volonté qu’elle n’avait encore jamais rencontrée et qu’elle ne parvenait pas à expliquer. Il était puissant, si puissant que, si son instinct n’avait pas été aussi sûr, elle l’aurait considéré comme son égal, un de sa race. La façon dont il était arrivé avait été si silencieuse, si subtile qu’elle avait failli ne pas s’apercevoir de sa présence. Oui… Il était si semblable à elle et pourtant… Mais peut-être était-ce lui, l’Elu dont tout le monde parlait aux temps de jadis, l’héritier Noir, celui qui redonnerait au Mal tout son prestige passé ? Peut-être… mais elle devait en être sûre…

La vampire soupira longuement. La partie n’allait pas être facile, c’était certain. Mais de toute façon, elle parviendrait à le tromper, comme tous les autres. Quand il ouvrirait la porte de sa cellule, elle le tuerait sans autre forme de procès. Elle ne pouvait prendre le risque de voir un ennemi potentiel lui voler son pouvoir, car elle avait plus que jamais l’intention de reconquérir ce qu’elle avait acquît avec tant de peine. Sa puissance, son armée, ses fidèles. Tout, absolument tout. Elle rallierait à nouveau tout ce que ce monde comportait de maléfique et aurait alors une armée invincible, digne de celle qu’elle possédait jadis. Si rien ne s’opposait à sa puissance, bien sûr.
C’est pour cela qu’elle devrait tuer son sauveur le plus vite possible. Il en savait déjà trop sur elle, il l’avait vue, et connaissait sa véritable nature. De plus, le fait qu’il ait reçu son message démontrait bien une disposition très marquée pour les sciences occultes. Il ne fallait pas prendre le risque de le voir se rebeller.
Aussi, lorsqu’il ouvrirait la porte, elle bondirait sur lui et ferait en sorte de l’immobiliser. Puis, le maintenant toujours en vie, elle mordrait sa gorge chaude et boirait son sang. Cela ne faisait que trop longtemps qu’elle survivait, se nourrissant de rats, et elle avait besoin d’une nourriture plus… adaptée… Le liquide si ardemment désiré coulerait alors ses veines, l’emplissant d’une vie nouvelle et lui redonnant la santé. Le cœur de l’inconnu battrait au même rythme que le sien, et ils ne feraient plus qu’un seul être… avant qu’il ne meure.
Et si c’était l’Elu… tant pis. Seule sa survie comptait. Elle n’avait que faire de lui, elle ne c’était jamais intéressée aux préoccupations des mortels…

Lentement, elle releva la tête et fixa les barreaux de sa morne cellule, clignant des yeux pour discerner le visage de son interlocuteur dans le clair de lune. Visiblement, il était toujours là, aussi immobile et attentif qu’il l’avait été jusqu’alors. Son souffle glacé, cristallin, sifflait doucement de l’autre côté de la porte. L’impatience la gagna. Elle voulait sortir, c’était une question de vie ou de mort pour elle. Elle voulait planter ses grandes canines dans la peau douce du mortel, mordre sa chair pour finalement percer son artère. Et après… le sang ruissellerait sur elle et la comblerait de ses bienfaits. Mais il fallait qu’il lui ouvre, avant ! Et quand il le ferrait, il serrait déjà trop tard…

- Et bien, reprit la vampire d’une voix un peu moins froide, plus douce, envoûtante. Ouvrez-moi, puisque vous êtes ici, à présent. C’est bien pour cela que vous avez répondu à mon appel, non ? Pour me voir et me délivrer… c’était bien les termes de notre accord… Alors, ouvrez cette porte !susurra-t-elle presque tendrement. Vous aurez tout ce dont vous n’avez jamais osé rêver…
Un grand rire glacé, aussi froid que la toundra et tout aussi dépourvu de joie, lui répondit. De l’autre côté de la porte, l’inconnu semblait se moquer d’elle. Une vague de fureur la prit soudainement : on ne se moquait pas d’elle impunément ! Il allait payer cet affront.

- OUVREZ !!!! rugit-elle d’une voix de tonnerre. Ouvrez cette porte ou alors… !!!
- Ou alors quoi, Miss ? demanda son interlocuteur d’une vois grave d’homme. Aucun sentiment ne perçait dans ses paroles mais il semblait tout de même s’amuser de cette situation. Un homme. Il n’y avait plus de doute possible. Difficile de lui donner un âge, mais il ne devait pas être très âgé. Une quarantaine d’année, tout au plus… Il serait plus facile à convaincre qu’une femme. Pourtant, l’impression de cruauté et de puissance qui émanait de lui résonnait aussi dans sa voix glaciale, la figeant sur place. Etrange…
- Que comptez-vous me faire ?poursuivit l’homme avec une ironie réfrigérante. Pensez-vous sérieusement pouvoir rivaliser avec le plus grand sorcier de tout les temps, vous, la vampire sanguinaire ?! Vous êtes peut-être très puissante, je vous l’accorde, mais je vous rappelle quand même que cela fait plusieurs siècles que vous croupissez dans ce trou perdu, seule et sans soutient… De plus, à moins que je ne me trompe, vous n’avez plus eu de proies humaines depuis bien longtemps… Cette prison vous empêche de sortir à la recherche de sang neuf… Ne pensez donc pas que je vais commettre l’imprudence de vous ouvrir cette porte… vous n’attendez que cela pour me sauter à la gorge, n’est-ce pas…?
Elle tressaillit. Quoi ? Il l’avait découverte ?! Comment… ? Et il fallait voir avec quelle rapidité il avait compris le moindre de ses projets immédiats… Elle allait donc devoir changer ses plans. Mais d’abord, rassurer l’homme.
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Syriel
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 19:58

- Mais… hésita la vampire d’un ton qui se voulait doux et caressant. Qu’est-ce qui vous fait croire cela ? Vous avez acceptez mon invitation et êtes venu ici de votre plein gré, me faisant donc confiance… Je vous ai appelé car je sentais un vous un pouvoir immensément grand, qui pourrait m’aider à me délivrer de cette lugubre prison. Pensez-vous réellement que, après avoir fourni tant d’efforts pour arriver à mes fins, je vous tue pour m’abreuver de votre sang ? Allons donc, cela ne servirait guère mes intérêts…
L’homme éclata à nouveau de rire et elle su à cet instant que c’était perdu, qu’elle ne l’avait pas convaincu. Peut-être s’était-elle affaiblie avec l’âge, perdant ainsi sa plus puissante arme : la persuasion… ?
Il continua à rire doucement pendant plusieurs instants, avant de finalement se reprendre et déclara alors d’un ton dure, presque impatient :
- Je crois que vous vous surestimer, ma chère…
Elle trembla de rage, mais ne releva pas son insulte.
- Je n’ai pas, poursuivit-il avec une nuance de colère dans la voix, parcouru des centaines de kilomètres pour venir entendre les supplications d’une immortelle au seuil de la Mort. Non. J’attends quelque chose de votre part, moi aussi. Mais cela, je vous l’apprendrais en temps voulu. Mais alors, s’il vous plaît, épargnez-moi vous tours de charmes et vous prières vaines. Cela ne prend pas, avec moi.
Il s’interrompit un instant pour bien mesurer l’impact qu’avaient eu ses paroles puis reprit plus calmement :
- Pensiez-vous donc avoir affaire à un novice, très chère ? Et bien, vous me voyez absolument navré de vous décevoir. Vous vous apercevrez bientôt que je suis un homme de caractère, fait pour diriger et commander. Tout ce que je veux, je l’obtiens, d’une façon ou d’une autre. Et vous n’échapperez pas à la règle… Mais si vous ne voulez pas coopérer, je peux toujours… comment dire… mettre fin « artificiellement » à vos jours. Je n’ai encore jamais vu mourir un vampire et je serais curieux de voir comment cela se passe…

Il s’arrêta à nouveau, laissant planer sur l’immortelle un silence lourd de sens. Elle allait devoir jouer serré pour défendre ses intérêts. Pas question de se laisser manipuler plus que le nécessaire. Surtout par un mortel. Même un mortel comme celui-ci, si fascinant, si… exceptionnel ! Par bien des égards, il lui rappelait… Mais elle ne devait pas penser à cela, pas maintenant. Il fallait qu’elle sorte, il le fallait !!! Prenant soudain sa décision, la vampire se redressa dans sa cellule et, avec toute la dignité et la noblesse dont elle était encore capable, annonça à l’homme :
- Très bien. Puisque de tout évidence, je n’ai pas le choix…
- C’est certain, l’interrompit-il.
- Je coopérais, comme vous dites. Mais sachez, termina-t-elle, un éclat de fureur sourde brillant dans ses yeux d’un noir d’encre, que si vous commettez le malheur de lever la main sur moi, vous vous en repentirez le restant de vos jours.
- Oh mon Dieu !ironisa-t-il avec mépris. Je tremble de peur. Malheureusement, vous n’êtes guère en état de… négocier. Donc, pliez-vous à mes exigences et tout ira bien…
La vampire ne répondit pas, mais envoya valser ses longs cheveux sombres derrière sa tête dans un geste qui se voulait désinvolte. Il l’observait par la lucarne, elle le savait. Il ne fallait surtout pas qu’elle lui donne l’impression d’avoir peur… même si c’était le cas.
- Et quelles sont-elles, s’il vous plait ? demanda-t-elle avec une moue charmante, le plus innocemment du monde. Elle se doutait bien de se qu’il allait lui demander, elle qui avait côtoyé les mortels durant tant de siècles, assistant sans s’émouvoir à leur naissance et leur mort. Le sorcier ne pouvait que lui faire des demandes futiles, rien d’important à ses yeux d’immortelle. Mais si il n’y avait que cela à faire pour sortir…

L’homme ne répondit pas tout de suite, réfléchissant sans doute à la meilleure façon de formuler ses requêtes. Finalement, il laissa tomber, dans le silence glacé de la nuit arctique :
- Tout d’abord, j’aimerais connaître… votre nom.
La vampire retint avec peine un rire incrédule. Comment ?! Mais il était encore plus stupide que les autres ! Il pouvait lui demander tout ce qu’il souhaitait. Certains en auraient profité, mais non, lui voulait simplement connaître son nom ! Comme c’était ridicule ! À mourir de rire… si bien sûr, elle avait pu mourir… !
- Herquorke, annonça-t-elle d’une voix assurée, sûre d’elle. C’était le nom qu’on lui avait donné à son entrée dans le Monde de la Nuit. Son nom de vampire. Car elle devait à tout jamais oublier son passé de mortelle, car sinon… Et puis-je connaître le votre, si ce n’est pas trop vous demander ?
Elle n’avait plus peur, à présent. Ce qu’elle avait ressenti pour le mortel n’était qu’un effet de son imagination, accentué probablement par sa longue solitude. Car seul un idiot ou un fou pouvait lui demander son nom. Pourtant, l’homme ne semblait pas satisfait. Derrière les barreaux, elle le voyait hocher la tête, lentement, de droite à gauche, une ombre ironique de sourire sur ses lèvres fines.
- Bien sûr, acquiesça-t-il, toujours souriant. Mon nom, vous pouvez le connaître, je n’y vois pas d’inconvénients…
Le cœur glacé de la créature eut un sursaut de joie. L’imbécile, en lui donna son nom, il serrait sous son contrôle. Il y avait une loi qui régissait le monde des vampires, une loi qu’il ne fallait pas transgresser et surtout pas oublier. Personne ne devait jamais, en aucun cas, révéler son véritablement nom, celui qu’il avait reçu à sa naissance. Car si quelqu’un le faisait, ses ennemis, mortels ou immortels, pourraient, en usant d’antiques procédés de Magie Noire, s’assurer à tout jamais les services du malheureux. Mais le sorcier l’ignorait, visiblement. Et lorsqu’il commettrait l’imprudence de divulguer son identité, elle l’aurait à sa merci… Parfait.
Le mortel releva la tête et elle vit dans ses yeux si incroyablement bleus, un éclat rouge, maléfique et redoutable. Elle eut un mouvement de recul. Elle n’avait aperçu qu’une fois ce genre de regard, et ce n’était pas dans les yeux d’un être comme lui. Avec un affreux sourire qui ne devait présager rien de bon pour elle, il révéla calmement:
- Voldemort. Je me nomme ainsi.

La vampire plissa les yeux, se concentra pour faire venir à elle les pouvoirs occultes qui lui permettraient de prendre possession de l’homme. Mais elle n’y parvint pas, et le manque d’entraînement n’y était pour rien. Cela ne pouvait signifier qu’une chose :
- Non… balbutia-t-elle. Non… c’est impossible… Vous ne pouvez pas… Vous ne deviez pas savoir… Seuls les vampires peuvent… mais… comment ?!
Le sourire du mage s’élargit davantage, comme si il se délectait cruellement de sa soudaine panique. Il ne lui avait pas donné son vrai nom. Et oui, elle avait été naïve de le prendre pour un sot. Lui aussi connaissait les lois du Monde de la Nuit, pour les avoir étudiées en détails, et il avait aussi plusieurs tours dans son sac. Si elle croyait qu’il allait se laisser prendre au piège aussi facilement, elle allait vite déchanter ! Et il comptait bien obtenir sa véritable identité…
- Effectivement, reprit-il, l’horrible rictus toujours sur ses lèvres fines, je connais vos lois, immortelle. Aussi, je vous demanderai à nouveau de ne pas me mentir et de me révéler votre véritable nom.
Elle fit semblant d’être surprise. Peut-être bleuffait-il, après tout. Comment un mortel aurait pu être au courant de ces choses-là… ? Prenant son courage à deux mains, elle lança d’une voix qui se voulait sûre :
- Quel autre nom ? Je ne vois pas de quoi vous voulez parlez. Je n’en ai jamais eu qu’un seul et c’est celui que je vous ai donné. Herquorke.
Un soupir d’impatience et de frustration lui répondit, puis le sorcier repris sur un ton moins amène :
- À votre guise. Puisque vous ne voulez rien me dire, je suis au regret de vous dire que je n’ai plus rien à faire ici. Si vous ne coopérez pas, je ne vois pas pourquoi je resterais… Mais je suis tout de même peiné de voir que j’ai fait tout ce chemin pour entendre geindre un vampire pitoyable dans ce trou à rat. Tenez, à propos de rats… Je dois vous avertir que j’ai lancé, autours du périmètre de ce bâtiment, un sortilège qui en interdira l’accès à tous les êtres vivants durant plusieurs siècles. Je suis donc navré de vous informer que, faute de proie à vider de leur sang, vous mourrez dans peu de temps. Sur ce, je vous dit au revoir, Miss, et amusez-vous bien !

Il fit soudainement volte-face et repartit comme il était venu, rapide et silencieux, grande ombre noire dans sa cape de velours. La vampire étouffa un gémissement plaintif. Elle ne voulait la qu’il parte. Pas si vite. Si il partait, cela signait sa fin, son arrêt de mort. Et comme il lui avait désormais interdit de chasser des êtres vivants… Comment allait-elle se nourrir ?! Mais… elle répugnait à lui révéler son vrai nom, car alors, elle serait sa chose, et cela, elle ne pouvait l’accepter ! La manipuler, elle ?! Après tout ces siècles qu’elle avait passé, au sommet du pouvoir et de la puissance ?! Pourtant, si elle n’acceptait pas ses conditions, aussi ignoble soient-elles, elle mourrait. Et elle n’était pas prête à cela. Qui sait, peut-être serrait-il un bon … « maître » ?
Rapidement, la vampire se décida et le rappela d’une voix suppliante :
- Je vous en prie, revenez ! S’il vous plait, ne me laissez pas mourir… Je… je vous dirais tout ce que vous avez besoin de savoir…

Un froissement d’étoffe, claquement de botte qui se rapprochait… Aucun doute, Voldemort faisait bien demi-tour. Il semblait être revenu sur sa décision de départ, puisqu’elle le vit lui jeter un regard froid à travers les barreaux de sa cellule. La porte eut un sursaut et de la poussière tomba du plafond. Il avait ouvert la porte. Elle le voyait se dessiner dans l’embrasure mais ne parvenait pas à voir son visage. Il s’avança vers elle, et, dans un rayon de lune, elle l’aperçut enfin. Grand, le teint presque aussi pâle qu’elle, il avait des cheveux noirs indisciplinés qui lui tombaient en mèche sur les épaules. C’était un bel homme et à cet instant, elle fut presque flattée de l’attention qu’il lui portait. Mais ce qui la frappa le plus, c’était cette expression de cruauté qui brillait au fond de ses yeux si bleus. Ce n’était pas un mortel ordinaire…
Il marcha jusqu’à la petite fenêtre de la cellule et observa au-dehors, la beauté immobile et grandiose de la nuit boréale.

- Fort bien, siffla-t-il avec satisfaction. Vous me voyez enchanté de votre revirement brusque, Miss.
La vampire se renfrogna, comme sous l’effet d’un coup. Le mage noir s’en aperçut et lui lança d’un ton plus aimable :
- Très bien. Alors, s’il vous plait, recommençons depuis le début. Depuis le tout début de votre longue, très longue vie. Je veux tout savoir de vous. Mais d’abord, votre nom, s’il vous plait. N’oubliez pas que si vous me mentez, je le saurais…
Lentement, presque avec résignation, la vampire baissa la tête d’un air triste, ses longs cheveux bruns lustrés voilant son visage pâle. Elle murmura enfin, si bas que l’homme dû tendre l’oreille :
- Louisa… Je me nomme Louisa d’Aliencourt…
Aussitôt, elle sentit glisser sur elle les fils de l’ancienne magie, tandis ce que le sorcier prenait lentement son contrôle. Elle essaya de lutter, comme d’habitude, mais cela ne servait à rien. La loi était la loi et même elle ne pouvait y échapper. Elle le laissa faire, ressentant une lancinante douleur s’insinuer dans son corps. Lorsqu’il eut terminé sa besogne, elle releva la tête et il lui dit :
- D’accord, Louisa. Et maintenant, votre vie, racontez-la moi.
Et, calmement, avec une nostalgie à peine dissimulée, elle lui commença à lui conter sa vie :
- Cela se passait en 1795. J’avais 23 ans. En ce temps-là, j’étais une des jeunes femmes les plus comblée de Paris. Car c’est dans cette ville que débute mon histoire…


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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:00

Bonne lecture!!! Très content


Acte 2 : Monsieur de St-Marcande

[ … ] Cela se passait en 1795. J’avais 23 ans. En ce temps-là, j’étais une des jeunes femmes les plus comblée de Paris. Car c’est dans cette ville que débute mon histoire…

Immobile dans l’obscurité de la cellule éclairée uniquement par la pâle lueur de la lune, la vampire commen4a son histoire, l’histoire de toute une vie, qui avait commencé presque 200 ans plus tôt. Et, sans rien dire, respectant sa tristesse et son récit, Voldemort écoutait, impassible mais pourtant attentif. Il faisait attention à la moindre de ses paroles, le moindre de ses soupirs, car il avait envie par-dessus tout d’en apprendre plus sur cette immortelle légendaire.

- Mais ceci, continua-t-elle, c’était avant. Avant que je ne devienne vampire. Avant que je ne rejoigne le Monde de la Nuit…
- Quand est-ce arrivé ?interrogea le mage. Vous en souvenez-vous ?
La vampire étira sa bouche aux lèvres diaphanes en un sourire douloureux :
- Oui. Bien sûr que je m’en souviens. C’est même le souvenir qui reste le plus net dans ma mémoire… Car voyez-vous, au bout de deux siècles d’existence, il arrive parfois que votre mémoire vous joue des tours, mélangeant la réalité et la déformant, au point de ne plus vous souvenir de se qui est vrai ou non… Mais… je parlais de ma vie mortelle, de ma vie avant… C’est par-là que je devrais commencé, ne croyez-vous pas ? Car ainsi, vous comprendrez nettement les étranges circonstances de ma métamorphose…
- C’est entendu, répondit rapidement Voldemort, avide d’en savoir plus.
- Très bien alors, autant commencer tout de suite. Car je risque d’en avoir pour toute la nuit et je n’aimerais pas que l’aube me surprenne…

La vampire s’éclaircit la voix et reprit doucement :
- En ce temps-là, Paris était la ville la plus animée du monde, pour ne pas dire la plus belle. Malheureusement, six ans auparavant, la Révolution de 1789 nous avait fait perdre beaucoup de notre prestige passé. Mais cela n’était pas grave pour nous, les Révolutionnaires : nous étions jeunes, beaux et souvent riches et avions réussi à échapper aux massacres des nobles. Nous étions enfin débarrassés de la monarchie et le peuple nous aimait. Oui, c’était une belle vie, dans une ville si riche si… passionnante et intense ! Je ne compte plus le nombre de réunions ou de galas que nous avons pu donner, dans notre petite résidence privée, à cette époque bénie où tout semblait nous sourire…
Le sorcier se retourna vers elle et se racla discrètement la gorge :
- Vous dites « nous » mais… de qui s’agit-il ?
- Oh ! Excusez-moi, fit-elle, surprise de son intervention. C’est vrai que… j’ai oublié de vous parler de ce détail. Mais je vais rapidement y remédier, ne vous inquiétez pas. Quand je vous disais que j’étais la jeune femme la plus comblée de Paris, je ne mentais. Riche, jeune, belle, intelligente, j’avais vraiment tout pour plaire, et les soupirants se pressaient à ma porte. Pourtant, je les repoussais, invariablement. Je n’étais plus un coeur à prendre ; j’avais trouvé l’amour, le seul Amour de ma vie, probablement. C’était un jeune homme de vingt-huit as, à peine plus âgée que moi, débarqué fraîchement de sa Provence natale. Il s’appelait Cherqual de Finamore, un nom peu courant à cette époque mais qui lui allait comme un gant. Nous nous étions rencontré un jour, par hasard, en nous promenant chacun de notre côté dans le jardin des Tuileries, près du palais du même nom. C’était un froid jour d’automne, en 1794, et le vent glacé soufflait sans états d’âme sur notre belle ville de Paris. Maladroite, les doigts engourdis par le froid, j’avais laissé tomber mon gant, qui était partit au loin, sans que je puisse le rattraper. Cherqual, qui arrivait en face de moi, le reçu en pleine face, et le saisit de justesse. J’arrivai à sa hauteur et je fus tout de suite subjuguée par ses yeux d’un brun sombre très doux, si typique aux méditerranéens, ses cheveux d’un noir brillant qui volaient dans les bourrasques, ses lèvres charnues et sa peau mat. Rougissante et gênée, je balbutiai quelques mots incompréhensibles ; mais il me sourit avec douceur et me tendit mon gant, engageant la conversation. Quelques instants plus tard, nous quittions les Tuileries, bras dessus, bras dessous, pour aller vivre notre vie à deux, ensemble. Depuis ce jour, nous ne nous quittâmes plus jamais, jusqu’à ce que…
Mais cela sera pour la suite de mon récit…
La vampire s’arrêta à nouveau, pour laisser le temps à son interlocuteur de saisir le sens de ses propos puis, voyant Voldemort toujours aussi attentif, reprit dans un souffle :
- Contre l’avis de mes parents qui me destinaient à un parti plus avantageux, je me fiançai avec Cherqual. Cela mis fin aux relations que j’entretenais avec ma famille. Mais je ne me souciais guère de cela, car ils ne m’avaient jamais vraiment aimée, n’adhérant pas à mes idées révolutionnaires. Quelques semaines après, nous nous mariâmes, Cherqual et moi. Ce fut une cérémonie simple et modeste car, bien que noble, je n’avais que très peu d’argent depuis que mes parents m’avaient reniée, refusant de me donner ma dot. Lui non plus n’était pas très riche, pourtant, cela n’altérait en rien notre bonheur, car nous nous aimions de toute notre âme, bien décidés à repousser les difficultés ensemble. En réunissant nos économies, nous réussîmes toutefois à acheter une petite maison, fort modeste bien sûr, mais très agréable. Nous habitions au n° 7, Boulevard du Temple, sur la rive gauche de la Seine. Dans les hautes sphères de l’aristocratie, on racontait de cet endroit que c’était un lieu mal famé où il n’était pas bon de se promener. C’est vrai que l’endroit pouvait paraître étrange, voir même effrayant quand on ne le connaissait pas… Mais cela ne nous gênait pas, nous qui n’écoutions pas les racontars.
Notre maison que je vous disais simple et modeste, avait jadis appartenue à un petit bourgeois qui, après un pari fort heureux, avait déménagé dans un quartier plus cossu de la ville. Nous nous y installâmes donc, satisfaits de constater que la demeure était très bien située. En effet, nos fenêtres donnaient sur le Boulevard, d’un côté et sur une petite chapelle entourée de tilleuls, de l’autre. De l’autre côté du Boulevard, il y avait un long bâtiment de pierre blanche où siégeait la Compagnie des Arts de la Scène. C’était en fait un grand groupe de comédiens constitué de plusieurs troupes ayant chacune son emplacement propre. On y trouvait aussi bien le Théâtre Lyrique que la Compagnie des Funambules, en passant par les Folies Dramatiques et le Théâtre Comique. Ils donnaient des représentations de leurs pièces tout les soirs, et étaient très courus par tout les gens de la haute société.
À côté de chez nous se trouvait une grande demeure de maître, que l’on disait inoccupée depuis en certain temps et peut-être même hantée… Ce n’était que des rumeurs de bonne femme, mais la maison faisait quand même froid dans le dos. Plus loin en descendant la rue, diverses bâtisses se succédaient : l’Orphelinat de St-Siméon, la Bibliothèque des Archives et des Mémoires, l’Atelier d’Armurerie… Mais le plus inquiétant de tous était le cimetière St-Vincent de Villème, un vieux, très vieux cimetière où l’on n’allait pas à la nuit tombée…

À présent, j’étais Mme de Finamore, même si l’on continuait à m’appeler Louisa d’Aliencourt. Rapidement, pour ne pas mettre nos finances en faillite, Cherqual trouva un emploi, à la Bibliothèque des Archives et Mémoires. Il se passionnait pour les livres, la littérature et, plus un ouvrage était ancien et mystérieux, plus il trouvait grâce à ses yeux. Là-dessus, nous partagions la même opinion, nous aimions le savoir, la connaissance. Il écrivait aussi beaucoup. Des articles pour des journaux, des éditoriaux. Ce genre de chose. Moi, je l’aidais de mon mieux ; j’étais devenue une musicienne reconnue. J’avais fait de longues études à l’Académie de Musique et j’en étais sortie avec brio, passant sans peine mes examens de fin d’études. Depuis, je jouais comme soliste au Théâtres des Folies Dramatiques, meublant les entractes par ma musique. C’était un travail honnête et relativement bien payé, compte tenu que j’étais une femme.
Au bout d’une année, lorsque notre budget se fut un peu stabilisé, Cherqual quitta la bibliothèque, pour ouvrir une librairie à son compte. Des œuvres diverses s’étalaient sur ses rayonnages, attendant le client éventuel. Bientôt, nous eûmes notre clientèle attitrée et fûmes assez connu dans Paris. Mr de St-Marcande, un noble qui habitait un peu plus bas que chez nous, venait régulièrement nous rendre visite, et se montrait très généreux avec Cherqual, n’hésitant pas à nous prêter de l’argent quand nous en manquions.
C’était un homme étrange d’une cinquantaine d’année tout au plus. Vif et aimable, il avait le profil sec et cassant de quelqu’un qui avait passé sa vie au grand air. Mais pourtant, quelque chose dans son regard gris métallique me mettait mal à l’aise. Il parlait sans cesse de sciences occultes, d’expériences et de magie noire. Il restait souvent chez nous une après-midi entière, discutant sans relâche avec Cherqual, assis sur le bacon ou dans la librairie. Parfois, tard le soi, alors que je revenais du théâtre, je les trouvais tout les deux, comme deux commères, à parler tout bas dans une pièce sombre. Ils se taisaient à mon approche, redoutant ce que je pourrais entendre.
Un jour, n’en pouvant plus, j’interrogeai Cherqual à ce sujet, mais il me répondit en éclatant de rire qu’il ne fallait pas que je m’inquiète et que ce n’était absolument rien. Comme j’insistais, il déposa un tendre baiser au creux de ma nuque, m’incitant au silence. L’instant plus tard, nous avions roulé tout les deux sur le lit…
Pourtant, ma curiosité n’était pas rassasiée, je voulais savoir, je voulais comprendre, mais Cherqual ne me disait rien, repoussant mes questions sur le sujet avec son habituelle bonne humeur. Je restais donc sur ma faim…

La voix de la vampire s’éteignit dans un murmure et elle fixa le mortel debout devant elle. Depuis quelques instants déjà, il semblait montrer des signes d’impatience, comme s’il souhaitait dire quelque. Avec un sourire poli, elle lui demanda :
- Oui ? Y a-t-il quelque chose dont vous voulez me faire part ?
- Et bien… commença Voldemort, ses yeux bleus tourné vers la vampire. Je voulais savoir ce que… ce que tout cela avait à voir avec votre… transformation ?termina-t-il.
La vampire répondit calmement :
- Je vous ai dit que ma métamorphose c’était passé de façon singulière. En fait, elle ne s’est pas faite dans… «les règles de l’art ». Cela a été un peu plus compliqué que cela. En fait, je ne suis pas une vampire ordinaire… Mais pour que vous compreniez cela, il fallait que je vous parle de Cherqual, car il a tout de même un rôle à jouer…
Où en étais-je, déjà ?demanda-t-elle. Je ne sais plus…
- Vous parliez de Cherqual et de Mr de St-Marcande, lui rappela le mage.
- C’est vrai, souffla la vampire. Et d’expérience… Cherqual était de plus en plus obsédé par les expériences dont lui parlait St-Marcande. Il acheta même un petit bâtiment, près de notre résidence, qu’il appelait « son laboratoire » et où je n’avais pas le droit d’entrer. Quelque chose le rongeait, le tourmentait… Il ne le disait pas, mais je le voyais, je le sentais… Et St-Marcande se faisait de plus en plus assidu de visite. Ils passaient de longues heures, tout les deux, dans les rues sombres de Paris, ou dans le laboratoire de Cherqual, à faire je ne sais quoi. Plus d’une fois, tard dans la nuit, je cru entendre des cris horrifiés, comme quelqu’un que l’on égorgeait. Une vague de panique s’installa bientôt sur le Boulevard du Temple. On disait que les fantômes du cimetière St-Vincent tuaient des jeunes femmes pour assouvir leur cruauté.
Un matin, je découvris, en soulevant par hasard un drap, un long poignard effilé, encore recouvert de sang rouge, je le lâchai en poussant un cri de terreur. Cherqual accourut à mes côtés et m’assura que ce n’était que le couteau avec lequel il venait de couper la viande du repas. Il paraissait si sincère que je le cru.
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Syriel
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:00

Une nuit, alors que St-Marcande était venu lui rendre visite je surpris une de leurs conversations. Et je fus plus que surprise. Ils s’étaient installé dans le petit salon et avait laissé la porte ouverte. Moi, j’étais rentrée plus tôt du théâtre car ce soir-là, il n’y avait pas eu de représentation. Et c’est alors que j’entendis des propos plus qu’étranges…
« - Mais la Mort… la Mort, disait St-Marcande, sur un ton passionné. Qu’est-ce que la Mort ? Vous l’avez vu de vos yeux, Cherqual, vous savez de quoi je parle ! Toutes nos expériences n’avaient qu’un seul et unique but. Prouver que la Mort peut être combattue, qu’elle n’est pas toute puissante ! Dieu n’est pas tout puissant ! La preuve, nous l’aurons eu ce soir… Si nous pouvons disposer de la Vie et de la Mort comme nous le souhaitons, alors plus rien ne peut nous faire du mal ! Nous serrons les maîtres ! Plus puissants que Dieu ou que le Diable !
« - Oui, mais, répondait Cherqual avec une nuance de remord dans la voix. Voyez par quoi nous avons dû passer ! Ces… ces filles que nous avons… que nous avons… Tous cela pour nos expériences… et cela n’a jamais marché !
« - Avant ce soir, non !plaidait St-Marcande, de plus en plus enfiévré. Mais cette nuit, nous aurons la preuve, la preuve que nous avions toujours eu raison ! Alors qu’importe la mort de ces filles ! Elles ont servi la science, la science, mon ami ! Ce sont des cobayes, rien de plus !
« - Mais nous…nous… murmura Cherqual, épouvanté, nous les avons tuées ! Nous avons commis des meurtres, tout cela pour… pour… Nous n’avions pas le droit !
Il y eut un silence, puis Cherqual reprit d’un ton accusateur :
« - Et vous… vous… vous y preniez plaisir ! Ne mentez pas, je le sais ! Vous aimiez les voir mourir, agoniser tandis ce qu’elles vous imploraient… J’ai toujours su que vous étiez quelqu’un de fourbe, de maléfique… de pervers… !
Sa voix se brisa, incapable, semblait-il, d’exprimer toute sa rancœur à l’égard de St-Marcande. Ce dernier se contenta de sourire et de croiser les jambes :
« - La fatigue vous aveugle, mon ami. Vous ne savez plus ce que vous dites. Laissez-moi vous aidez. Oui, nous les avons tuées, mais c’était parce qu’il les FALLAIT !!!
La vérité s’insinuait lentement dans mon esprit, tandis ce que je commençais à comprendre l’atrocité de leur paroles. Les cris que j’entendais chaque soir dans les rues… Le poignard recouvert de sang… La mystérieuse vague de meurtre sur le quartier du Temple… Les jeunes filles qui disparaissaient… Les allusions de Cherqual sur la Mort et Dieu… Et ce laboratoire où je n’avais pas le droit de pénétrer… Cela prenait enfin un sens pour moi…

Voldemort la fixa d’un regard intense, buvant ses paroles somme l’eau claire d’une source.
- Que faisaient-ils ?interrogea le sorcier. Que faisaient Cherqual et St-Marcande ? Ils capturaient des jeunes filles et…
- Oui, approuva gravement la vampire. Ils les suivaient la nuit, dans les rues de Paris et les tuaient, à l’aide d’un poignard. Ensuite, ils les transportaient dans leur laboratoire et là, faisait sur les cadavres des expériences… des expériences atroces pour… pour essayez de les ramener à la vie. Mais toutes leurs tentatives avaient échouées, jusqu’à ce soir. Bien sûr, je ne savais pas encore tout cela. Mais, comme je le pressentais en entendant leur paroles horribles, je courus en hâte jusqu’au laboratoire. La porte était verrouillée à l’aide d’un cadenas mais, prise de panique, je m’acharnai si fort dessus que la chaîne céda et la porte s’ouvrit. Je pénétrai alors à l’intérieur. Tout était sombre et l’on n’y voyait goutte. Une lourde odeur de mort planait dans la pièce. L’air était épais, suffocant, presque écoeurant. Je me saisis d’une bougie et, trouvant à tâtons les allumettes, en enflammai la mèche. Une vision d’horreur se profila alors devant moi :
Un escalier aux marches basses donnait sur une pièce ronde et sombre. Les murs en pierre du laboratoire étaient maculés de sang, traces sinistres couleur de rouille. À la voûte pendaient des chaînes et des instruments recouverts d’une substance gluante. Des immondices et des lambeaux de chair traînaient sur le sol de bois. Dans un coin, une haute table de chêne sur laquelle se tenaient prêts toute une rangée de poignards et d’outils meurtriers. Plus loin, quelques étagères où reposaient des bocaux contenant diverses substances étranges et froide. Dans les coins sombres pullulaient araignées, rats, et autres vermines. Et au fond de la pièce… tout au fond… une caisse de bois où l’on voyait nettement dépasser un bras de femme, livide, recouvert de sang séché...
C’était vraiment un endroit horrible, atroce, indescriptible. Et c’était là que, depuis plusieurs mois, Cherqual et St-Marcande se livraient à leurs sordides expériences. Paralysée d’horreur, ne sachant que faire, je tentai de comprendre ce qui avait poussé Cherqual, pourtant si doux et si gentil, à commettre de pareils crimes. Il avait forcément été influencé par St-Marcande…

La porte du laboratoire s’ouvrit dans un fracas assourdissant, me faisant sursauter. St-Marcande se tenait dans l’embrasure, el visage empourpré et le souffle court, comme s’il avait courut pour venir jusqu’ici. Il descendit l’escalier de pierre et se retrouva devant moi. Cherqual apparut derrière lui, ses yeux s’écarquillèrent quand il me reconnut.
« - Votre femme… siffla St-Marcande. Elle a tout découvert…
« - L… Louisa ?balbutia Cherqual, semblant ne pas y croire.
Je me redressai, malgré ma frayeur et lançai à St-Marcande :
« - Oui, j’ai tout découvert. Je sais tout. Les jeunes filles, les meurtres, vos expériences contre-nature. Tout. Absolument tout. Et ne pensez pas l’emporter au Paradis, Mr de St-Marcande.
Puis, à Cherqual :
« - Cherqual, je ne sais pas ce qu’il t’as fait, ce qu’il t’as dis, mais s’il te plaît, je t’en conjure, ne le laisse plus te manipuler. Arrêtes tes meurtres, tout cela ne sert à rien… Viens avec moi, lui dis-je en lui tendant la main. Viens… Je t’aiderai, je t’aiderai à oublier tout cela… Viens…
Il me regarda, l’incrédulité et l’amour brillant dans ses yeux bruns.
« - Louisa, répéta-t-il. Puis : tu sais tout…
Mais St-Marcante s’avança, menaçant et repoussa ma main tendie :
« - Tuez-là, Cherqual, ordonna-t-il à mon mari d’un ton glacial.
Cherqual recula, horrifié par l’ordre qui émanait du vieil homme.
« - Non… non… protesta-t-il. Vous ne pouvez pas me demandez une chose pareille. J’ai déjà trop tué, trop tué… C’est ma femme, mon seul amour… Je ne peux pas faire une chose pareille…
« - Tuez-la, répéta le vieil homme avec insistance. Elle sait tout, ne le voyez-vous pas ?continua-t-il d’un ton plus doux, comme pour charmer Cherqual. Si vous la laissez s’échapper, elle révélera tout et… ce serra la fin. La fin de nos expériences… NOTRE fin, Cherqual ! Pensez-y ! Vous n’aviez pas envie de tuer ces filles, je le comprends, mais c’est pour la science ! Cela permettra de sauver d’autre gens, d’autres âmes. Mais si vous la laissez tout divulguer, nous n’aurons jamais cette chance, mon… ami. Alors TUEZ-LA !!!
Cherqual tituba en reculant dans l’escalier, le visage déformé par l’horreur que lui inspirait une telle demande. À son côté, pendait le poignard effilé que j’avais aperçu chez nous. Mon cœur commença à battre la chamade. St-Marcande paraissait sérieux et j’espérai que Cherqual saurait lui résister. J’avais confiance en son amour Mais… jusqu’où la détermination de St-Marcande pouvait aller ?

Comme Cherqual ne bougeait pas, le vieil homme réitéra son ordre avec plus de violence :
« - Tuez-la ! Maintenant !!!
Cherqual hocha la tête en signe de refus, le visage livide, les yeux toujours posés sur moi. Dans un hurlement de rage, St-Marcande se rua vers lui et lui arracha le poignard des mains. Puis, il fit volte-face et, avec une rapidité et une agilité surprenantes pour son âge avancé, bondit vers moi et m’immobilisa. Ses mains puissantes enserraient mes bras, me les tordant dans le dos de telle sorte que tout mouvement m’était impossible. Je ne pouvais que crier et gémis de douleur autant que de frustration. Brutalement, comme je tentai de me débattre, il me tordit violement les bras en arrière, m’arrachant un hurlement de douleur perçant. Me lâchant d’une main, il fit courir ses doigts vils sur mon corsage, serrant de plus prêt ma poitrine, la caressant au travers du tissu de soie. Un sourire empli de perversité s’épanouissait sur ses lèvres desséchées. Il pencha sa tête vers mon oreille et me murmura vicieusement :
« - Il est l’heure de mourir, ma chère Louisa. Quel dommage que vous ayez découvert un secret si terrible ! J’aurais tellement vous mettre dans mon lit, pour une seule nuit…
« - Odieux personnage ! réussis-je à cracher, me tordant de douleur.
« - Mais malheureusement pour vous, continua-t-il sans m’écouter, je me vois obligé de vous supprimer. Vous en savez déjà trop… !
Soudain, d’un mouvement rapide et preste, il leva le couteau au-dessus de moi et me le planta brusquement dans la poitrine. Je sentis la lame froide entrer en moi, comme une morsure trop vive, et atteindre mon cœur, tremblant au rythme de ses pulsations rapides. Je hoquetai de surprise, le sang coulant de mon sein et tachant ma robe blanche. Un goût amer me vint dans la bouche, tel un messager morbide. Le goût du sang. Le goût de la Mort. Je la sentais déjà qui me prenais, m’enserrant dans ses griffes glacées. Ma vue se troubla et, pendant un instant, il me sembla que le temps était figé. Je voyais le visage livide de Cherqual et la grimace moqueuse, méprisante, de St-Marcande. Il me lâcha et je tombai à terre, comme une poupée de chiffon, incapable de me tenir debout. Je n’avais plus conscience de rien. J’étais un train de mourir.

La vampire s’interrompit à nouveau, les yeux brillants et les joues encore plus livides, si c’était possible. Comme si elle souffrait de se rappeler ces choses atroces. Voldemort pencha la tête vers elle et murmura finalement :
- Mais… vous n’êtes pas morte, n’est-ce pas ? Sinon, comment auriez-vous pu… être ici aujourd’hui… ?
La vampire sourit, étirant ses lèvres fines juste assez pour qu’il puisse apercevoir ses longues canines pointues :
- J’y viens, j’y viens… Laissez-moi continuer…
- Soit, allez-y, concéda-t-il.
- Et bien, reprit-elle, la voix rauque d’avoir tant parlé. Poignardée par St-Marcande, j’étais en train de mourir. Le sang qui s’échappait à gros bouillon de mon cœur blessé ruisselait sur le sol, me privant de la vie. J’avais 23 ans, et j’allais mourir, parce que j’avais découvert un secret interdit. Dans la brume qui masquait mon esprit mourant, je distinguais faiblement la mince silhouette de Cherqual. Il semblait s’être emparé d’un chandelier, ou d’un objet semblable. Tout à coup, il fondit sur St-Marcande qui se tenait toujours prêt de moi et lui décocha un violent coup sur la tête. Le vieil homme s’effondra au sol, le visage en sang, le crâne enfoncé par le coup porté. Il ne devait survivre à cette attaque. Il resta immobile et ne se releva plus.
Aussitôt, Cherqual lâcha son arme et se précipita vers moi. Doucement, avec précaution, je sentis qu’il me soulevait, me prenant tendrement dans ses bras. Mais c’était trop tard. Plus rien ne pouvait me sauver. J’avais déjà perdu trop de sang, et mon cœur était définitivement blessé. Mais, pour son malheur, Cherqual ne pouvait acceptez ma mort. D’une main tremblante, il retira le poignard, enfoncé dans mon cœur jusqu’à la garde. Il me caressa doucement le visage, enfouissant sa tête dans mes boucles brunes et pleurant de désespoir.
« - Ma Louisa… me murmurait-il à l’oreille. Ne meure pas, je t’en supplie… Louisa, mon seul amour… Si tu savais combien je suis désolé, désolé de tout cela… de tout ces morts, de tout ces crimes… Je ne le voulais pas… J’étais aveuglé, perdu… Louisa… ma vie, mon amour… Reste… ! Je t’en supplie…
Je le regardais de mes yeux de mourante à l’agonie, la Mort se reflétant déjà dans mes prunelles et je lui avouais dans un souffle :
« - Cherqual… je n’ai… je n’ai jamais aimé que toi… Mon amant, mon âme, mon cœur… Je te pardonne… Je t’aime… Ne m’oublie pas…
Je sentis mon âme s’envoler et fermai les yeux. Ma tête retomba lourdement sur ma poitrine. Mais mon esprit, lui, n’était pas parti. J’étais restée sur Terre, mais je ne savais pas pourquoi. J’étais un fantôme invisible que Cherqual ne voyait pas. Pourtant, j’étais avec lui, dans le laboratoire, mais il pleurait sur ma dépouille sans me voir. J’aurais voulu crier pour qu’il m’entende, mais en vain. Ses yeux restaient aveugles à mon désespoir. Je me mis à pleurer avec lui, les larmes coulant sur mes joues presque transparentes. L’homme que j’aimais, mon amour ne me voyait pas. Il ne me verrait jamais plus.

J’étais morte.


Alors?! Toujours aussi bien?! J'attends vos verdicts!!!!!!!!!! dwarf
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:03

Et encore un! L'acte 3, cette fois-ci! J'espère bien vous avoir tennu en halleine jusque-là! Vous allez probablement avoir la réponse à quelques questions que vous vous posiez... Bonne lecture!!!!! D
Au fait, ça vous plait??? Très content


Acte 3 : Cherqual de Finamore

[ … ] J’étais morte.

La voix rauque de la vampire s’était tu tandis ce qu’elle observait distraitement le ciel nocturne, à travers les barreaux de sa cellule. Elle semblait plongée dans une profonde méditation, comme si elle revivait pleinement ce qu’elle racontait. Elle repensait à tout ces moments de bonheur passés, qu’elle avait laissé filer trop vite, sans y accorder trop d’importance. Sa vie de mortelle avait passé comme un éclair, et il lui semblait que rien ne l’avait vraiment marquée. Elle avait été heureuse, bien sûr, mais n’avait pas su profiter de cela. Elle était coupable de s’être montrée trop insouciante. C’était trop tard, à présent…

Le sorcier se rapprocha d’elle, posa la main sur son épaule, rompant ses pensées. La chair de la vampire était aussi froide qu’un cadavre pourtant, cela ne semblait pas le gêner. Il n’y avait aucune trace de peur dans ses yeux bleus. Elle, de son côté, sentait sur sa peau la chaleur du corps, les pulsations rapides du cœur, l’écoulement du sang si riche dans les veines du mortel. Le sang… Elle le sentait couler en lui comme une source de vie et ne demandait qu’à s’y abreuver. Mais elle ne tenta rien contre lui : elle était sous son contrôle, de toute façon et elle ne pouvait rien faire. Autant continuer son récit, avant que l’aube ne vienne les surprendre. Certes, la nuit n’était pas très avancée – il était un peu moins de 23 heures -, mais il lui restait encore beaucoup à dire…
Au moment Où elle s’apprêtait à reprendre, ce fut lui qui parla, lui coupant momentanément la parole :
- Comment ça ? demanda-t-il avec une surprise non dissimulée. Vous êtes morte ?! Pourtant… vous êtes bien réelle, là, devant moi… À moins que… hésita-t-il, à moins que Cherqual…
La vampire eut une moue d’approbation et s’empressa d’approuver :
- Oui… c’est tout à fait exact. Comme vous vous en doutez, Cherqual, ne supportant ma mort, prit une grave décision : il allait tenter le tout pour le tout, dans le but de me faire revenir. Bien sûr, il ne savait pas si cela marcherait, étant donné que ses expériences avec St-Marcande n’avaient pas porté leurs fruits. De plus, son… « maître » n’était plus là pour le guider. Mais son amour pour moi et son espoir chassèrent ses doutes et il se mit à la tâche. Moi, je l’observais toujours, sous ma forme de fantôme translucide et invisible à ses yeux, me demandant tout comme vous ce qu’il allait faire. Je ne craignais pas la douleur, car même s’il touchait ma dépouille charnelle, je ne sentais rien. Non. J’étais simplement curieuse. Curieuse de voir enfin comment il s’y prenait.

Il enlaça mon corps inerte dans ses bras, le tenant fermement malgré la raideur cadavérique qui le pétrifiait déjà et le porta jusqu’à la table de bois qu’il débarrassa de ses instruments. Puis, il alla chercher une bassine de pierre gravée de runes celtiques et divers ingrédients. Il alluma une bougie noire et une rouge, tandis ce qu’il psalmodiait des incantations. Aujourd’hui encore, je n’en comprends pas le sens. Cela semblait être un savant mélange d’allemand, de slave et d’autres dialectes du Nord. Je n’y comprenais goutte, mais il y eu pourtant quelques mots qui retinrent mon attention. Je réussis à comprendre qu’il invoquait le Diable - Satan, Belzébuth, le nom variait sans cesse. Ensuite, il prit un pot de terre cuite qui contenait une poudre vert émeraude. Il en saupoudra lentement le fond de la bassine, et y ajouta trois grains d’orge noirs. Il versa ensuite de l’eau dans laquelle il avait mis à tremper un crapaud mort. Un éclair orangé surgit de la bassine dans un craquement sec qui me fit sursauter. Mais il n’y prêta attention, tout occupé qu’il était à sa préparation. Il se saisit alors d’une fiole de couleur violette et y versa son contenu. La bassine exhalait ne épaisse fumée noire et malodorante. Lorsqu’elle se dissipa, il rajouta sept écailles de je ne sais quel reptile, et recommença ses incantations. Finalement, il ouvrit un clapier déposé sur un coin sombre d’une étagère et en sortit un gros rat. C’était un animal repoussant, noir avec de petits yeux méfiant. Il se mit à couiner de terreur, ne pouvant s’échapper de l’étreinte de Cherqual. Ce dernier le prit dans sa main gauche et se saisit d’un long poignard à la lame fine. Brusquement, il le planta dans la chaire du rat, lui ouvrant la gorge. Ensuite, il pressa le corps du pauvre animal agonisant et répandit le sang encore chaud dans la bassine, mais aussi sur mon front et ma poitrine. Je devrais plutôt dire : sur le front et la poitrine de mon cadavre.
Puis, vint le tour d’une douce colombe blanche, qu’il sortit de sa avec délicatesse. Le pauvre oiseau battit des ailes désespérément, tentant de s’échapper, mais il subit le même sort que le rat. Cherqual lui planta la pointe de son couteau en plein couler et bientôt, le sang macula de rouge ses plumes immaculées. Cette fois-ci, il versa le sang qui coulait dans « ma » bouche entre ouverte. Malgré moi, je frissonnais en le voyant exécuter ces rituels avec tant de sérieux. Il revint ensuite à la bassine de pierre et y trempa une longue feuille d’euphorbe. Quand il l’eut retirée, elle brillait d’une lueur bleue qui semblait surnaturelle. Lentement, avec précaution, il effleura alors le cœur blessé de ma dépouille. La lumière bleue se propagea de la plante à « mon » corps pendant ce qu’il reprenait sa litanie satanique. Elle parcourut « mon » torse rapidement, s’arrêtant sur « ma » blessure, la soignant et reconstituant le sang perdu. Bientôt, « mon » visage reprit des couleurs et un aspect moins rigide. On aurait dit que j’étais simplement endormie. La mixture préparée par Cherqual avait soigné « mon » corps en intégralité.
Mais il n’y avait quelque chose qui n’allait pas, je le voyais dans les yeux bruns de Cherqual. Le corps était à nouveau « vivant », réparé, mais ne se réveillait pas. L’esprit, mon esprit, ne revenait pas. Techniquement, j’étais donc toujours morte. Il se mit ensuite à marmonner d’un air sombre, comprenant que ça ne marchait toujours pas. Il semblait chercher un moyen, une solution désespérée. Je m’approchais de lui et entendis des brides de phrases :
« - Voilà. Tout est fait… Mais c’est encore comme avant… Encore. Le corps vit mais ne se réveille pas de son sommeil. Pourtant, il faut que je trouve…
Il en pleurait de frustration. Je comprenais sa peine et sa douleur : il ne pouvait pas accepter de me quitter, d’oublier son amour pour moi. Il voulait me voir vivre à nouveau. Moi aussi, je souhaitais ardemment le revoir sous ma forme physique, le toucher, l’embrasser… Ce que je ne pouvais faire depuis que j’étais fantôme. Soudain, comme prit par un espoir insensé, il tira à lui un volumineux livre relié de cuir noir. Il le feuilleta rapidement, dans l’espoir de trouver une réponse qui ne venait pas. Puis, tout à coup, il poussa une exclamation de victoire, il venait de dénicher, coincée entre deux pages, une liasse de notes écrites à la main. Je m’approchai un peu plus pour voir de quoi il s’agissait et reconnu l’écriture fine et sèche de St-Marcande. C’était ses notes, toutes ses observations, tout les indices qu’il avait relevé au cours de ses expériences répugnantes. Et tout en bas, écrite à l’encore rouge de façon précipité, un texte que Cherqual s’empressa de lire à haute voix, d’une voix tremblante d’excitation :
« - Sans l’esprit, le corps ne peut vivre. C’est un fait. Pour un esprit rendu, un corps doit être offert. Pour une vie rendue, une autre doit être donnée. Ainsi, l’équilibre peut être préservé. Et nous parviendrons à l’immortalité. Mais il faut que cette vie soit humaine…
Cherqual resta un moment silencieux, après cette singulière lecture. Il semblait être plongé dans une méditation profonde, s’interrogeant sur la signification de ces phrases. Et moi, le fantôme invisible, je me tenais dans la pièce, tentant vainement de trouver un sens à tout cela. Mais la signification demeurait obscure.
Cherqual, de son côté, froissant les liasses de papier dans ses mains tremblantes, répétait toujours la même phrase, comme une litanie sans fin :
« - Pour une vie rendue, une autre doit être donnée… une autre doit être donnée… Mais qu’est-ce que ça signifie ?! Je n’en sais rien… Pour une vie rendue, une autre doit être donnée…. Ca n’a pas de sens… À moins que…
Se frappant brusquement le front d’une main, il marcha jusqu’à ma dépouille et la regarda longuement.
« - C’était donc ça… murmura-t-il enfin. Je comprends, à présent… pourquoi rien ne marchait… Nous n’avions pas tout prévu…
Puis, prenant la main du cadavre, il s’agenouilla à son côté et reprit tristement :
« - Pour que tu vives, Louisa… il faut que quelqu’un meurt. Pour que tu me reviennes, une personne doit donner sa vie… Pour une vie rendue, une autre doit être donnée…
Il pleurait sur mon corps mort, le serrant contre lui comme il l’avait fait de mon vivant. C’était un tableau désespérément pathétique, mais je n’y prêtais guère attention, j’étais estomaquée, sidérée par ce que je venais d’apprendre. Pour que je revive, quelqu’un devait périr ! Non ! C’était trop horrible ! À l’époque, je n’aurais jamais accepté qu’une telle chose se fasse. Cela me répugnais trop. J’étais morte, et je ne voulais pas que quelqu’un meure pour que je puisse revenir ! Maintenant, quand j’y repense, cela me fait sourire. J’ai fais bien pire, depuis, vous pouvez me croire…

Mais… je m’éloigne du sujet… Je vais reprendre, si vous le voulez bien.
- Oui, approuva le sorcier. Je brûle de savoir la suite.
La vampire étira ses fines lèvres gercées dans un sourire entendu :
- Elle risque de vous surprendre. Je vais donc continuer, reprit-elle avec un empressement nouveau, comme si elle souhaitait clore ce chapitre de sa vie rapidement.
Je vous disais donc que, pour me faire revenir à la vie, Cherqual était dans l’obligation de sacrifier quelqu’un, un humain, bien entendu. Ainsi, mon esprit pourrait regagner mon corps, et me faire revivre. C’était ce que je souhaitais le plus au monde. Revivre. Revenir à la lumière. Quitter cette dimension froide dans laquelle je n’étais qu’un fantôme invisible pour les vivants. C’est étrange, n’est-ce pas ? Je suis là, à vous parler de ma propre mort, alors que personne d’autre que moi ne peut dire à quoi cela ressemble. Et bien, pour tout vous avouer, la mort n’est pas si horrible que cela. En fait, ce n’est qu’un état esprit, une lente descente dans la monotonie. Il n’existe ni Paradis, ni Enfers, d’après ce que j’en sais. Les fantômes des gens morts vont et viennent par le monde, mais restent invisible aux vivants. C’est en tout cas comme cela que ça c’est passé pour moi. Pour les autres, je l’ignore.
Mais revenons à Cherqual. Il se tenait toujours agenouillé, prostré, même, auprès de mon cadavre, le serrant avec toute l’énergie du désespoir. Si il avait pu voir que je l’observais, notant chacun de ses gestes, il aurait été passablement surpris ! –elle étouffa un petit rire froid- Mais il ne le savait pas. Il avait recommencé à parler et maintenant que j’étais moins abasourdie, j’entendis distinctement ses paroles :
« - Une vie pour la tienne, Louisa… pour toi ! Mais je ne peux pas !se lamentait-il entre deux sanglots. Je ne peux plus tuer. Ce serrait trop horrible ! J’ai déjà commis trop de meurtres… Mais il faut que tu vives, Louisa, mon amour… je ne pourrais survivre sans toi…
Les larmes coulèrent de plus belle sur ses joues alors si pâles tandis ce qu’il poussait un hurlement de douleur déchirant. Puis, brusquement, il s’arrêta.
« - Il y a peut-être un moyen… marmonna-t-il. Il semblait animé d’une détermination qui ne lui était pourtant pas coutumière. Pour une raison inconnue, cela me fit peur, plus qu’autre chose. Je sentais venir quelque chose, un danger, mais j’ignorais lequel.
« - Puisque je ne peux plus tuer, poursuivit fébrilement Cherqual, je mourrais pour toi ! Je mourrais, plutôt que de te laisser dans cet état, entre la vie et la mort …!
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:03

Je plaquai une main sur ma bouche, pour retenir un cri d’horreur muet. Non ! C’était impossible ! Il… il allait mourir, pour moi ! Il allait se sacrifier pour que je vive à nouveau ! Mais que serais ma vie, sans lui, sans ses baisers, son sourire, son amour ? Je refusais qu’il le fasse. Je voulais qu’il se résigne, qu’il me laisse m’en aller, plutôt que de mourir pour moi. Impuissante, j’essayais de le retenir, de l’arrêter, l’entourant avec mes bras diaphanes, lui criant de ma voix muette d’arrêter. Mais rien à faire ! J’étais aussi légère qu’une brise d’automne et il me traversait sans me voir.
Se saisissant alors du poignard, il revint vers ma dépouille et « me » prit la main.
« - Pour toi, Louisa, murmura-t-il avec amour.
D’un geste rapide et sec, il se planta le couteau dans le torse, côté cœur. Je hurlais, mais il ne m’entendit pas. Il retira la lame, souillée de rouge et observa un instant le sang qui coulait à gros bouillon de sa blessure ouverte. Puis il détacha les yeux de l’affligeant spectacle. Ses iris se teintaient déjà du gris pâle de la Mort, sa vision se faisait plus floue et il clignait des paupières pour résister encore un peu à l’engourdissement qui le prenait. Il se mit alors à psalmodier :
« - Pour un esprit rendu, un corps doit être offert. Pour une vie rendue, une autre doit être donnée. Ainsi, l’équilibre peut être préservé.
Peu à peu, je sentais la magie opérer. Cela marchait vraiment, aussi incroyable que cela puisse paraître. Je me sentais revenir vers mon corps, réintégrer progressivement mon enveloppe charnelle, pendant que la vie s’échappait du corps de Cherqual. Enfin, je repris pleinement possession de mon corps. Dans un effort de volonté, je parvins à ouvrir les yeux… juste à temps pour voir Cherqual agoniser à côté de moi. Quand il me vit revenir, sa bouche s’étira en un sourire heureux, qui pourtant n’était que l’ombre de son habituelle bonne humeur. Il serra plus fort ma main, qu’il tenait toujours et me dit d’un ton rendu sourd par la douleur :
« - Louisa, pardonne-moi, ma bien-aimée… Je t’aurai sauvée, même jusque dans la mort…
Les larmes me vinrent aux yeux. Je ne pouvais accepter qu’il meure. Je l’aimais tellement !
« - Me pardonneras-tu, un jour ?me demanda-t-il d’une voix faible, anxieux de connaître ma réponse.
Je le rassurais en souriant malgré les larmes qui coulaient sur mes joues :
« - Bien sûr Cherqual, je te pardonne. Cela n’a plus d’importance… Je ne t’en veux pas… Mais chuuut, ne parles plus, tu vas t’épuiser.
J’amorçais un geste pour me relever, tout en lui disant :
« -Attends… je vais… je vais t’emmener… le médecin, il te soignera…
Mais il n’eut qu’un pauvre sourire triste et me retint :
« - C’est impossible, Louisa, tu le sais… Je vais… mourir… C’est déjà trop tard…
Je secouai la tête, désespérée, en revenant près de lui :
« - Non ! Cherqual… Non !
Et, dans un effort surhumain, il me murmura sa dernière volonté :
« - Embrasse-moi, Louisa… embrasse-moi.
Je penchais vers lui ma tête, mes boucles brunes lui balayant les paupières et lui donnais le plus doux des baisers. Nous restâmes longtemps, enlacés l’un à l’autre, prolongeant cette étreinte passionnée qui serait probablement la dernière. Enfin, nos lèvres se séparèrent et Cherqual retomba sur les dalles de pierre, en souriant :
« - Je t’aime, Louisa… Sois… heureuse…
Son corps eut un soubresaut de douleur tandis ce que sa tête retombait brutalement contre le dallage froid. Je sentis la pression de sa main diminuer, pour finalement lâcher la mienne. Le bras de mon aimé heurta le sol. Il souriait, même dans la Mort, comme il l’avait si souvent fait dans la Vie, heureux même dans le malheur. Mais moi, je venais de le perdre à jamais. Prostrée près de lui, je hurlais ma douleur et ma peine, mon chagrin et mon amour et ma haine envers la Vie qui m’avait ôté celui que j’aimais. Je maudissais les saints que j’avais jadis prié, leur demandant pourquoi ils n’avaient rien fait ; je maudissais Dieu de l’avoir laisser s’éteindre ; et je maudissais St-Marcande, qui était la cause de notre malheur.
Au bout d’un quart d’heure passé à ces futiles menaces, je me relevai tant bien que mal, les larmes coulant toujours sur mon visage, mais animée d’une nouvelle détermination. Je devais tourner le dos au passé, même si cela allait être difficile. De plus, depuis que j’avais ressuscité, je me sentais étrangement différente. Comme si je n’étais plus vraiment la même personne. Mais, accablée de douleur et de tristesse, je ne m’interrogeais pas plus sur mon nouvel état. Ce qui risquait de me causer des surprises par la suite.
Dans l’immédiat, je devais agir. Au matin, on ne manquerait pas de découvrir la mort de Cherqual et St-Marcande et alors, on viendrait forcément m’interroger. Et avec tout ces meurtres dans le Quartier du Temple, la police en conclurait forcément que c’était moi la coupable. Afin de me disculper de leurs futures accusations, je me saisis d’une barrique qui contenait du pétrole à brûler. J’en aspergeais le laboratoire, les étagères, la table souillée de sang, et les deux corps. Puis, prenant une allumette, je l’allumai et la jetai dans la pièce. Je bondis ensuite en haut des escaliers, pendant que le feu prenait. Les flammes hautes ne furent pas longues à monter, brûlant tout sur leur passage, et s’élevant dans la noirceur de la voûte. Je restai un instant, immobile, à contempler le brasier, mes yeux s’arrêtant sur la dépouille de Cherqual, léchée par le feu. Dans un ultime effort de volonté, je m’arrachai à ce macabre spectacle et m’en retournai à mon logis…

La voix de la vampire se fit plus rauque et s’éteignit finalement, dans le froid polaire. La nuit n’était pas encore très entamée, mais le ciel semblait être d’un noir d’encre, sous la pâle lumière de la lune. Au fin fond de ce cachot sinistre, la vampire pleurait. Elle n’avait pas pu s’en empêcher, en se remémorant tout ces souvenirs horribles. Même si elle avait maintes fois tenté de les publiés, ils étaient toujours présents dans ses pensées et dans ses rêve, mais cela faisait plusieurs années qu’elle n’y avait plus songé. Mais maintenant, tout resurgissait, aussi cruel et tranchant qu’au premier jour. D’une main tremblante, elle se toucha le visage, comme pour mieux se convaincre qu’elle avait pleuré. Elle regarda d’un air interdit les larmes qui brillaient sur le bout de ses doigts livides, telles des diamants précieux. Finalement, elle secoua la tête. Son interlocuteur respectait sa peine, bien sûr, mais elle ne souhaitait pas le faire attendre :
- Excusez-moi… murmura-t-elle, avec une nuance de tristesse dans la voix. Mais… cela faisait si longtemps que je n’avais plus versé une larme… Je ne pensais pas en être encore capable. Pas après ce que j’ai fais. Non pas que je le regrette, mais… Enfin, vous comprenez ma peine, lorsque j’évoque…
Le sorcier hocha gravement la tête :
- Oui, je vous comprends… Cela ne devait pas être facile pour vous, à l’époque…
- Non, en effet, approuva-t-elle, soulagée qu’il ne l’ait pas gratifiée de quelques commentaires mesquins. Je dois dire que ce fut une période assez éprouvante pour moi…
Le mage se rapprocha d’elle et s’adossa contre le mur, assez près pour pouvoir la toucher. Etrangement, il ressentait de la pitié et de la sympathie pour cette vampire qui se livrait à lui sans rien lui cacher. Elle était si semblable à lui et pourtant… si différente ! Il avait envie d’entendre la suite de son histoire, mais plus encore… de l’avoir comme alliée. Car c’était là son projet final. Une alliance.
- Mais, questionna le mortel d’un ton très doux, presque tendre, que vous êtes-il arrivé, après que vous soyez retournée chez vous… ? Vous a-t-on… soupçonnée… ?
Elle secoua la tête gracieusement, faisant voler ses lourdes boucles brunes :
- Non, bien sûr que non. J’avais fait les choses de telle sorte qu’une telle accusation était impossible. Non. Je rentrai en hâte chez moi et me mit en tenue de nuit. Puis, j’allai attendre dans le salon. Le feu, en s’intensifiant, allait probablement ameuter les voisins et l’on viendrait me chercher. C’est ce qu’il se passa. Les flammes consumaient entièrement le laboratoire de Cherqual, à présent et j’entendais dans la rue les murmures effrayés des badauds qui observaient la scène. Comme je l’avais deviné, on vint bientôt m’avertir du désastre. Des coups discrets furent frappés à la porte. Je descendis les escaliers et ouvrit la porte, m’efforçant d’adopter une expression ensommeillée, comme si je venais de me réveiller. Une jeune femme se tenait à ma porte. C’était une demoiselle des environs, que je connaissais de vue et avec qui j’avais quelque fois parlé. Elle semblait effrayée et désolée. Elle me dit d’une voix empressée :
« - Mme de Finamore… il faut que vous… le laboratoire de votre mari… Il a soudainement prit feu… Venez vite !
Je poussai une exclamation de surpris feinte et je la suivis dans la rue, à peine habillée. Sur la place, la petite tour de l’officine achevait de se consumer. Des poutres embrassées s’écroulaient dans un fracas assourdissant et des étincelles s’échappaient du brasier. Autours, des hommes du voisinage s’affairaient, jetant des baquets d’eau pour étouffer l’incendie, mais ils renoncèrent bien vite, car il n’y avait plus rien à faire. Ils se regroupèrent donc à quelques distances de moi, et observèrent le feu en hochant la tête d’un air sinistre. Ils disaient que c’était l’œuvre de l’assassin du Temple, qui avait encore frappé. En voyant cela, je ne pus m’empêcher de pleurer à nouveau, repensant au corps de Cherqual qui se consumait lentement dans les flammes. La fille qui était venu me chercher s’approcha de moi et me jeta un châle de laine sur les épaules en me réconfortant doucement :
« - C’est vraiment une chose horrible pour vous, Mme de Finamore. Je suis tellement désolée ! C’est moi qui ait vu l’incendie et donné l’alerte. Mais cela n’a servi à rien, et tout brûle, à présent !
Comme je continuai à pleurer silencieusement, elle me prit par l’épaule te m’entoura de ses bras, comme une mère qui protège son enfant. Je me laissais aller contre elle, cherchant la chaleur qui me faisait si cruellement défaut. Finalement, elle me demanda :
« - Mais… et votre mari, Cherqual… ? Où est-il ? Je ne l’ai pas aperçu…
Et à moi, pleurant de plus belle, de répondre entre deux sanglots :
« - Il… il était… dans le laboratoire… avec Mr de St-Marcande… et… il n’en est pas sorti !
La fille jeta un regard d’effroi au brasier qui diminuait et laissa échapper, incrédule :
« - Ils… ont… brûlés ?!
J’acquiesçais en tremblant :
« - Oui… Il… il est mort !


Alors?! De plus en plus tragique, non? Je sais, je sais, c'est pas bien gai, tout ça, mais j'aime bien les tournures horribles que ça prend pour mes personnages! Après tout, c'est moi l'auteur, je fais ce que je veux, non?! dwarf
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:05

Et hop, l'acte 4! Et oui, je ne m'arrête pas!!! À propos: vous m'excuserez pour la faute de frappe dans l'acte 3 ! Embarassé J'ai pas eu le temps de le relir correctement!!! Mais bon, je vais pas vous ennuyer plus longtemps avec mes histoire, place au texte!!!!!!!!!!!!!!!!!! Très content


Acte 4 : Gregorio del Avega


[ … ] Oui… Il… il est mort !

La vampire se tu un instant, puis reprit, avec encore des sanglots et de l’émotion dans sa voix tremblante:
- Quelques jours plus tard, j’enterrai Cherqual, mon époux, au cimetière St-Vincent. Je ne sais pas qui s’occupa de la dépouille de St-Marcande, et je m’en moquais. J’étais veuve, à présent, après un an et demi de mariage heureux. Mais je me disais que les choses pouvaient aller plus mal. Je pensais avoir au moins une bonne situation financière. Comme je me trompais ! Etant seule, je repris naturellement la librairie de Cherqual, en plus de mon emploi au théâtre. Et c’est en fouillant dans la comptabilité de mon mari que je m’aperçu qu’en réalité, j’étais proche de la ruine. Pour acheter le laboratoire, Cherqual avait beaucoup emprunté, sans me le dire et dilapidé presque tout nos économies. De plus il avait hypothéqué la maison comme assurance auprès de la banque. Et à présent, les banquiers me demandaient le remboursement total de mes dettes, sans quoi, je perdrais la maison et la librairie, me retrouvant à la rue. Durant les semaines qui suivirent, je du travailler d’arrache pieds pour tout rembourser. Mais cela n’était pas suffisant. Il me semblait que, même si je me tuais à la tâche, je n’arriverai jamais à tout payer. Je fus donc contrainte de trouver un nouvel emploi. J’avais entendu parler d’un directeur de théâtre, Mr Gregorio del Avega, qui dirigeait la troupe du Théâtre Lyrique. Il cherchait à embaucher des musiciens pour ses représentations. Bien sûr, il voulait exclusivement des hommes, mais je me disais qu’avec un peu de chance, en lui montrant ce que je savais faire, il me prendrait peut-être…

J’ai donc pris rendez-vous avec ce monsieur. Il me reçu dans son bureau, une pièce chaleureuse dans les coulisses du théâtre. C’était un homme d’environ 45 ans, le visage aimable, un peu rond, les cheveux d’un blond tirant sur les gris. Ce n’était certes pas un bel homme, mais il semblait sympathique. Pourtant, une étrange lueur brillait au fond de ses petits yeux bleus, perçants, profondément enfoncés dans leurs orbites. Je me souviens très bien la façon dont il m’a regardé quand je suis entrée. Il me détaillait des pieds à la tête, s’arrêtant indécemment sur mes hanches et ma poitrine. J’essayai de ne pas me monter trop mal à l’aise, mais je ne pouvais m’empêcher de ne pas apprécier la façon perverse qu’il avait de me regarder. Il me fit entrer avec un signe de tête et retourna s’asseoir derrière son bureau, ses épais doigts croisés sur la table. Il me fixait avec un intérêt poli. Moi, j’étais plongée dans mes pensées, me demandant si j’avais bien fait de venir… Finalement, comme je ne me décidais à parler, il toussota discrètement, me tirant de ma rêverie angoissée. Je décidai de prendre mon courage à deux mains et de ne pas laisser transparaître ma peur. Il se redressa légèrement sur son fauteuil et me demanda poliment, avec une moue aimable :
« - Oui… Vous aviez demandé à me voir, Mademoiselle ? Que puis-je faire pour vous… ?
La façon dont il avait accentué le « mademoiselle » ne me disait rien qui vaille, mais je lui répondis d’un ton clair et sûr, sans le détromper :
« - Et bien voilà, Mr del Avega…
« - Appelez-moi Gregorio, s’il vous plaît, me susurra-t-il.
« - Heu… hésitais-je. Très bien… Gregorio. Je suis venue car… Et bien, c’est un peu… délicat à expliquer mais… j’ai… j’ai besoin d’un emploi…
Il haussa un épais sourcil gris, me fixa de plus belle, mais ne m’interrompit pas. Je continuai donc sur ma lancée :
« - J’ai entendu dire par quelques unes de mes connaissances, que vous recherchiez des musiciens pour votre théâtre. C’est exact ?
Il approuva d’un signe de tête un peu moqueur :
« - En effet, je recherche des musiciens. Mais on vous a peut-être dit que je veux uniquement des hommes ? De plus, je doute qu’une si jeune femme ait les qualités artistiques nécessaires pour ce genre d’emploi.
Je me redressai sur ma chaise inconfortable et plaidai, avec énergie :
« - Je le sais bien mais voyez-vous… Je suis veuve depuis moins d’un mois et mon… mon époux m’a laissée seule avec plusieurs dettes. Il a hypothéqué notre maison et la banque me demande un remboursement immédiat. J’ai… j’ai absolument besoin de ce travail. J’ai fait tous les théâtres de Paris, mais à part le Théâtre des Folies Dramatiques, aucun ne m’a acceptée. Et comme je ne suis pas assez payée… S’il vous plait, priai-je, les larme aux yeux, j’ai vraiment besoin de ce travail… Je vous en prie… Vous devez m’aider… !
Mais il ne semblait pas attacher beaucoup d’importance à ma pitoyable plaidoirie. Gregorio se contenta de soupirer et de me demander d’un air étrange :
« - Vous êtes veuve ? Vraiment ? Oh, excusez-moi de mon ignorance, Mme…
« - Mme de Finamore, m’empressai-je de compléter.
« - À oui, murmura-t-il d’un ton pensif. C’est bien votre mari qui est mort dans l’incendie de son laboratoire… ?
« - C’est exact, acquiesçai-je en me crispant. Le souvenir de Cherqual était toujours bien présent.
« - Oui… poursuivit-il, de plus en plus absorbé dans sa méditation. Une étrange, très étrange affaire… Un feu qui aurait pris, on ne sait comment, on ne sait pourquoi… Et aucun coupable… Mais peut-être, souffla-t-il en me regardant avec insistance. Peut-être que nous n’avons pas cherché au bon endroit… ?
Je sursautai de surprise : il m’accusait ? Moi ?!
« - Qu’insinuez-vous ? répliquai-je froidement. Que je suis la coupable ?
« - Oh non ! s’exclama Gregorio, un peu hypocritement. Je n’insinue rien, au contraire. Mais… peut-être auriez-vous eu quelques mobiles cachés pour commettre un meurtre ? C’est vrai, une jeune femme, seule, sans époux, cela prête à confusion. Vous auriez pu vouloir vous débarrassez de votre mari pour ensuite voler vers d’autres conquêtes… ?
Son ton était si ironique et sa voix si suave, dégoulinante de politesse qui cachait les pires accusation… ! Je n’en pouvais plus. Je me relevai brusquement, faisant claquer mes talons sur le parquet et m’exclamai avec colère :
« - Êtes-vous enquêteur, Monsieur, ou directeur de théâtre ? Je suis venue pour un emploi, et non pas pour extrapoler sur la mort de mon mari !
Je m’apprêtais à partir, mais il me retint en me disant :
« - Veuillez m’excusez, Madame. Je ne vous faisais part que des rumeurs…
Sa voix s’était refaite aimable mais une lueur désagréable brillaient dans ses yeux porcins.

Le mage se redressa vivement du mur auquel il s’était adossé. Il fixa la vampire d’un air surpris et demanda, d’un voix incrédule :
- Quoi ? Mais… il ne vous avait pas vue, quand même ?
- Non, bien sûr que non, répondit la vampire en hochant la tête avec lassitude. J’avais pris toutes les précautions nécessaires. Personne ne m’avait aperçue mettre le feu au laboratoire. C’était seulement une tentative de Gregorio pour essayer de me déstabiliser… Il aimait jouer ainsi avec ses employés. Avec les femmes, en particulier…
- Et qu’a-t-il fait, ensuite ?interrogea avidement le sorcier. Vous a-t-il… fermé la porte au nez ?
La vampire eut un petit rire discret :
- Pas du tout. Au contraire, il sembla reconsidéré sa décision. Il réfléchissait sans doute aux avantages que lui apporterait une musicienne et en vain rapidement à la conclusion suivante :
« - Mais, excusez-moi Mme de Finamore, hésita-t-il avec une certaine ironie. Mais il me semble que si je vous engage je… devrais vous payer moins qu’un homme, je me trompe ?
Je me rétractais. Les hommes, toujours près de leurs sous !
« - Effectivement, concédai-je à contre cœur. Ce qui occasionnera pour vous des économies qui se révéleront considérables, à la longue. Si vous souhaitez m’embaucher, bien sûr…
Se redressant sur son fauteuil, il m’adressa un sourire affable :
« - C’est une possibilité que je commence à envisager, en effet. Vous semblez être quelqu’un de volontaire, Mme de Finamore et… vous me paraissez assez sûre de vous. Il vous en aura fallu, de l’audace, pour venir me voir, sachant pertinemment que je n’engageais que des hommes. Mais il se peut que je revienne sur mes décisions. À ce proposa… vous ne m’avez pas dit de quel instrument vous jouez… ? Je me trompe ?
Je restais un instant silencieuse, étonnée par ce soudain revirement de la part de ce petit homme inquiétant.
« - Heu… me repris-je avec un temps de décalage. Du clavecin ! Je joue du clavecin, Gregorio. J’ai… j’ai étudié plusieurs années à l’Académie de Musique, et j’en suis sortie avec toutes les mentions. Voici mes certificats.
Je lui tendis une liasse de papiers qu’il saisit en me caressant la main au passage. Je me rétractai aussitôt. Gregorio prit son temps, lisant les documents avec une intention toute particulière, fronçant les sourcils. Moi, j’attendais, sachant que mon avenir ne dépendait que de cet emploi.



Finalement, il releva la tête et me fixa d’un air appréciateur :
« - Très bien, Mme de Finamore. Je vois qu’effectivement, vos mentions sont… et bien… excellentes, pour ne pas dire parfaites ! Vos professeurs semblaient avoir une haute, très haute opinion de vos capacités… malgré le fait que vous soyez une femme.
Je m’agitai, faisant crisser ma robe et demandai, plein d’espoir :
« - Alors… allez-vous m’engagez dans votre théâtre… ?
Il secoua la tête, comme aux prises avec un affreux doute :
« - Je ne nie pas que vos certificats sont excellents mais j’aurais… comment dire… besoin d’une preuve plus complète de vos talents de musicienne…
« - Une démonstration ?interrogeai-je, sentant mon cœur bondir de joie. Si c’est une démonstration que vous voulez, alors je n’y vois aucun inconvénient. Je peux parfaitement vous démontrer l’étendue de mes capacités sur l’heure !
Je devais avoir l’air un peu prétentieuse en disant cela, mais le simple fait d’exécuter une œuvre au clavecin me mettais dans un tel état de félicité que j’en oubliais le reste. Ah ! La musique… C’était ma passion, ma vie, mon âme. Et si ce directeur de théâtre sceptique avait besoin d’une preuve, il n’allait pas être déçu !
Il ouvrit des yeux un peu étonnés, ne s’attendant sans doute pas à une telle déclaration venant de moi, mais hocha la tête d’un air approbateur :
« - Très bien, allez-y, Mme de Finamore. Epatez-moi.
Mais la lueur moqueuse dansait toujours dans son regard bleu… Nonobstant son ironie déplacée, je me dirigeai d’un pas assuré vers le clavecin que j’avais aperçu au fond de la pièce, près de la fenêtre à balcon. C’était un bel instrument en bois acajou, mordoré et brillant sous la lumière chaude du soleil automnal. Je m’assis sur le tabouret bas et posai mes mains sur le clavier, retrouvant avec joie les notes familières et rassurantes. Sans attendre la permission de Gregorio, je débutai mon morceau, écoutant attentivement chaque son pour y desceller une quelconque erreur d’harmonique. Mais tout était parfait. Ce clavecin jouait juste et en plus, son timbre était doux, plaintif, comme un chant d’oiseau dans un pâle matin d’hiver. La résonance, enchanteresse, s’envolait dans les airs, telle une mélopée fantastique. Je sentais mon cœur s’enflammer, tandis ce que je me laissais porter par la magie de la musique qui résonnait à mes oreilles. La mélodie gagna en assurance, se fit plus aérienne encore, plus vive, et plus joyeuse. Les doux trillent qui naissaient sous mes doigts experts m’emportaient dans un pays merveilleux aux teintes roses, un univers personnel où j’étais la seule é pouvoir pénétrer. Je fermais les yeux, me laissant aller à cette sensation de bonheur sans limites que j’éprouvai à chaque fois que je me mettais à jouer. Puis, lentement, mes mains se firent plus douces, plus caressantes, et progressivement, la musique diminua, perdant de sa vivacité, pour finalement ne plus être qu’un murmure mélancolique, qui se tu enfin dans un dernier accord triste. La note finale résonna longuement dans la pièce, prolongeant l’intensité de cette magie peu commune…

Tout à coup, Gregorio bougea sur son fauteuil, brisant en mille éclats le recueillement où je m’étais plongée. Il se racla la gorge et quand il me regarda, ses yeux n’exprimaient plus son habituelle ironie. Il paraissait impressionné. Dans un geste lent, je me retournai face à lui, afin de connaître son verdict. Personnellement, je n’étais pas mécontente de moi : j’avais joué parfaitement juste et avec une très grande émotion. Bien sûr, ce n’était pas parfait, mais quelque chose me disait que cela avait suffit à Gregorio. Enfin, il se décida à me délivrer sa décision, qui ne manqua pas de me ravir :
« - Bienvenue parmi nous, laissa-t-il échapper d’une voix faible, encore sous le charme de ma musique. Je suis, vraiment… continua-t-il en hésitant un peu sur ses mots. Vraiment impressionné. C’est cela. Impressionné. Jamais je n’avais entendu quelqu’un jouez avec une telle émotion, une telle virtuosité. Vous alliez à la fois la dextérité et la pratique, l’émotion et le touché, mme de Finamore.
Je souris, pas peu fière de moi :
« - Vous pouvez m’appelez Louisa…
Ce fut à son tour de sourire, mielleusement :
« - Oui, bien sûr, Louisa. En tout cas, vous êtes engagée, poursuivit Gregorio en se levant de son fauteuil.
Se saisissant d’une feuille de couleur jaunâtre, il me la tendit et ajouta :
« - Vous jouerez au Théâtre tous les soirs, de 21 heures à 23 heures, durant les entractes. Vous serrez payée à la mensualité, donc une fois par mois. Nous discuterons de vos honoraires ultérieurement, mais je pense vous payez plus que la moyenne, compte tenu de vos talents… Cela vous convient-il ?
Je hochai la tête, ravie de cet arrangement :
« - Tout à fait, Gregorio. De 21 heures à 23 heures… Très bien. Il se trouve justement que je finis mes représentations au Théâtre des Folies Dramatiques à 21 heures. Cela pourra peut-être occasionner un léger retard de ma part, mais je devrais m’arranger.
« - Ne vous inquiétez pas, Louisa, me rassura l’homme. Je connais le directeur de ce théâtre ; c’est un de mes très bons amis, et nous devrions parvenir à un arrangement…
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:06

Il s’approcha de moi et me raccompagna à la porte en me disant :
« - Vous commencerez ce soir.
Etrangement, sa main s’était arrêtée sur mon avant-bras et son vidage avait repris son expression mesquine et ironique d’alors. Un peu mal à l’aise, je tentai de me dégager, mais il referma sur mon bras une poigne de fer, m’empêchant d’avancer. À présent, ses yeux porcins lorgnaient sur ma poitrine et sa respiration s’était accélérée. J’avais peine à croire que c’était le même homme. Il poursuivit, un odieux sourire se dessinant sur ses lèvres gercées, tandis ce qu’il voyait la peur dans mes yeux :
« - Mais peut-être… pourriez-vous venir plus tôt… ? Afin que nous fassions… plus amplement connaissance…
Sa voix était à présent rauque. J’étais face à lui, impuissante. Il me tenait fermement et n’avait pas l’intention de me laisser m’en aller. Lentement, vicieusement, il s’approcha de moi, me plaquant contre le mur, près de la porte. Je tentais de me débattre, en vain. Il posa sa main sur ma taille fine et remonta, caressant vulgairement mes seins. Je sentais son souffle chaud sur mon visage, ma bouche à quelques centimètres de la sienne. Il avança les lèvres et chercha à m’embrasser, relâchant son emprise. Profitant de ce moment opportun, je saisis ma chance et l’écartai brusquement, d’un coup de coude dans l’estomac. Il tituba en arrière et je parvins à me dégager. Ouvrant la porte à la volée, je courus au dehors du bureau, cherchant à fuir loin de cet homme méprisable et vil. Je courus dans le couloir. Lointaine, sa voix me parvint aux oreilles :
« - Vingt-et-une heure, Mme Finamore.
« Compte là-dessus ! » pensai-je rageusement.

Le mage se retourna vers la vampire te la regarda avec une expression insondable. Elle avait le visage fermé, mais ses yeux brillaient de fureur, comme si le simple fait de se rappeler ces moments suffisait à attiser sa haine. Finalement, le sorcier prit la parole et demanda à nouveau :
- Et après ? Que c’est-il passé ? Êtes vous retournée au théâtre… ?
- Après, fit la vampire d’une voix morne, comme si elle réfléchissait. Après… je me suis enfuie dans les couloirs sombres du théâtre. N’y ayant jamais mit les pieds, je ne savais plus très bien où j’étais. La seule chose qui comptait pour moi était de partir loin de Gregorio. Jamais je n’aurais pensé qu’il soit aussi vil, aussi abject ! Il avait profité de moi, m’avait abusée ! Pas de beaucoup, peut-être, mais cela me faisait peur. Je sentais encore son souffle sur mes lèvres, son haleine détestable et je revoyais son regard empli de vice. J’avais peur de lui, à présent. Et je me sentais désemparée. Si je partais, je n’aurais plus de travail et ne pourrais rembourser mes nombreuses dettes. Je ne savais pas ce qu’il fallait faire. Je ne savais plus…
Et puis soudain, au détour d’un couloir sombre, je heurtai brusquement quelqu’un. J’avais foncé tête baissée, sans regarder devant moi. La personne poussa une exclamation de surprise. Une voix de femme. Je redressai la tête. Dans les lueurs vacillantes des chandeliers, je vis un visage jeune, extrêmement jeune, et joyeux. La jeune fille qui me faisait face devait avoir environ 19 ans, avec de grands yeux violets qui semblaient s’amuser de tout et de longs cheveux blonds, bouclés, qui lui tombaient sur les reins. Elle était vêtue avec élégance d’une robe qui me sembla être un costume de fête, turquoise, avec de nombreux rubans. Elle semblait essoufflée, comme si elle avait couru, comme moi. Je balbutiai des excuses inintelligibles, puis me tu, rougissant soudain devant ma maladresse. Mais elle éclata de rire, ce qui me rassura.
« - Mais non, ne vous excusez pas !fi-t-elle en souriant, ses lèvres roses dévoilant des dents blanches, bien droites. Il y a eut plus de peur que de mal. Mais vous deviez être sacrément pressée, pour courir comme ça dans les sous-sols…
Relevant d’une main mes cheveux en désordre, j’acquiesçais en ébauchant vainement un pauvre sourire :
« - Oui, c’est vrai… J’étais assez… heu… pressée. Et comme je ne connais pas bien ce théâtre, je crois que je me suis un peu… perdue, avouai-je, un peu honteuse de mon ignorance.
La jeune fille se contenta de m’adresser une visage rayonnant et empli de curiosité. Elle me questionna d’une voix curieuse et amicale :
« - Ah bon ! C’est la première fois que vous venez ici ? Vous cherchiez peut-être l’entrée des spectateurs ?
« - Non, la détrompai-je. En fait je… suis venue pour une audition. Un entretien avec Mr del Avega.
Ses yeux s’agrandirent de surprise :
« - Oooooh ! Avec le directeur ? Mais à quel sujet ?
« - Et bien, continuai-je, un peu plus à l’aise qu’au début. Je venais pour un poste de musicienne. Je joue du clavecin, figurez vous.
« - Et vous a-t-il prise ? Je croyais qu’il ne voulait que des hommes…
Son ton était dépourvu de moquerie. Elle faisait simplement une constatation qu’elle jugeait visiblement regrettable.
« - Oui ! Il m’a prise !annonçai-je avec joie. Je dois commencer ce soir, à 21 heures.
J’avais décidé de tout de même travailler au théâtre, malgré le comportement de Gregorio. La fille semblait soudainement enthousiaste :
« - C’est vrai ? Mais c’est fantastique ! J’espère que vous vous plairez parmi nous ! Je fais partie de la troupe, je suis comédienne…
« -Ah…
Voyant mon air un peu perdu, elle sourit avec douceur :
« - Ne vous inquiétez pas ! Je vous présenterai aux autres. Vous serrez vite acceptée !
« - Vous êtes beaucoup ?questionnai-je, avide d’en savoir plus.
Elle fit mine de réfléchir :
« - Oui, assez. Avec les comédiens, les habilleurs, les maquilleurs, les arrangeurs, les musiciens… Je dirais… environ 50 !
Je poussai un sifflement admiratif :
« - Ca fait beaucoup, dites-moi !
« - Et oui, que voulez-vous, répondit-elle en levant les bras au ciel. Il en faut, du monde, pour faire tourber zn théâtre.
Puis, me prenant par le bras :
« -Mais venez donc avec moi, je vais vous faire visiter ! Ah, au fait, je m’appelle Lisette, Lisette Dufaux. Et vous ?
« - Louisa de Finamore, répondis-je en la suivant.
« - Et bien Louisa, j’ai l’impression que nous allons bien nous entendre toutes les deux… murmura Lisette énigmatiquement.

Et elle ne mentait pas. Rapidement, nous devîmes de très bonnes amies. Je lui parlais de ma vie, avant la mort de Cherqual. Je lui confiai combien il me manquait, jour après jour. À cette époque-là, remise du choc que m’avait causé sa disparition, je commençais seulement à entrevoir toute l’horreur de ce sordide épisode. Je pleurai beaucoup, avec désespoir, et je n’attendais vraiment plus rien de ma vie. Car, que pouvait être ma vie, maintenant que mon bien-aimé m’avait quittée… ?
Lisette compatissait à mon malheur et me remontait le moral de son mieux. C’est grâce à elle que je n’ai pas davantage sombré dans la démence. Elle m’a toujours soutenue et m’a aidée quand j’avais besoin d’elle. Elle venait souvent chez moi et nous parlions des heures entières, après les représentations au théâtre, comme deux sœurs. Nous étions inséparable. Puis, Lisette me fit découvrir son univers : le Théâtre. Grâce à elle, j’y trouvais rapidement mes marques, au milieu des artistes en tout genre. Je m’aperçus bien vite que le milieu artistique regroupait des gens très différents, venus d’horizons variés. Cela allait de la veille qui avait tout plaqué pour jouer sur scène, au jeune homme efféminé friand de poésie, en passant par la cantatrice enveloppée. Bref, c’était un monde passionnant. Je partageais la même loge que Lisette. Elle jouait tous les soirs, interprétant des rôles de jeunes filles pures et candides, ou au contraire, de femmes provocatrices. C’était une artiste dans l’âme, comme moi ; une comédienne passionnée qui faisait vibrer son public par l’intensité de son jeu. Elle avait un talent inné pour donner vie à son personnage et un charme fou qui faisait d’elle une très grande interprète. Elle adorait m’entendre jouer. Nous pouvions rester des heures dans sa loge, moi au clavecin et elle m’écoutant sans m’interrompre, jusqu’à ce que Gregorio vienne nous chercher à grand renfort de cris. Au début, j’évitais le directeur, ne voulant pas subir de nouvelles avances, mais il me suivait comme la peste. Une ou deux fois même, il me coinça dans une loge désaffectée et tenta à nouveau de quémander mes faveurs. Cela me rendit plus méfiante envers lui, et Lisette s’en rendit compte. Finalement, je m’ouvris à elle et lui livrai ce qu’il m’avait fait, le premier jour. Cela ne parut pas l’étonner :
« - Oui, je sais. À moi aussi, au début, il m’en a fait baver. Il fait cela avec toutes les jeunes femmes qui entrent dans son théâtre. C’est un jeu pour lui. Ça lui passera vite, tu verras, m’assura-t-elle. Et au fond, il n’et pas méchant.
Mais elle se trompait sur ce point. Gregorio ne me laissa pas en paix durant tout le temps que je travaillais pour lui…

Bizarrement, au bout d’un moment, cela m’indifféra. En fait, je commençais à ressentir une étrange lassitude face à toutes les choses qui m’avaient jadis passionnée. Depuis la mort de Cherqual et ma résurrection, je passais de plus en plus de temps seule, plongée dans une profonde méditation d’où seule Lisette me sortait pas ses éclats de rires. Mes pensées vagabondaient au gré de vents invisibles, et il me venait des idées étranges, des rêves et des visions mystérieuses que je ne pouvais expliquer. Plusieurs fois, j’eus l’impression de voyager dans un pays étranger qui m’était pourtant familier. Des phénomènes étranges se produisaient dans mon entourage, sans que je puisse les expliquer. Et puis vinrent les voix…


Alors, qu'en pensez-vous? De plus en plus glauque, non?! Ca tombe bien, j'adôôôre ce qui est glauque... Vos avis, SVP!!!!!!!!!!!!!!! dwarf
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:12

Je vous préviens: ce chapitre est assez sombre et contient une scène de meurtre. Pour ceux qui n'aiment pas les descriptions sanglantes: passez votre chemin. Je vous promets que vous n'allez pas être déçus... Diabolique


Chapitre 5 : Lisette Dufaux

[ … ] Et puis vinrent les voix…

Le mage se redressa, tous les sens en alertes :
- Les voix ?interrogea-t-il, méfiant. Mais… quelles voix ?
- C’est la question que je me suis posée tout au début, poursuivit la vampire. Quelle voix ? Au début, s’était diffus et très confus. Je ne parvenais pas saisir le sens de ce que j’entendais. C’était comme un bourdonnement monocorde qui me trottait dans les oreilles, à longueurs de journée. Je ne vous cache pas que c’était très éprouvant pour moi. J’avais sans arrêt ce bruit de fond dans la tête et je ne parvenais pas à me concentrer. Mais au fil du temps, cela ce précisa, s’affina, pour finalement compréhensible et limpide comme l’eau d’une source. Un soir, alors que j’étais seule dans notre loge – Lisette répétant sur scène -, je les entendis nettement pour la première fois. Les voix. Elles étaient plusieurs à parler, s’interrogeant, se répondant mélodieusement. Et moi, j’entendais tout. Il y en avait trois. Une aigue et chantante, comme une voix de petite fille, une douce et calme, semblable à un timbre de femme mûre et une grave, chancelante, pareille à un ton de quelqu’un d’âgé. Et ces trois voix discutaient allègrement, de choses et d’autres. Pourtant, leurs paroles me semblèrent étranges :
« - À votre avis, disait la plus vieille, cette femme-ci, faut-il la laisser vivre ?
« - Elle a déjà côtoyé la Mort, répondait calmement la voix douce. Laissons-là tranquille. Elle a assez souffert…
« - Oui, mais, rétorquait la vieille, elle n’est plus la même, à présent. Elle n’est qu’à demi humaine. Et qui sait ce qu’elle pourrait faire comme folie, plus tard. Des mortels risquent de périr par sa faute.
« - Il n’est pas de notre devoir d’interférer dans les affaires des mortels, trancha la petite-fille de son ton aigu. Nous devons décider de la naissance, de la vie et de la mort de chaque chose sur cette Terre et ne pas nous préoccuper de questions aussi futiles. Laissons ces choses-là à notre sœur, la Destinée, elle seule saura et décidera pour cette femme. Car ainsi vont les choses. Ainsi devons-nous agir, nous, les trois Moires. Mais le malheur va bientôt frapper cette femme, lui enlevant à nouveau un être cher…
Etrangement, le discours de la petite fille laissa coites ses deux aînées, qui n’ajoutèrent plus rien pendant un moment. Puis, elles reprirent :
« - Tu as raison, comme toujours, petite sœur, mais ne vois-tu pas cet homme qui rôde autour d’elle ? Cette ombre noire et maléfique qui l’observe de loin…
« - Ce n’est pas un homme, constata la fillette. C’est… autre chose, mais je n’arrive pas à savoir quoi…
« - Oui, approuva la voix calme. C’est autre chose. Il semble plus proche de nous, mais est en même temps, différent. En le regardant de plus près, je me souviens de lui : j’ai filé sa vie moi, la Moire de la Vie. Mais étrangement, elle semble s’être arrêtée sans que je l’aie remarqué.
« - Et moi, reprit la vieille, la Moire de la Mort, je ne me souviens pas avoir coupé son fil. Il est donc toujours vivant.
« - Vivant pour l’une, mort pour l’autre, conclut la fillette. Vivant en étant mort. Etrange état, pour un mortel…
« - Comment peut-il être vivant en étant mort ?questionna la vieille avec incrédulité. Vous savez bien que c’est impossible, mes sœurs. Alors comment… ?
Mais la voix douce l’interrompit :
« - Et toi, petite sœur, toi qui a toujours réponse à tout, nous diras-tu pourquoi cet homme est ainsi ? Quel est son mystère ?
Son ton était un peu moqueur, presque ironique, comme si elle doutait que la fillette puisse répondre à la question. Mais celle-ci ne se laissa pas démonter pas son aînée. Au contraire, elle répondit sans s’émouvoir, indifférente aux moqueries des deux autres :
« - Il est vrai que le mystère de cet homme sombre nous laisse perplexe. Personnellement, je me souviens parfaitement de sa naissance, puisque c’est moi-même qui l’ai orchestrée. Ce que vous ne savez pas, en revanche, très chères sœurs, c’est que je l’ai fais naître non pas une fois, mais deux…
« - Deux ?!s’offusqua la vieille. Mais… comment as-tu fait ?
La petite répondit de sa voix chantante :
« - Et bien mes sœurs, la raison en est simple : à vrai dire, j’ai rencontré déjà plusieurs fois ce genre de personnes. Leur première naissance est celle au Monde de la Lumière. C’est une naissance physique, une naissance du corps et de l’esprit. Mais la deuxième, la naissance au Monde de la Nuit, est plutôt spirituelle, car l’esprit évolue, mais le corps reste statique. Les mortels concernés restent jeunes et beaux éternellement, comme nous, mais leur esprit s’alourdit de souvenirs et de douleurs. Voilà, mes sœurs, la réponse à votre question.
Après un court instant de silence stupéfait, la voix douce se risqua alors à demander :
« - Et… ces mortels… Je devrais plutôt dire ces « immortels »… ont-ils… un nom ?
« - Oh oui, acquiesça mystérieusement la fillette. On les nomme « vampire »…

Ce fut tout ce que j’entendis pour l’instant. Lisette entra vivement dans la loge, me tirant de ma rêverie. Elle avait fini sa répétition et me demandait de lui jouer un air au clavecin. Je m’exécutai, heureuse de lui faire plaisir, mais je ne parvenais pas à me concentrer sur ma musique, m’interrogeant sans cesse sur ces voix étranges. Je me croyais folle. Qui étaient-elles ? Elles se donnaient elles-mêmes le nom de « moires » mais était-ce vrai ? Pourquoi les entendais-je, moi ? Et de qui parlaient-elles ? De moi ? De Lisette ? Et cet homme sombre, cet immortel, où était-il ? Et les vampires ? N’étaient-ce pas de vulgaires légendes tout justes bonnes à effrayer les crédules ? Mais cela semblait si vrai…
Tant de questions qui se bousculaient dans ma tête sans trouver de réponses… Lisette se rendit compte de mon trouble et me demanda ce qui n’allait pas. Je lui répondis évasivement que je me sentais très fatiguée, car j’avais très peu dormi, mais qu’il ne fallait pas qu’elle s’inquiète. Je ne lui parlais pas des voix. Je n’avais pas envie que ma seule amie me prenne pour une folle. Peut-être aurais-je dû ? Je repense maintenant à une de leurs phrases : « mais le malheur va bientôt frapper cette femme, lui enlevant à nouveau un être cher… » Si j’avais parlé de cela plus tôt à Lisette, j’aurais peut-être pu éviter les pire. Éviter une tragédie qui marquera ma vie à tout jamais…

La vampire s’apprêtait à poursuivre, mais elle fut interrompue par le sorcier, qui lui demanda d’un ton soucieux, les sourcils froncés :
- Le pire ? Pire que tout ce que vous aviez déjà vécu ? Mais… que vous était-il arrivé ?
La vampire sourit de sa curiosité et répondit doucement en découvrant ses longues canines pointues d’un air menaçant :
- Cela, je vais bientôt vous le révéler, car nous approchons du point le plus important de mon récit : ma naissance au Monde de la Nuit. Après, vous saurez tout, tout ce que j’ai vécu durant mes trop longues années. Ma vie n’aura plus aucun secret pour vous… Alors, peut-être, pourrais-je espérer en apprendre plus sur l’énigmatique et le fascinant mage que vous semblez être ? Ce que je souhaiterais tellement…
Elle avait laissé sa dernière phrase en suspens et le regardait avec des yeux brillants de sensualité et d’intelligence, de sorte ce que l’homme ne pu s’empêcher de se sentir un instant charmé par cette si belle femme… avant qu’il ne se souvienne qu’elle n’était plus une femme ordinaire. Ce qui pourrait l’arranger, puisque lui non plus n’était pas un homme ordinaire.
- Nous verrons cela, Louisa, trancha-t-il. Mais, pour l’instant, continuez votre récit, je vous prie…
- Certainement, approuva la vampire. Je ne veux certes pas vous faire languir davantage…
Elle s’éclaircit discrètement la gorge, puis repris d’une voix basse :
- Je vous parlais donc des voix… des voix des moires, comme elles se nommaient elles-mêmes. Je les entendis à plusieurs reprises, au court de ma longue existence, et, à chaque fois, c’était pour me mettre en garde, bien qu’elles ne semblaient pas en avoir conscience. Mais moi, je les entendais, j’entendais tout, si je me concentrais suffisamment. Il me suffisait de fermer les yeux et de souhaiter les entendre pour que leurs voix résonnent dans mon esprit, aussi claires et limpides que la votre. Ainsi, inconsciemment, elles m’ont aidée plus d’une fois, me sortant bien souvent de situations délicates. Mais ce soir-là, lorsque je les entendis pour la première fois, je ne fis guère attention à leurs paroles ; j’étais trop occupée à me demander ce qu’était cette effrayante folie qui m’accablait. Ce n’est que bien plus tard que je compris l’utilité qu’un tel don pouvait avoir… pourtant, j’aurais dû y penser bien avant, car alors, les choses auraient été bien différentes.

Je ne parlais donc à personne de mes étranges capacités, et je gardais cela pour moi, espérant de tout cœur que je n’étais pas folle. Je retrouvais rapidement mon entrain, de sorte que Lisette ne s’inquiéta plus de rien et ne me questionna plus au sujet de ma santé. Quelques jours après cette mémorable expérience, il m’arriva une autre déconvenue qui ne trouvait son explication que dans le surnaturel :
Je marchais, seule, dans un des nombreux couloirs du théâtre, quand j’entendis des pas, devant moi. Des pas qui, de toute évidence, venaient à ma rencontre. En tendant attentivement l’oreille, je reconnus la démarche caractéristique de Gregorio. Je m’affolais un instant. Je n’avais pas la moindre envie de me retrouver seule avec lui, et encore moins dans un couloir sombre. Ces derniers temps, il s’était fait de plus en plus pressant dans ses avances, n’hésitant pas à me menacer comme il voyait que je refusais. Il trouvait tous les prétextes pour rester avec moi en tête à tête et je ne l’évitais qu’à grande peine, car il connaissait le théâtre comme sa poche. Impuissante, j’entendis ses pas s’approcher de moi et, paniquée, réalisais que je ne pouvais faire demi-tour car il était trop proche. Il m’aurait forcément vue. La panique s’insinuait dans mes veine, tandis ce que je cherchais une solution qui ne venait pas. La gorge nouée, je vis Gregorio devant moi et me résignai à subir à nouveau ses avances indécentes. Pourtant, chose étrange d’ailleurs, lorsqu’il passa à côté de moi, il ne m’adressa même pas un regard. C’était comme si il ne s’apercevait pas de ma présence. En temps normal, il ne m’aurait pas ignorée, mais là, il était passé à côté de moi sans même ralentir son allure. Le couloir n’était pourtant pas large et il aurait forcément dû me voir. Mais non, il poursuivait son chemin comme si de rien n’était. Je me félicitais intérieurement de cette nouvelle situation : peut-être avait-il compris qu’il ne servait à rien d’insister ? Je retournai à ma loge d’un pas conquérant et joyeux. Mais quelle ne fut pas ma surprise quand, enlevant ma cape doublée devant le haut miroir, je me rendis compte que je n’avais plus de corps ! J’étais totalement invisible. Mes vêtements, mon visage, mes cheveux, tout ! Rien n’apparaissait dans la glace. D’une main tremblant, je touchais mes joues, ma gorge, mon buste, comme pour me convaincre que je rêvais. Mon corps était encore là, mais totalement invisible. Qu’allais-je faire ? Que s’était-il passé ? Je n’en avais pas la moindre idée et je ne savais pas non plus comment inverser le processus. J’éclatai en sanglots incontrôlés. C’était trop, je n’en pouvais plus ! D’abord les voix, et ensuite ça ! Mais que m’arrivait-il, à la fin ? Cela avait-il un mystérieux rapport avec ma stupéfiante résurrection ? C’était plus que probable, mais j’étais trop déboussolée pour m’en apercevoir. La porte s’ouvrit en grinçant. Sûrement Lisette qui rentrait de sa répétition sur scène. Mon Dieu, Lisette ! Si elle me trouvait comme ça, qu’allait-elle dire ?! Je sursautai brusquement à cette pensée et la vit m’adresser un regard surpris :
« - Louisa… tu es sûre que ça va bien ? Tu es toute pâle… On dirait que tu as vu un fantôme !m’asséna-t-elle en éclatant de rire.
Je lui jetai un coup d’œil incrédule –comment pouvait-elle me voir ?- puis regardai le miroir : mon corps avait réapparut aussi brusquement qu’il avait disparu. Je haussai les épaules et suivis mon amie pour aller sur scène…

Le mage s’éclaircit la gorge :
- Vous étiez devenu… invisible ?risqua-t-il, ne sachant pas trop si c’était le terme approprié.
- Il faut croire que oui, approuva la vampire. Étrange, non, pour quelqu’un qui n’avait jamais possédé de pouvoirs magiques ? Cela me faisais tellement peur ! Mais j’appris rapidement à me contrôler. Les jours qui suivirent, je conclus que je n’étais pas folle à lier et que tout cela devait avoir un rapport avec ma résurrection. Je n’avais pas tort, d’ailleurs. Au cours des semaines suivantes, je m’entraînais sans relâche à disparaître et réapparaître ainsi qu’à entendre les voix… pour finalement y réussir parfaitement. Bien sûr, maintenant, j’ai un peu perdu la main, mais je retrouverai probablement tous mes pouvoirs lorsque j’aurais enfin ma ration de sang humain… quand vous me ferrez sortir d’ici, acheva-t-elle, de lourd sous-entendus dans la voix.
- Certainement Louisa, confirma le mage avec un sourire entendu quelque peu inquiétant. Mais finissez d’abord votre récit. Nous discuterons de ces détails plus tard.
La vampire grogna : il se dérobait encore à ses tentatives de persuasion. Il était encore bien plus dangereux qu’en apparence ; il fallait qu’elle soit sur ses gardes. Sachant pertinemment qu’il n’y avait plus rien à tenter, elle reprit :
- Ce fut quelques jours plus tard que survint un nouveau drame, qui mit fin à une période heureuse de ma vie. Alors que je m’asseyais à mon clavecin pour préparer les morceaux de la représentation du soir, quelqu’un que je ne connaissais pas vint me chercher. Un jeune homme, de faible stature, à l’allure assez timide, et qui semblait nerveux. Les yeux d’un gris délavé, le teint pâle, les vêtements froissés et usés, il se passait sans cesse la main dans ses cheveux châtain, déjà parsemés de mèches grises. Il semblait extrêmement tendu et quand il me vit, il sursauta brusquement. Il me tendit une main incertaine et esquissa un pauvre sourire tandis que je me levai.
« - Mme… Mme de Finamore ? demanda-t-il d’une voix tremblante.
« - Oui, c’est moi, répondis-je interloquée par sa présence. Et que me vaut l’honneur…
« - Commissaire de police Jugnot, se présenta-t-il en inclinant légèrement la tête. Je suis venu vous voir pour… Et bien, figurez-vous que… je mène une enquête, madame, et l’on m’a dit que vous serriez en mesure de m’éclairer…
« - Sur quoi ?interrogeai-je, un peu inquiète. -Et si cela avait un rapport avec la mort de Cherqual… ?- Ce n’est pas grave, j’espère ?
Le commissaire Jugnot parut encore plus mal à l’aise :
« - Et bien en fait, voyez-vous… Il ne servirait à rien de vous mentir, madame…
Il prit une profonde inspiration :
« - Et bien voilà… j’enquête sur un meurtre, madame.
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:12

Je plaquais une main devant ma bouche, m’attendant au pire. Et si mes soupçons étaient exacts ?
« - Un meurtre qui c’est déroulé hier soir, de tout évidence, continua le commissaire de son ton hésitant. Et le… et bien, le directeur de ce théâtre m’a dit que vous connaissiez personnellement la victime et que vous pourriez… et bien… répondre à plusieurs de mes questions.
La peur qui m’avait assaillie disparu soudainement. Cela n’avait rien à voir avec Cherqual, Dieu soi loué. Mais alors, de quoi s’agissait-il ? Les doutes réapparurent au galop, me laissant à peine le temps de souffler. Je parvins à articuler d’une voix neutre :
« - De qui s’agit-il, commissaire ? Quelle est la victime de ce meurtre… ?
J’attendais sa réponse, l’inquiétude pulsant dans mes veines au même rythme que mon sang qui s’était tout à coup glacé, sous l’effet dévastateur d’une peur viscérale. L’homme se passa à nouveau la main dans les cheveux, l’air désolé et murmura :
« - C’est une jeune personne, madame. Une jeune femme de votre âge, environ. Peut-être un peu plus jeune. Fine, cheveux blonds, yeux violets…
« - Mon Dieu, Lisette !m’écriai-je avec horreur, reconnaissant soudain, dans sa description, le portrait de ma meilleure amie.
D’une geste rapide, je saisi ma cape et ordonnai-je :
« - Conduisez-moi sur les lieux !
« - Mais… mais… balbutia l’infortuné commissaire, ne sachant plus que faire.
« - Monsieur, je vous en prie, je dois absolument voir si c’est elle, avant de pouvoir subir votre interrogatoire. Où est meurtre a-t-il eut lieu ?
Il hocha la tête avec lassitude :
« - Je comprend fort bien, madame. Le meurtre a eu lieu dans la rue Nazareth, à côté du Ballet de la Comédie.
Sans prendre la peine de le remercier, je m’élançai à toute vitesse dans les couloirs familiers du théâtre, le martèlement de mes bottines couvrant les cris du commissaire qui m’appelait. Je courus sans m’arrêter, la peur au ventre, jusqu’à la rue Nazareth, bousculant au passage les badauds intrigués qui se retournaient vers moi, une expression mécontente sur le visage. Je passai devant eux sans les voir, tout mon esprit fixé sur une seule pensée : « Ce n’est pas elle, elle n’est pas morte ! Dites-moi qu’elle n’est pas morte !!! ». J’arrivai enfin à la fameuse rue, à côté du Ballet de la Comédie et m’affalai contre le mur un instant, tentant de reprendre mon souffle. Autour de moi, je voyais passer des policiers vêtus de leurs uniformes sombres. Quelqu’un me tapa sur l’épaule, me faisant sursauter :
« - Bien l’bonjour, M’dame, me dit un policier à la figure rougeaude. Chuis désolé de vous embêter, mais vous n’avez pas le droit d’être ici. Veuillez circulez, siouplait.
Je balbutiai quelques mots incompréhensibles, mais l’homme resta inflexible. Une voix l’interpella alors :
« - Laissez, Richemont, elle est avec moi.
C’est le commissaire Jugnot qui, de tout évidence, m’avait suivie aussi vite qu’il avait pu. La sueur luisait sur son visage pâle et il semblait avoir un point sur le côté. Le policier le regarda d’un air interrogatif et, comme son supérieur acquiesçait de la tête, il me lâcha en levant son couvre-chef :
« - Bien, monsieur le Commissaire, à vos ordres. Et bonne journée, m’dame.
Je répondis dans un murmure incohérent. Le commissaire s’approcha doucement de moi, et me pris gentiment par le bras, m’amenant d’un geste sûr au centre de l’activité des enquêteurs. Au milieu de la rue, gisait un cadavre de femme. Un homme était penché sur elle, l’examinant avec attention. Malheureusement, je ne parvenais pas à voir le visage de la victime, d’où j’étais. Le commissaire me pressa le bras et m’avertit :
« - Madame, il se peut que vous ayez un choc.
Puis il me lâcha. Comme dans un rêve, je marchai jusqu’à la dépouille et posai mes yeux dessus. Je reconnu avec horreur le visage de Lisette, le visage désormais mort de celle qui avait été ma seule amie. Ne pouvant plus lutter, j’enfouis mon visage dans mes mains et éclatai en sanglots incontrôlables. Je devais offrir un spectacle bien pathétique à ces hommes habitués depuis le temps aux horreurs de la Mort, mais je n’en avais cure. La seule chose qui importait était que Lisette, que j’avais tant aimée de son vivant, n’était plus.


Respectueux de ma douleur, les enquêteurs me laissèrent déverser mon chagrin en silence. Je tombai à genoux à côté du cadavre de Lisette, et pleurai amèrement ma détresse, maudissant la Vie qui m’avait à nouveau enlevé une personne chère. Au bout d’un moment, je n’eu plus conscience de rien. Le chagrin s’estompa progressivement pour ne laisser place qu’au néant. J’avais franchi le cap même de la douleur humaine et à présent, ma peine était telle que je ne la ressentais plus. Comme si je n’avais plus aucun sentiment. Mais du fin fond de ce néant, surgit un cri qui explosa en moi comme une bombe : vengeance ! Je demandais à présent vengeance pour cette mort atroce. Et mon âme ne serrait apaisée que lorsque j’aurais tué le coupable de mes mains.
Au bout de plusieurs minutes de lutte intérieure, je parvins à émerger de ma douleur. Je relevai les yeux et vis le commissaire Jugnot penché au-dessus de moi, dans un geste d’inquiétude. Comme il m’interrogeait des yeux, je le rassurai en hochant gravement la tête, puis me relevai du pavé où je m’étais laissée choir. En promenant mon regard aux alentours, j’aperçus plusieurs personnes du théâtre –dont Gregorio-, en train de répondre à ce qui semblait être des interrogatoires. Je posai à nouveau mes yeux humides de larmes sur le corps de ce qui avait été mon amie Lisette et ne pu réprimer un hoquet d’effroi :
autour de son cou si mince, une écharpe de soie blanche était nouée fortement. Son visage avait prit une affreuse teinte bleuâtre et sa langue pendait misérablement entre ses lèvres entrouvertes. Ses yeux grands ouverts fixaient de leur regard mort les alentours, semblants être les fenêtres d’une maison abandonnée. Les manches de sa robe étaient retroussées sur ses bras blancs et on apercevait de profondes entailles à ses poignets, par lequel le sang avait dû s’écouler. Il avait coulé à gros bouillons des blessures, maculant le sol de taches couleur rouille. Mais, plus étrange encore, deux entailles fines et précises, comme des piqûres d’épingle, apparaissaient nettement sur sa gorge blême. Lisette me semblait être un de ces tableaux macabres dont les artistes de notre époque se délectaient avec une ironie morbide. Ne pouvant en supporter davantage, je détournai le regard, un sentiment de malaise niché au fond de mon cœur. La tête me tournait et, voyant que je chancelais, le commissaire m’empoigna par le bras, m’empêchant ainsi de tomber.
« - Alors, Turnier, que pouvez-nous nous diagnostiquer ?
L’homme, agenouillé près du corps, se releva dans un craquement d’os et ôta ses lunettes d’un geste las :
« - Et bien, j’ai réussis à déterminer l’heure, la cause et le déroulement de la mort de cette malheureuse. Je…
Mais il s’interrompit en me voyant. Il me jeta un coup d’œil en biais, puis observa le commissaire, comme pour lui demander la permission de parler.
« - Ne vous inquiéter pas, Turnier, c’est mme de Finamore, une des artistes du théâtre. Elle connaissait personnellement la victime.
Puis se tournant vers moi :
« - Pouvez-vous nous le confirmer, madame ?
« - Oui, répondis-je d’une voix blanche, dénuée de toute émotion. C’est Lisette Dufaux, une de nos actrices.
« - C’est exact, commenta le commissaire. Poursuivez, Turnier.
Le petit homme chauve pris une profonde inspiration, puis se lança dans son rapport d’autopsie :
« - Et bien, cette jeune personne est sans doute morte aux environ de 23 heures, ici même, dans cette rue. Le corps ne semble pas avoir été déplacé, mais présente des blessures diverses, autant qu’étrange.
« - Et la cause du décès ? interrompit le commissaire en écrivant à toute vitesse sur son calepin. L’avez-vous déterminée ?
« - En effet, continua lentement le médecin légiste. Tout d’abord, la victime à été attaquée par derrière. Il semblerait que quelqu’un lui ai noué cette écharpe que vous voyez là autour de la gorge, de cette façon (il mima l’action avec une vraisemblance flagrante), et a serré jusqu’à ce que la malheureuse manque d’air. Pourtant, ce n’est pas cela qui l’a tuée…
« - Ah non ? demanda le commissaire en haussant les sourcils.
« - Non, poursuivit Turnier. Car si vous observer ces petites traces bleuâtres sur son visage, vous constaterez qu’elles ne sont pas dues au manque d’air, mais bien au manque de sang.
« - Au manque de sang ?!
« - Oui. C’est cela même. Vous voyez ces profondes entailles sur ses poignets ? Le meurtrier les lui a faites après qu’elle se soit évanouie, par manque d’air. Mais à ce moment là, elle n’était pas morte. Et, détail encore plus étrange, elle semble n’avoir pas autant de sang dans les veines qu’un cadavre normal…
« - C’est sans doute du à l’hémorragie de ses poignets, non ?conclut logiquement le commissaire.
« - C’est ce que j’ai pensé au début, confirma le médecin. Mais après, je me suis rendu compte qu’en fait, l’hémorragie sur le sol aurait due être plus impressionnante. On lui a sectionné les deux artères, voyez-vous ? Normalement, la quantité de sang versée sur le sol aurait du être deux, voir trois fois supérieure ! Or, comme on s’en aperçoit, rien ! Plutôt peut de sang ! Etrange, non ?
« - En effet, approuva le commissaire d’une voix étonnée. Cela ne vous rappelle-t-il pas d’autre meurtres, commis dans le même quartier ?
« - Si, reconnut Turnier. Je suppose que vous voulez parler des sept autres morts suspectes du Boulevard du Temple ? Mêmes symptômes : poignets et artères sectionnées, faible hémorragie, très peu de sang dans les veines.
Le commissaire hocha la tête gravement :
« - Je crois que vous avez raison, Turnier. C’est encore l’œuvre…
« - … du vampire, conclut le médecin dans un sourire accablé.
À ce mot, je sursautai brusquement :
« - Quoi ? Comment avez-vous dit ? Le…
« - Le vampire ?! s’exclama le médecin en me dévisageant bizarrement. Oh, ne vous formalisez pas de ce nom quelque peu… surnaturel ! C’est simplement le surnom que nous avons donné à ce qui semble être un meurtrier en série. Il agit la nuit, seul, probablement, et toujours sur des jeunes filles. Plus rarement sur des hommes. Un pervers maniaque, conclut-il en haussant les épaules, comme si c’était son lot quotidien.
Mais je ne pouvais stopper la vague de peur qui m’avait assaillie en entendant ce mot. Je venais de me souvenir de l’avertissement des trois Moires… Prenant mon silence pour un traumatisme du au choc, le commissaire m’emmena doucement à l’écart de l’agitation, et me posa quelques questions sur ma vie, mes relations avec Lisette et mes activités le soir de sa mort. il en avait rapidement conclut que je n’avait rien à voir avec sa mort et, après m’avoir raccompagnée au théâtre, me souhaita un aussi bonne journée que possible et me dit qu’il me tiendrait informée si du nouveau se préparait dans l’enquête. Je le remerciais d’un air vague. J’appris quelques semaines plus tard que le dossier avait été classé parmi les nombreuses affaires louches et inexpliquées qui peuplaient l’histoire judiciaire de Paris.
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Syriel
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:13

Effondrée, je marchai d’un pas lourd dans les couloirs sombres et déserts du théâtre, avec la vague idée d’aller sur scène pour jouer du clavecin. J’espérais que la musique m’aiderait à supporter le choc de la mort de Lisette et je ne voulais pas retourner à notre loge : la douleur était encore trop forte pour que je l’affronte en face. La nouvelle de son assassinat m’avait anéantie. Le peu de joie de vie que j’avais retrouvé depuis la mort de Cherqual venait de s’envoler en fumée et je n’avais plus envie de rien. Ma vie me semblait elle-même sans importance, maintenant que j’avais perdu tout ceux que j’avais aimés. J’aurais très bien pu quitter Paris ou me jeter dans la Seine, cela m’était bien égal. Tandis ce que je ressassais ces sombres pensées, marchant dans ce couloir humide, je ne portai que peu d’attention à ce qui se passait autour de moi. C’est alors que, tout à coup, je rentrais brusquement, tête baissée, dans quelqu’un. Sous le choc, je trébuchait et manquai me ramasser en beauté sur les pavés froids. C’était sans compter les réflexes alertes de celui que j’avais bousculé. Il me rattrapa rapidement par la taille, m’évitant ainsi une chute dont je me serais bien passée. Le souffle coupé, je me redressai tant bien que mal et jetai un coup d’œil désolé à l’inconnu, balbutiant des paroles incompréhensible qui moururent sur mes lèvres dès que j’eu croisé ses yeux. Incapable de réagir de façon cohérente, oubliant les drames de la journée et mon chagrin si vif, je m’abandonnais littéralement à la contemplation de celui qui m’avait retenue.
Grand, mince et séduisant, il possédait une musculature que je devinais fine et souple sous son habit de velours noir. Son maintient noble et son air assuré me conquirent dès que je le vis. Ses yeux d’un intense vert émeraude brillaient, incandescents, me fixant avec une assurance assez étrange. Sa peau pâle, presque blanche, luisait sous les lumières vacillantes des torches et paraissait absorber leur lueur. Étirée en un sourire sensuel, sa bouche aux lèvres fines me paraissait douce et extrêmement désirable. Sous un haut-de-forme de feutre noir, tombaient en cascades élégantes des mèches opulentes de cheveux d’un châtain clair, tirant sur les dorés, qui lui arrivaient jusqu’au épaules. Il portait avec classe un costume de bonne coupe aux manchettes et au col de dentelle étincelante de blancheur ainsi qu’une cape anthracite doublée de soie rouge qui lui seyait à ravir. Je ne l’avais encore jamais vu au théâtre, mais lui semblait me connaître, aussi étrange que cela pouvait être. Il me dévisageait avec une certaine familiarité qui ne me gênait pas le moins du monde, tandis ce que j’observait chaque détails de son visage. Il me sourit alors avec un charme sombre et charismatique, et je sus que j’étais désormais touchée en plein cœur. Il me plaisait, cela ne faisait aucun doute. Je me sentais irrésistiblement attirée par cet homme dont semblait émané une puissance et une force infinie, et je ne parvenais plus à réfléchir concrètement. C’était comme si tout mon corps, toute mon âme s’était tournée vers lui dans un seul but : lui appartenir. J’entendais presque son esprit m’appeler, au travers du regard qu’il me lançait. Oui, j’étais séduite, hypnotisée.
Pourtant, en fixant attentivement son visage, ses mains, sa peau si pâle qu’elle en était presque livide, l’éclat si flamboyant de ses yeux, le magnétisme irréaliste qu’il dégageait, le sentiment de force passionnelle qu’il m’inspirait, son maintient, sa façon de bouger, de sourire, si différente de celle des gens que j’avais jusqu’alors connus, j’en vins inconsciemment à la conclusion étrange qu’il n’était pas humain, qu’il ne m’était pas semblable. C’était un être hors du temps, surnaturel. Et dans son regard se répercutaient toutes ses émotions contenues, de telle sorte qu’il me sembla tout à coup beaucoup plus jeune que ce qu’il paraissait. Sa main aux doigts fins tenait toujours ma taille, comme s’il craignait que je ne lui échappe. Mais je n’en avais pas la moindre attention. J’étais beaucoup trop subjuguée pour penser à partir.
Finalement, dans un geste à la fois doux et brutal, il ramena une mèche de mes cheveux en désordre sur mon front, me souriant de plus belle avec un certain amusement. Sa main enserra avec plus de ferveur ma taille fine, et je sentis distinctement ses doigts caresser mon corsage, tandis ce que je lui adressai un regard séducteur. Je fermai les yeux de plaisir puis les rouvrit et baissai la tête, un peu honteuse de me laisser à ce petit jeu de séduction avec un inconnu et me glissai lentement hors de son emprise. Sa main glissa sur ma robe, la quittant comme à regret. Sous le coup d’œil intense qu’il me lança, je rougis de plus belle et m’excusai enfin :
« - Pardonnez-moi, monsieur… Je suis… absolument désolée de… de vous avoir bousculé. Ce n’était pas dans mes intentions et je vous prie à nouveau de bien vouloir…
Mais il ne me laissa pas finir et m’interrompit d’une voix grave, sensuelle et éclatante de noblesse, teintée d’un léger accent italien :
« - Ce n’est rien, madame. Ne vous inquiétez donc pas tant. Vous ne m’avez absolument pas gêné. Vous deviez avoir l’esprit ailleurs, voilà tout. Je devine à votre expression si triste que vous devez avoir bien des tourments. Quel dommage que la joie n’illumine plus votre doux visage, il n’en serrait que plus désirable…
Avec douceur, il me baisa alors la main. Je ressentis contre ma peau le contact froid de ses lèvres douces. Étrange. Puis, dans un tourbillonnement de cape, il s’en fut, avant que j’aie le temps de réagir. Je cherchai à le retenir, en vain. Pensant qu’il ne devait pas être loin, je scrutai le corridor sombre, sans résultat. Je ne l’avais même pas vu tourné à l’angle du couloir qu’il avait déjà disparu, avec une rapidité étonnante…

Le sorcier se racla à nouveau discrètement la gorge, faisant lever la tête à la vampire, plongée dans ses souvenirs.
- Oui ? demanda-t-elle d’une voix douce. Qu’il y a-t-il ?
- Et bien, hésita le mage. Cet homme, que vous avez rencontré… vos sentiments à son égard semblent… très forts, et je me demandais si…
La vampire eut un pauvre sourire de tristesse :
- Si je l’aimais… ?
- C’est cela, oui… avoua le mortel. C’est ce que je me demandais.
- Et en quoi la vie sentimentale d’une pauvre vampire intéresse-t-il le mage le plus puissant de tout les temps, Lord Voldemort lui-même ?lui asséna la vampire en riant avec ironie.
Ses éclats de rire étaient vifs et rapides, comme le faucon dans le ciel. Mais Voldemort la fixa avec un air si inquisiteur qu’elle cessa immédiatement ses moqueries et répondit d’une voix contrite :
- Oui, à l’époque déjà, je l’aimais. Je ne savais pas son nom, mais je l’aimais. Je n’avais plus ressenti cela depuis la mort de Cherqual. C’était très fort, presque déboussolant. Je le désirais ardemment, je voulais être à lui et en même temps le posséder… C’était très contradictoire. Voilà qui répond à votre question, mais revenons à mon récit…
Après le départ de mon bel inconnu, je restai un instant seule, hébétée par cette singulière rencontre. Puis, me revint progressivement le souvenir des événements de la journée, et avec lui, la douleur de la perte de Lisette. La mort dans l’âme, je me rendis sur scène et m’assis lentement au clavecin. Je posai mes doigts sur les touches si familières, qui me semblaient pourtant de parfaites inconnues à cet instant. Puis je me mis à jouer. C’était un air doux et mélancolique, comme mon âme à cette heure. Une vieille complainte irlandaise que je me rappelais avoir entendue un jour, au détour d’une rue. Les notes naissaient sous mes doigts, je les faisais voltiger, de plus en plus vite, de plus en plus haut, jusqu’à ce qu’elles atteignent les cieux et se brisent contre leurs hauteurs, pour finalement retomber dans un murmure. Je continuais ainsi ma ballade, fermant les yeux et laissant mon esprit meurtri se guérir à la source réconfortante qu’était pour moi la musique. Quand je rouvris les paupières, qu’elle ne fut pas ma surprise de voir devant moi, adossé nonchalamment au clavecin, mon bel inconnu qui me fixai, une lueur d’intense passion dans les yeux. Je ne l’avais pas entendu arriver, ce qui était un exploit car depuis ma renaissance, j’avais l’ouïe très fine. Un peu gênée de m’être laissé observer dans un moment aussi intime, je suspendais ma mélodie et le regardai d’un œil interrogatif.
Mais, d’un geste de la tête, il m’enjoignit de reprendre :
« - Continuez, je vous en prie…
Accédant à sa requête, je poursuivis, la musique m’emportant. Je le vis quitter sa place et tout coup, il se retrouva derrière moi, sans que je l’ai vu me contourné. Encore une fois, il échappait à ma vigilance. Il posa ses mains sur le clavier et commença à jouer avec moi. Ses doigts bougeaient avec la dextérité que conférait une longue habitude et j’en conclus qu’il était sans doute un musicien talentueux. Son air rejoignit le mien, s’y mêlant dans un parfait accord, alors que nous n’avions jamais joué ensemble. La musique s’éleva plus haut, plus belle et plus vive que je n’aurais jamais pu le faire, semblant être le chant d’anges immaculés. De temps à autres, sa peau douce frôlait la mienne, me faisait frissonner de plus belle. Le morceau atteignit bientôt son apogée, puis retombant dans un silence calme, tandis ce que nos deux respirations saccadés par l’effort résonnait dans la pièce. Il se recula vivement, me prit par la main et me fit me lever, face à lui. Il s’inclina galamment devant moi et me dit dans un sourire :
« - Madame, ce fut un plaisir pour moi de partager ces instants rares avec vous.
Je lui rendis son salut, les joues empourprées :
« - Moi de même, monsieur, mais pourrais-je savoir…
« - Qui je suis ?acheva-t-il dans un mouvement gracieux de la tête, faisant voler ses longs cheveux châtains. Voyez par vous-même…
Avec un geste preste, il tira de son veston une petite carte de carton beige, sur lequel était inscrit en lettre rouges et noires :
« Théâtres des Pires Vents – n° 1, Boulevard du Temple – direction : Mr Armarek »
- Le Théâtres des… Pires vents ?balbutiai-je, étonnée. Je n’ai jamais entendu ce nom !
Il me sourit de plus belle :
« - Cela n’a rien d’étonnant : nous venons de nous installer. Dans la salle qui jouxte ce théâtre. D’ailleurs, le directeur ne semblait pas ravi de nous voir venir lui faire concurrence…
« Gregorio, pensai-je avec une soudaine joie. Oh non ! Il doit fulminer… ! »
« - Mais comme je lui ai assuré que nous ne viendrions pas mettre son affaire en péril, il m’a semblé prêt à nous acceptez, continua l’inconnu.
En disant cela, il se rapprocha de moi, tandis ce que je demandais à nouveau :
« - Mr Armarek… c’est vous ?
« - Oui, approuva-t-il en un sourire charmeur. C’est moi. Je suis Mr Armarek, le directeur de ce théâtre. Mais c’est plutôt, comment vous dire… mon nom de scène, celui que je donne officiellement. Je préfère utiliser des pseudonymes…
Il était si près de moi, à présent, que je sentais son souffle chaud sur mes lèvres. Je me noyais dans l’océan vert émeraude que m’offrait ses prunelles, pendant ce qu’il passait lentement sa main dans mon dos sans que je réagisse. Soudain, il m’attira à lui et plaqua ses lèvres douces contre les miennes, m’embrassant avec passion. Je ne résistai pas et le laissai faire, enlaçant son cou de mes bras. Il approfondit fougueusement notre baiser, sa langue se glissant dans ma bouche et l’explorant avec avidité alors que ces doigts me parcourait le dos. Je ressentais un flot de sensations exquises venues du plus profond de moi et gémit de pur délice lorsqu’il acheva son baiser. Il se pencha alors vers moi et me murmura sensuellement à l’oreille, son souffle contre ma peau :
« - Mais vous, Louisa, vous pouvez m’appelez Julian...

Voici, très chers lecteurs, la fin de ce chapitre! dwarf
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Syriel
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:16

Bon, alors voici (enfin) le 6ème acte de cette sagga vampirique!

Dédicasse spéciale à:
- Become, que j'adôôôre et sans qui je ne pourrais pas continuer!
- esprit.evader, qui reste là pour moi, malgré mon foutu caractère!
- Et tout les membres de ce forum, que j'embrasse bien fort, même s'ils ne reviwent pas assez...

Allez, je vous laisse!!! Bonne lecture!!!!!!!!!!


Acte 6 : Julian de Vallière


[ … ] - Mais vous, Louisa, vous pouvez m’appelez Julian…


La voix surnaturelle de la vampire diminua doucement et s’éteignit dans la nuit, laissant place à un silence glacé. D’un air absent, elle contemplait les pavés luisant d’humidité qui tapissaient le sol de la cellule. Ses yeux noirs, voilés par le lourd poids du souvenir et des ans restaient immobiles, tandis ce qu’elle se complaisait dans sa torpeur. Du fond de son esprit avait rejaillit les souvenirs oubliées, les couleurs, les personnes, les sons, les voix qu’elle croyait avoir enfermés dans une partie de sa mémoire dont elle aurait jeté la clef . Mais il n’en était rien, bien au contraire, et elle le constatait avec amertume. Elle n’avait rien oublié et n’oublierait probablement jamais. C’était cela, l’éternité, c’était le souvenir de toutes les choses qui avaient compté comptés pour vous, que vous aviez aimées ; le souvenir de tous les gens que vous aviez chéris et qui avaient à présent disparus. Disparus loin de vous, dans le tourbillon du temps, alors que vous restiez là, inchangé, pour les années et probablement les siècles à venir. C’était cela, l’immortalité : la perte de tout ce qui comptait pour vous, de tout ce en quoi vous vouliez croire et qui vous échappait inexorablement, sans que vous puissiez rien y faire. Même les villes changeaient. Les époques, aussi. La façon de penser, de vivre d’une époque différait beaucoup d’un siècle à l’autre et c’était cela qui rendait l’adaptation au changement difficile. Et puis, au fil des ans, votre esprit s’alourdissait de souvenirs amers, et vous ne pouviez plus que pleurer en songeant à tout ce que vous aviez perdu et à tout ce qui vous restait encore à perdre. Vous en veniez alors à désirer la Mort, à la rechercher où qu’elle se trouve, mais vous n’aviez jamais la force de vous la donner,car vous espériez toujours : « et si il me restait une raison de vivre ? » Mais il n’y en avait pas, il n’y en avait plus. Le sang, bien sûr, était une raison, car il vous apportait un plaisir insensé, une jouissance inouïe, pourtant, même le sang, au bout d’un moment, ne parvenait plus à atténuer la douleur qui était la votre. Cette douleur était alors la compagne fidèle de vos nuits, ne vous laissant jamais de répit et continuant à vous torturer sans cesse. Au bout d’un moment, vous souffriez tellement que vous tombiez dans un état d’impuissance. Plus rien alors ne comptait pour vous, plus rien ne vous rattachait à votre vie immortelle. Vous cessiez de vous intéresser au monde, et vous perdiez finalement conscience de vous-même. Et cela vous tuait. Définitivement.
Tandis ce qu’elle se taisait, la vampire songeait à tout cela, à toute cette éternité qu’il lui restait encore à vivre. Bien que le désespoir de vivre ne l’eu pas encore affectée, elle avait connu des immortels périssant ainsi. Et, bien qu’elle ne se l’avouât pas à elle-même, elle avait bien faillit connaître le même destin tragique qu’eux, enfermée dans cette prison où tout n’était que malheur. Et cela lui faisait peur. Elle n’avait pas envie de finir ainsi, réduite à l’impuissance, incapable de trouver une raison d’exister.

Troublé par son silence prolongé, le mage attendit patiemment. Mais, voyant qu’elle ne sortait pas de sa torpeur pensive, il se résolut à employer des méthodes plus drastiques afin de le faire réagir. Il concentra donc ses pouvoirs magiques, et, avec une facilité rendue déconcertante par le sort qui les liait, pénétra son esprit. Ce qu’il y découvrit le stupéfia plus que tout autre chose. Elle possédait une profondeur d’âme, un savoir et une sagesse infinie, accrue encore par sa vive intelligence. Son esprit avait, au fil des siècles, atteint une complexité qu’il n’avait jamais vue. De nombreux sentiments se bousculaient en elle, mais elle les refoulait avec une logique froide. Elle semblait, contrairement à lui, avoir un fond de bonté. Elle était capable de s’émerveiller des choses les plus simples, tel le bruit du vent dans les rameaux des arbres ou le scintillement hivernal de la neige. Elle compatissait pour tous ces êtres, toutes ces vies qui souffraient et peinaient sur la Terre. Mais sa bonté était absolument effacée par sa soif de pouvoir et sa cruauté. Il voyait des choses atroces, des événements horribles, des crimes effroyables qu’elle avait commis avec un parfait sang froid. Il lisait en elle une farouche détermination à retrouver ses anciennes forces et un pouvoir démesuré. Il était presque impensable qu’une personne qui paraissait si frêle, si douce puisse posséder une telle colère, une telle volonté, une telle puissance, c’était pourtant le cas, il devait bien se rendre à l’évidence. Il vit également ses peurs, ses réflexions sur la vie de vampire et l’immortalité, mais, avant qu’il ait eut le temps d’approfondir sa recherche, elle releva la tête et le fixa d’un air scrutateur.
Malgré lui, le regard glacial qu’elle lui lança le fit frissonner. Cela ne lui était pas arrivé de puis fort longtemps. Aussi loin qu’il s’en souvienne, il n’avait jamais éprouvé un tant soi peu de crainte à l’égard de quelqu’un. Mais là, c’était différent. Rien de ce qu’il avait connu ne l’avait préparé à vivre une telle expérience avec la vampire. Il sentait naître pour elle un étrange sentiment, curieux mélange de respect, de compréhension et de crainte. Oui, il la respectait et la craignait en même temps. Il la considérait comme une égale, une personne de son rang, de sa trempe, mais ne pouvais s’empêcher de ressentir de la peur, aussi infime soit-elle. Cela n’avait pas de sens, pourtant : elle était à sa merci, il avait l’absolu contrôle sur elle. Il avait pourtant un sentiment contraire, comme si c’était plutôt elle qui tirait les manettes. Peu désireux que cette impression d’incertitude installe le doute dans son esprit, il secoua vivement la tête et affronta le regard perçant de la vampire. Celle-ci n’avait cessé de le fixer, depuis qu’elle avait senti qu’il fouillait dans son esprit. Bien sûr, il en avait le droit. Il était son… maître, à présent, même si elle répugnait à l’admettre. Mais elle aurait tout de même préféré qu’il la prévienne avant.
- Vous fouillez là-dedans… murmura-t-elle en se tapotant la tempe de l’indexe et en lui adressant un sourire de reproche.
Il acquiesça calmement, sans lui laisser lire mon trouble :
- Oui. C’est mon privilège, maintenant, non ? Malheureusement pour vous, vous ne pouvez pas en faire autant avec moi…
- Ce qui vous évitera de nombreuses déconvenues, acheva la vampire d’un ton égal. C’est tout à fait exact. Mais j’aurais tout de même voulut que vous me préveniez avant. Il n’est guère agréable de se rendre compte que l’on espionne vos pensées les plus intimes…
- Pardonnez-moi… s’excusa le sorcier.
Il mit un certain temps à ce rendre compte qu’il venait de s’excuser. Lui. S’excuser. Il y avait encore quelques mois à peine, cela aurait sans doute été inimaginable. Pourtant, il se sentait obligé de se faire pardonner sa faute, car la vampire lui intimait le respect. Il n’eut cependant pas le temps de poursuivre le fils de ses songes, car l’immortelle continua calmement :
- Mais à présent, vous savez tout sur les affres de l’immortalité. J’aurais préféré vous en parler après le récit de ma transformation, mais c’est aussi mieux ainsi. De cette façon, vous avez bien saisis l’ampleur d’une telle condition. Je vais donc continuer mon récit oralement. Je pourrais fort bien vous laissez sonder mon esprit, mais vous n’en retiriez que de vagues idées de ce que je veux vous expliquer. Je vais donc poursuivre… Où en étais-je ?
- Vous parliez d’un certain… Julian, lui rappela le vampire. Il se disait directeur du Théâtre de Pires Vents…
- Oui… Julian… le mystérieux Mr Armarek… souffla la vampire dans un nuage de vapeur cristallin. Je m’étais arrêtée là. C’est par là qu’il faut que je recommence…


Elle prit une inspiration puis :
- Aussitôt après avoir murmuré son nom au creux mon oreille, il fit volte-face dans un bruissement de cape et s’en fut avant que j’aie le temps de l’interroger davantage. Je ne le vis pas quitter la scène, tellement ses mouvements avaient été prestes et je n’entendis presque pas ses pas dans le couloir sombre. Il me laissait là, seule. J’avais les jambes tremblantes. Tremblantes de l’émotion que j’avais ressentie en jouant du clavecin avec lui. Un sentiment si fort de passion et de désir m’oppressait tout entière. J’avais envie de courir dans ses bras, de m’offrir à lui sans autre forme de procès. Ressentait-il la même chose à mon égard ? J’en doutais. Il m’avait laissée là, abandonnée, le sang battant à mes tempes et les questions se bousculant dans ma tête déjà douloureuse :
D’où venait-il ? Qui était-il ? Il disait s’appeler Julian ou Mr Armarek, mais était-ce la vérité ? Que me voulait-il ? Il m’avait abordé de façon si étrange… Le reverrait-je ? Je l’espérais au plus profond de mon âme meurtrie. Et comment connaissait-il mon nom ? Je ne me souvenais pas le lui avoir dit…
Toutes ces interrogations qui se bousculaient douloureusement dans ma tête, sans même me laisser le temps de les remettre en ordre… C’était si désagréable, si insupportable ! J’avais l’impression que ma tête allait exploser sous ce trop plein d’idées confuses. J’avais envie de hurler pour avoir les réponses à mes questions, de hurler à ce Julian en lui demandant pourquoi il m’avait laissée sans explications. Sous le coup d’une vague d’émotion plus forte que les autres, je tombai à terre, sur le parquet lustré de la scène, sans parvenir à me retenir. Je restai hébétée sur le sol de bois, ne cherchant même pas à me relever, me laissant bercer par le flot continuel de mes interrogations. Puis, lentement, une pensée plus cohérente que le autres émergea de la boue insipide de mon esprit. Qu’allais-je faire à présent ? Je me rendais compte que je n’avais plus personne au monde, à présent. J’avais perdu tous les gens que j’avais aimés, tous ceux qui comptaient pour moi. Cherqual, mort ; Lisette, morte. Plus rien ne me retenait ici. Alors pourquoi ne pas en finir ? Pourquoi ne pas renoncer à la vie tout simplement ? Si je me jetais du haut de la Seine, quelqu’un se soucierait-il de ce que j’étais devenue ? Ma famille ? Mais elle ne représentais plus rien pour moi, je l’avais reniée, quittée quand j’avais épousé Cherqual. Au souvenir de cette époque bénie, le sourire revint sur mes lèvres sèches. Malheureusement, la douleur qui suivit n’en fut que plus intense. Je n’essayais pas de la nier, mais je ne savais plus que faire. Je n’avais plus qu’une seule envie : aller au bord de la Seine et m’y jeter. Plonger dans l’eau glacée et sentir mon corps couler sous l’eau. Laisser mes membres s’engourdirent sous la morsure froide de l’onde d’hiver et voir partir mon esprit loin de mon corps. Loin de cette vie qui n’avait plus aucun attrait pour moi, loin de cette ville où chaque rue, chaque son me rappelait ce que je voulais oublier. Loin de ce monde que je ne comprenais plus depuis que mes joies étaient mortes.

C’est avec cette idée en tête que je me suis relevée, bien décidée à marcher jusqu’u fleuve et à m’y jeter. Rien ni personne ne pourrait m’en empêcher. Car de toute façon, je n’intéressais plus personne. Je descendis de la scène et marchait dans la salle vide de spectateurs, ne songeant pas un seul instant aux bonheurs que j’y avais connus. Mais soudain, alors que je me préparais à sortir de la pièce et à rejoindre la rue, une pensée me frappa de plein fouet. C’était une idée à la fois confuse et précise, comme un souvenir ressurgissant du passé que j’avais oublié : « Je t’aime, Louisa… Sois… heureuse… » Sois heureuse. C’était les derniers mots qu’avait prononcé Cherqual avant de mourir. Sois heureuse. Il était mort afin que je vive et il voulait que je poursuive ma vie sans lui, même si c’était dur, mais si j’étais triste. J’avais bien faillit y parvenir en retrouvant un peu de chaleur avec l’amitié de Lisette, mais même ça était fini à présent. Sois heureuse. Comment pouvais-je l’être en étant seule, à présent ? Je ne m’attardais même pas sur ma situation financière précaire. La vie était trop dure, je ne pouvais plus lutter. Sois heureuse. Ses dernières volontés. Il me l’avait demandé sur son lit de mort et je me sentais tenu d’honorer cette promesse que je n’avais pas faite. Je devais rester en vie en pensant à eux, à ceux qui m’avait aimée, et continuer pour leurs mémoire, quoiqu’il advienne. Cela me semblait injuste. N’avais-je pas le droit de me reposer, comme tout le monde ?! Pourquoi ne pourrais-je pas mourir et aller tous les retrouver ? J’avais déjà trop souffert, bien plus que la plupart des gens. Il me semblait légitime que je puisse enfin quitter cette vie. Sois heureuse. De rage, je tapais violemment contre la porte. Je cognais à m’en écorcher les mains. C’était facile pour Cherqual de dire cela : il était mort, me laissant seule avec de nombreuses dettes. Il n’avait plus à ce soucier de rien. Lui, dans l’Autre Monde. Alors que moi, je devais souffrir mille tourments et rester en vie. Je ne pus m’empêcher de le maudire d’être parti si tôt.
« - Je te hais ! Je te hais, tu entends ?! hurlai-je en frappant la porte de plus belle. Pourquoi m’as-tu laissée seule ? Je te déteste ! Tu n’avais pas le droit !!! Va au diable !
Mais aussitôt après avoir crié ces paroles, une terrible honte m’envahit : de quel droit pouvais-je le maudire ? De quel droit pouvais-je l’accuser de tout ce qui m’arrivait ? Si il y avait un responsable, ce n’était pas Cherqual. Il n’avait jamais voulu que mon bien, mais il avait échoué. Et n’en était aucunement responsable. Je m’affalait contre le mur, une honte sans nom me brûlant le visage. La fureur était toujours présente, mais s’atténuait lentement.
« - Je te hais… murmurai-je encore.
Ma voix se brisa pitoyablement dans un sanglot :
« - Je t’aime…



La vampire se tu une seconde et reprit son souffle. En face d’elle, le mage la fixait avec plus d’intensité que jamais. Il semblait en proie à quelques luttes intérieures, car son visage était partagé entre la compassion et une totale indifférence. Il paraissait lutter face aux sentiments que faisait naître en lui le récit de l’immortelle. Heureusement, celle-ci ne s’en rendit pas compte –ou ne le montra pas…- et continua plus lentement :
- Finalement, je décidai de rester en vie. J’avais trop honte des paroles que j’avais prononcée à l’égard de Cherqual et s’est sans doute pour honorer ses dernières volontés autant que pour me déculpabiliser que je choisi de ne pas me jeter dans la Seine. Je ne voulais pas avoir l’impression de détruire ma vie alors qu’il s’était sacrifié pour moi. Je devais continuer comme il l’avait voulu, même si j’avais mal, même si j’étais fatiguée, et vivre la vie qu’il avait voulu que j’aie. Et si son souvenir devenait trop insupportable, il serait toujours temps de rassembler mes économies et de quitter Paris afin de refaire ma vie ailleurs. Je rentrais donc chez moi et, sans même ôter mes vêtements, m’étendis lourdement sur le lit et plongeait dans un profond sommeil, dépourvu de rêve.
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:16

Je dormis toute la journée, sans me réveiller, sans même prendre la peine de me lever. Accablée par les événements de ces derniers jours, j’avais besoin de récupérer et de chasser la fatigue accumulée. Je ne m’éveillai que le soir suivant, aux alentours de 8 heures 30, et je paressai un instant sur mon lit, avant de réaliser avec effroi que je devais me rendre au théâtre avant 9 heures, afin d’y répéter. Malgré tout mon chagrin, je ne pus m’empêcher d’espérer de ne pas arriver en retard, car Gregorio ne supportait pas le moindre écart dans les horaires. Et à présent que Lisette n’était plus là pour le calmer quand il s’en prenait à moi, j’avais toutes les chances du monde de subir une nouvelle fois sa colère. Pestant contre le sommeil et la malchance, je m’extirpait hors des couvertures chaudes et fis quelques pas sur le parquet froid. Je frissonnai, il faisait glacial dans la chambre. J’avais oublié de fermer la fenêtre et l’air froid de l’hiver avait pénétré la pièce, refroidissant l’atmosphère. Je me hâtai de fermer la fenêtre, afin de conserver un tant soi peu de chaleur et c’est en verrouillant la poignée de bronze que je m’aperçus que de la lumière filtrait de la fenêtre d’en face. Étrange. Normalement, cette maison, à côté de chez moi, était censée être inhabitée depuis des années. On racontait que les anciens propriétaires étaient partis en hâte, après que l’on ait retrouvé la gouvernante morte, un hachoir de boucher planté entre les omoplates. Meurtre, vengeance ? Nul ne le savait, car on n’avait jamais retrouvé le coupable de ce crime, qui avait été grossi la légion d’énigmes irrésolues de l’histoire judiciaire de Paris. Quoiqu’il en soit, la maison était restée déserte depuis, malgré les efforts répétés de huissiers pour lui trouver un acquéreur. Personne n’avait envie d’habiter dans une maison où s’était déroulé un meurtre, et je les comprenais bien. Alors, sans habitant, la demeure avait lentement perdu de son prestige passé, pour finalement tomber presque en ruine. Lorsque j’avais emménagé au Boulevard du Temple, ce n’était déjà plus qu’un bâtiment promis à la démolition. Quelle ne fut donc pas ma surprise de voir, par les vitres de ma fenêtre, que de la lumière brillait en face ! Je n’y croyais pas. Ce n’était pas possible, qui aurait pu aller vivre là-dedans ?! Je scrutai l’intérieur de la pièce, de l’autre côté de la rue. La fenêtre de ma chambre donnait directement sur celle de la maison d’en face, et j’avais donc tout le loisir d’observer sans que cela ne dérange qui que ce soit. En regardant attentivement l’intérieur, je vis avec surprise que de nombreuses chandelles y étaient allumées. La chambre avait été entièrement refaite. On ne voyait plus, aux murs, ces anciennes lézardes et ces traces d’humidité pourrissantes. Non, à présent, un délicat papier peint crème aux lignes d’or tapissait les murs auxquels de superbes tableaux de maître étaient suspendus. Un immense miroir trônait sur une des parois et un grand lit au drap blanc se tenait au centre. Quelqu’un avait acheté la maison et l’avait fait rénover. Cela avait dû se passer très rapidement, car même dans le voisinage, nous ne nous étions rendus compte de rien.

Une horloge sonna, quelque part chez moi. Neuf coups. Neuf heures. Bon Dieu ! Je n’étais même pas prête ! J’avais tellement été absorbée par l’étude de la pièce d’en face, que j’en avais oublié de me préparer. Gregorio allait devoir m’attendre. J’enlevai en un tour de main ma robe froissée, frissonnant dans la fine chemise de coton que je portais sous mes vêtements. Presque nue, j’ouvris grand la porte de l’armoire et j’en sorti une autre robe, rouge cette fois, comme du sang. Je l’enfilai du mieux que je pus, et à ce moment là, alors que je faisais face une nouvelle fois à la fenêtre, je me rendis compte que quelqu’un m’observai depuis la maison voisine. Un homme. Grand, d’environ 25 ans. Accoudé négligemment à la balustrade de son balcon, presque en face de ma fenêtre, il avait le visage dans l’ombre, ce qui m’empêchait de distinguer ses traits. Mais il m’observait, en train de me changer ! Quel goujat ! Sous la surprise, je vis volte-face et le fixai doit dans les yeux. Je crus distingué sur ses lèvres un sourire mutin de contentement, puis il m’adressa un petit signe de la main, avant de refermer la fenêtre, sans cesser de me détailler des pieds à la tête. Et, alors qu’il regagnait la pièce de sa maison, je vis son visage, éclairé par la lumière chaude des nombreuses chandelles. C’était mon inconnu. C’était Julian, celui qui m’avait surprise au théâtre, devant mon clavecin. Celui que j’espérais tant retrouver. Le plaisir naquit dans mon cœur, tel une rose fragile. Ainsi, il habitait à côté de chez moi. J’étais si contente de l’avoir revu que mes mains en tremblaient d’excitation. Oubliées, les morts de Cherqual et de Lisette, oubliée, ma fureur, oubliés, mes rêves de suicide. Je l’avais retrouvé, et cela seul comptait. Je ne me demandais même pas pourquoi il m’avait observée, alors que j’étais presque nue. J’oubliais de m’en offusquer, de m’en indigner. Je crois même que cela m’avait plu, qu’il me voit ainsi. Qu’il m’ait regardée. J’avais oublié que je devais me hâter au théâtre, et y subir les débordements colériques de Gregorio. J’avais revu Julian, et c’était merveilleux !

C’est donc d’un pas assuré que je sortis de chez moi et que je traversai le Boulevard. Je m’arrêtai au passage devant la maison de Julian, bien décidée à interroger quelqu’un au sujet de sa présence. Devant sa porte, une vieille femme, les traits marqués par l’âge mais le regard heureux, passait le balai. Elle portait une robe noire à rayures blanches, typiques des employées de maison. Elle sifflotait un air gai, tout en s’affairant. Je décidai de lui parler. Je l’accostai donc gentiment, lui apprenant que je vivais à deux pas et lui demandant depuis quand la maison était habitée. Elle me répondit chaleureusement que le propriétaire venait à peine d’aménager, que les travaux avaient été plutôt rapides et qu’il en était fort satisfait. Elle me dit également que son maître était quelqu’un de très occupé et qu’il sortait souvent pour son travail, à Paris, ce qui expliquai pourquoi on le voyait rarement chez lui avant la tombée de la nuit. Il partait tôt le matin et revenait le soir. Elle m’apprit aussi ce que je savais déjà : qu’il était directeur du Théâtre des Pires Vents, situé à quelques pas à peine et que cela l’occupait une grande partie de la nuit. Toutefois, elle mentionnait son maître sous le nom de Mr Armarek, et non sous celui de Julian. J’en conclus tout simplement qu’il préférait être appelé par son nom de scène. Je discutai un long moment avec la vieille femme, parlant de chose et d’autre : de leur arrivée à tous les deux au Boulevard, du travail de Mr Armarek, de son théâtre, de moi, de mon emploi comme musicienne au Théâtre Lyrique, de ma vie solitaire. Lorsque je lui appris que j’étais veuve depuis peu de temps, elle poussa une exclamation de surprise et me dit que j’étais bien courageuse de continuer à vivre comme si de rien était, sans me désoler sur mon sort. Je lui adressai un sourire empli de reconnaissance quand tout à coup, l’horloge de la chapelle Notre-Dame, située à deux pas, sonna un coup bref. Neuf heures et demie. Je poussais une exclamation : il était temps pour moi de partir au théâtre, car j’étais déjà très en retard. Je m’excusai auprès de la vieille, et me hâtai rapidement vers le bâtiment de pierre blanche.

Comme je devais m’y attendre, je subis les foudres de Gregorio qui, furieux de mon retard, menaça de me renvoyer sur-le-champ. Je m’excusai du mieux que je pus, prétextant que je n’avais pas fermé l’œil de la nuit et que je venais à peine de m’assoupir avant de me rendre compte qu’il me fallait aller travailler. Il n’écouta même pas mes vaines excuses et se contenta de me dire qu’il voulait me voir dans son bureau, à minuit, après la représentation. La lueur perverse qui s’alluma dans ses yeux en disant cela ne laissait présager rien de bon, mais comme il menaçait de me renvoyer, je dus me plier à ses exigences et accepter ses ordres. Je fus ensuite propulsée sur scène par les comédiens, qui, venant de finir la première partie de leur tragédie, se changeait pendant l’entracte. Le public, venu saluer leur nouvelle pièce, leur avait fait un triomphe et demandait à présent un intermède musical. Je m’assis donc à mon clavecin et, comme je n’avais rien répété, commençai un concerto de Bach, en sol majeur. C’était une œuvre à la fois gaie et triste, assez facile du point de vue technique, mais beaucoup plus dure du point de vue de l’interprétation. Le public fut toutefois charmé par ma prestation et me fit une véritable ovation. Comme les acteurs n’étaient pas encore prêts, j’enchaînai avec des œuvres de Mozart et d’Haendel, déclanchant l’enthousiasme de la salle. Jamais je n’avais été aussi applaudie et, quand je quittai la scène, des murmures de protestation s’élevèrent parmi le parterre. J’étais presque aussi déçue qu’eux de devoir quitter mon clavecin, car je me sentais en pleine forme et mes doigts fourmillaient de vouloir encore jouer. Ce n’était hélas guère possible.

Une fois dans l’atmosphère calme des coulisses désertes, je m’adossai au mur et respirai un grand coup. Ma prestation était finie, et je pouvais donc rentrer chez moi. Contrairement aux autres soirs, je n‘avais personnes à attendre, personne qui me raccompagnerait. Plus de Lisette. Le chagrin enfla aussitôt dans mon cœur, tandis ce que je pensais à elle. Les larmes se mirent imperceptiblement à ruisseler sur mes joues froides, alors que dans ma tête résonnait le dernier requiem de feu Amadeus Wolfgang Mozart. Morte. Elle était morte. Mais je refusai de laisser partie son souvenir, de la laisser s’en aller loin de moi. Je refusai qu’on me laisser seule, abandonnée comme je l’étais désormais. Un hurlement muet jaillit du plus profond de mon âme. Je voyais flou, la tête me tournait, plus aucune pensée cohérente n’habitait mon esprit brisé. Je n’étais plus qu’une orpheline parmi tant d’autres, une enfant perdue qui suppliait qu’on vienne la chercher. Une femme brisée. Le hurlement enfla en moi, tel une vague qui, ayant parcourut des dizaines de kilomètres en mer, se dresse soudain de toute sa hauteur terrible, pour contempler le monde à ses pieds et presque toucher le ciel. Le Ciel. Que pouvait-il m’apporter ? Même pas un peu de chaleur, de réconfort, ce dont j’avais tant besoin. Mon désespoir me reprit, comme la nuit précédente, et avec lui revint mes doutes, mes doutes sur la vie, sur mon envie de continuer ainsi, sans personne à qui me confier. Je ne savais pas, je ne savais plus. La chaleur que la musique m’avait apportée était noyée dans un torrent de larmes, un flot de confusion. Alors que je pleurais, un vase éclata soudainement, à côté de moi. Cela me fit sursauter, mais je n’y prêtai presque pas attention. Je savais ce qui s’était passé. Maudits pouvoirs ! Ils se manifestaient toujours aux moments les plus inopportuns, lorsque j’étais sous le coup d’une violente émotion. Je voulais rentrer chez moi. Me mettre au calme, au chaud sous mes couvertures, dormir dans mon lit, m’étendre sur le matelas de plume et ne plus penser à rien. Ne plus jamais penser. Ne plus jamais souffrir. Ne plus jamais se réveiller. Jamais. Jamais. Jamais…

Mais il y avait Gregorio, qui voulait me voir dans son bureau après la représentation. Je devrais alors lui tenir tête, supporter ses attaques et ses avances. Il n’y avait même plus Lisette pour me protéger. Je n’avais même plus la force de me battre. Plus la force de lui résister. Si je restai à cet entretien, j’allais finir nue devant lui, couchée sur son bureau, les cuisses écartées, à attendre. Attendre qu’il prenne son plaisir avec moi, ce dont il devait rêver depuis longtemps. Et je ne ferais rien. Je ne résisterai pas. Pourquoi ? Mais parce que je n’en avais plus la force, plus l’envie, plus le courage. Parce que j’étais trop lâche pour continuer ma vie sans ceux que j’aimais. Il me violerait, et alors ? Je serrais consentante, puisque je ne dirais rien. Et après, lorsque cela ce saurait, on me traiterait de catin, de fille facile, de traînée. Et alors ? Ce que pensais les autres ne m’intéressait pas, ne m’intéressait plus. Plus rien n’avait de l’importance. Alors je restai là, dans les coulisses, à attendre que l’heure de mon rendez-vous ait sonné. Et si Gregorio voulait me violer, libre à lui de le faire, je ne l’en empêcherais pas.
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:17

J’en étais arrivée à ce point-là de ma funeste réflexion, quand j’entendis des éclats de voix derrière moi. Des hommes. Des hommes qui hurlaient de colère, juste de l’autre côté du couloir, dans le bureau de Gregorio. Curieuse, je m’approchai lentement de la porte entre ouverte, affolée à l’idée que l’on me trouve là, en train d’écouter aux portes. Je parvins à distinguer deux voix. L’une, sèche et sifflante, était celle de Gregorio, que j’aurais reconnue entre mille. Il semblait hors de lui, et parlait si vite que je ne parvenais pas à saisir tous ses propos. Il devait être très en colère. Son interlocuteur avait l’air plus calme, moins furieux. Il avait un timbre de voix presque tranquille, velouté et sensuel. Il roulait très légèrement les « r », avec un petit accent italien. Et soudain, alors que je glissai un regard au travers de la porte mal fermée, je m’aperçus que l’interlocuteur de Gregorio n’était autre que Julian. Sous la surprise, j’étouffai une exclamation. Toutefois, les deux hommes m’entendirent et cessèrent aussitôt leur affrontement verbal. Ils se tournèrent vers la porte, mais ce fut Julian qui vint ouvrir. Ses yeux s’agrandirent en me voyant, puis il m’adressa un clin d’œil complice et un sourire rassurant, avant de me saluer :
« - Bonsoir, Louisa. Je suppose que vous avez entendu des éclats de voix et que, curieuse de voir ce qui se passait, vous avez écouté aux portes…
Il avait dit cela avec une pointe d’amusement, mais sans paraître outré de ma conduite plus respectueuse. Gregorio, en revanche, explosa :
« - Comment ?! Vous vous permettez de venir écouter aux portes, Mme de Finamore ? Ne croyez pas vous en tirer à si bon compte, ma petite, continua-t-il en s’avançant vers moi, son indexe pointé en un signe accusateur. Je compte bien vous dire deux mots dans mon bureau !!!
Julian se tourna vers lui avec une mimique d’exaspération, puis continua comme si de rien était, soucieux visiblement de me protéger de la colère de Gregorio.
« - Pardonnez-nous, Louisa, si nos cris vous ont alertées. Nous avons quelques différents, à propos d’un sujet bien mineur, et sans importance…
Il fut coupé en plein élan par Gregorio qui fulminait :
« - Un sujet bien mineur ?!?! Non, môsieur, ce n’est pas un sujet mineur ! Il s’agit de la concurrence que vous venez établir sous mon nez, en vous installant à côté de mon établissement, avec votre bande de saltimbanques… qui, d’ailleurs, ne méritent même pas le nom d’acteurs !!!
Pendant un instant, je crus déceler chez Julian un frémissement de rage, mais il se contint stoïquement et se défendit :
« - Excusez-moi, mais il me semble que mon théâtre n’est pas le seul à jouxter au votre et que, par conséquent, il ne menace pas à la bonne prospérité de votre établissement, comme vous dites !
« - Peut-être, continua Gregorio en lâchant un nuage de postillon sur le gilet noir impeccable de Julian, mais les autres théâtres, eux, sont respectables. Contrairement à d’autres.
« - Vous insinuez peut-être que le mien ne l’est pas ?!
« - C’est exact !! Vous êtes un homme bien étrange, Mr Armarek. Très étrange, je dois dire. On raconte même des choses bien mystérieuses sur votre compte. Mais laissez-m’en vous en citer quelques-unes… On parle beaucoup de vous, dans les hautes sphères de notre gouvernement, et avec crainte, je dois dire, ce qui est fort regrettable. Des bruits courent sur vos intrigantes activités. Vous ne sortez jamais de chez vous le jour, ce qui n’est pas pour alerter la populasse. Bref, on dit tout cela et bien d’autres choses encore. Mais sur vos origines, rien, pas un mot. Elles sont à l’évidence tenues secrètes. Vous avez débarqué ici, il y a quelques deux ans, et vous vous êtes hissé dans le monde du spectacle Dieu sait comment. Par les menaces, sans doute. Peut-être les meurtres… Qui sait, avec vous ? Beaucoup de gens vous craigne, et bien PAS MOI ! Pour moi, vous resterez un sale petit aristocrate de pacotille qui croit pouvoir jouer dans la cours des Grands.
Il passa devant Julian, qui ne semblait pas s’offusquer de ses injures, à grand pas furieux. Prenant son chapeau à la main, il ouvrir la porte et montra la sortie du doigt à Julian :
« - Je vous prierais donc de bien vouloir sortir de mon bureau. Je ne vous salue pas, monsieur !
Pourtant, il avait tort de croire que la passivité extérieure de Julian était réelle. En effet, si ce dernier semblait avoir emmagasiné les coups avec autant de flegme, ce n’était que pour mieux les renvoyés à Gregorio, dont il ne supportait pas les insultes. Julian bondit sur le gras directeur du théâtre avec la rapidité d’un chat qui capture une souris. En un instant, Gregorio était coincé contre le mur lambrissé de son bureau. Julian l’empêchait de se débattre en lui bloquant les bras d’une main et en serrant sa gorge épaisse de l’autre. Les traits purs du jeune homme s’étaient mués en une grimace féroce et sensuelle de rage, et il affermit la prise de ses doigts autours de la nuque de son opposant. Le visage de Gregorio avait prit, sous la peur, une horrible teinte livide et des gouttes de sueur perlaient abondamment sur ses joues grasses. Julian dégageait une force, une colère inimaginable qui clouait sur place le malheureux directeur, l’empêchant même de réagir. Avec un sourire de joie cruelle, Julian fixa Gregorio dans les yeux et articula clairement, en tournant la tête avec mépris :
« - Que je ne vous entende plus jamais insulter ne serrait-ce qu’une seule fois mon théâtre, Mr del Avega. Car sinon, vous auriez affaire à moi. Et il me plairait que vous arrêtiez de nourrir de tels préjugés quand à ma vie privée. Elle ne regarde que moi. Est-ce clair ?
Visiblement, il attendait une réponse, qui malheureusement ne venait pas. Il serra donc un peu plus la gorge de Gregorio, qui devint encore plus pâle :
« - Est-ce clair ?répéta-t-il plus doucement. Sa voix était comme un murmure glacé.
Gregorio hocha la tête vivement. Il avait compris. Mais cela ne suffisait pas à Julian. Il serra davantage et :
« - Je veux vous l’entendre dire. Est-ce clair, oui, ou non ?
« - O…oui… déglutit difficilement Gregorio, au bord de l’asphyxie.
Enfin, Julian le lâcha sur le sol, où il retomba, pitoyable petit tas de graisse humaine tremblotante de peur. Julian ne lui adressa même pas un regard de mépris. Il n’en valait pas la peine. Non, il se contenta de faire volte-face et de reprendre sa cape noire doublée de rouge, sur la patente, à côté de la porte. Puis, accrochant la cape sur ses épaules :
« - Bien. Permettez-moi de tout de même vous souhaiter le bonsoir, monsieur. Bien que vous ne le méritiez pas.
Il s’apprêtait à sortir, mais il sembla se souvenir de ma présence, car il se tourna vers moi avec une mimique d’interrogation, et me tendit le bras :
« - Vous venez, Louisa ? Ou vous souhaitez rester davantage avec ce ramassis d’espèce humaine ? Je vous en laisse seule juge.
Je jetai un regard en biais à Gregorio, alors que Julian attendait. Le directeur me le renvoya clairement, me faisant comprendre que j’aurais des ennuis si je partais avec Julian. Puis, je regardai à nouveau le jeune homme : un sourire séducteur aux lèvres, il m’attendait, ne doutant pas de ma décision. Les entendre se disputer tout les deux ; revoir Julian ; voir Gregorio se faire ridiculiser ; tout cela m’avait remit les idées en place. J’en oubliais mes idées de suicide. Seul comptait Julian, et le bras tentant qu’il me tendait. Finalement, je fis fi de Gregorio et de ses menaces, et me laissai tenter par Julian et son sourire. Je me pendis à son bras et sortis avec lui du bureau.

Une fois dans la rue, nous marchâmes d’un bon pas, nos chaussures claquant sur les pavés mouillés. Nous ne parlions pas, car nous n’en avions pas besoin : nous étions simplement heureux d’être ensemble, côté à côte. Cela me semblait si simple, d’être avec lui. Il donnait un sens à ma vie, un but vers lequel je tournais toute mon attention : rester avec lui, lui appartenir. À jamais. Corps et âme.
Bientôt, cependant, il me fit ralentir la cadence pour s’arrêter finalement, face à moi, plongeant ses iris émeraude dans mes yeux si noirs. Il me sourit, découvrant des dents blanches parfaitement alignées.
« - Je suis heureux que vous ayez choisis de me suivre, dit-il sans préambule. Je ne supportais pas de vous savoir avec cet ignoble individu.
Je ne savais pas trop comment réagir à tout cela. Devais-je y déceler une marque d’attention de sa part ? Je le remerciais simplement en haussant les épaules:
« - De toute façon, je n’avais pas l’intention de rester avec lui. Il m’a fait trop souffrir, vous savez… Mais… mais… c’est grâce à vous que… que j’ai réalisé à quel point il était… pitoyable !
Il étouffa un rire, qui parvint tout de même à mes oreilles comme un tintement de cloches cristallin. Me prenant les deux mains et les serrant dans les siennes, gantées, il me regarda à nouveau et murmura d’un ton sérieux :
« - Oui… Vous avez bien fait de le quitter. Néanmoins, je sens chez vous une tristesse impalpable, qui alourdit vos traits de douleur et de mélancolie. On dirait que… les malheurs sont une habitude pour vous.
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:17

Je détournai la tête et échappai de son emprise, peu désireuse de lui parler de mes problèmes. Pourtant, je me sentais obligée envers lui, comme s’il m’intimait l’ordre silencieux de me confesser. Je lui racontai donc tous les événements de ces derniers jours, les larmes aux yeux. Tout le long de mon récit, il ne prononça pas un mot, ne dit rien qui puisse m’interrompre. Il buvait mes paroles littéralement, hochant la tête aux moments adéquats, une lueur de compassion dans ses prunelles vertes. Alors, j’oubliais toute retenue : je me confessai comme jamais je ne l’avais encore fait, même pas avec Lisette. Je lui confiais mes peines, mes tourments, mes chagrins, tous ces démons noirs qui hantaient mon âme. Toutefois, j’omis de lui parer de ma résurrection : je ne voulais pas qu’il me fuie en criant à la sorcellerie. Même si c’était peu probable. Quoiqu’il en soit, j’avais enfin l‘impression d’avoir trouvé quelqu’un qui me comprenait au-delà des mots, qui comprenait bien plus que ce que je lui disais. Quelqu’un en qui je pouvais avoir confiance…



La voix de la vampire se fit plus amère ; ses traits se durcirent et ses yeux lancèrent des éclairs. Elle interrompit le fil de son histoire et siffla à voix basse entre ses dents serrées :
- Si j’avais su, je ne me serrais pas comportée ainsi avec Julian ! Je ne lui aurais pas fait confiance, aveuglément. Mais c’est trop tard, maintenant…
Le mage se contenta de la fixer, ses yeux pensifs dissimulés dans l’ombre de la pièce. Enfin, il se résolut à poser la question qui lui brûlait les lèvres :
- Pourquoi ? Pourquoi ne lui auriez-vous pas fait confiance… ?
La vampire sourit intérieurement. Finalement, bien qu’il soit infiniment puissant, le mortel avait tout de même quelque chose en commun avec tous les autres : il brûlait de savoir, de connaître le moindre de ses secrets, le moindre recoin de l’histoire de sa vie. Fort bien. Il n’allait pas être déçu. Et puis, cela lui faisait du bien, à elle aussi : elle avait tant besoin de se confesser, de dire ces choses qui l’avaient hantées depuis tellement de nuits. Oui, il fallait qu’elle se confesse.
- Je savais que vous alliez me demander cela, fi-t-elle dans un sourire. Je savais que vous voudriez comprendre. Malheureusement, je suis au regret de vous dire que je ne répondrais pas tout de suite à cette question pour le moins pertinente : cela vous ruinerait tout le… suspens, non ? Et puis, vous comprendrez plus tard… Bien plus tard. Pour l’instant, je vais simplement finir de vous relater la nuit que j’ai passée avec Julian. Il m’avait donc écoutée sans m’interrompre et, dès la fin de mon récit, me prit par le bras et me fit reprendre notre marche. Il compatit à mes malheurs, me disant qu’il admirait mon courage et que si j’avais besoin de quoique ce soit, je pouvais compter sur lui, qu’il ferrait tout pour m’aider. Il paraissait sincère, et sans doute l’était-il… Puis, je le questionnai à mon tour, sur ce ce que j’avais entendu dans le bureau de Gregorio.
« - Oh, ça ! ri-t-il avec un geste désinvolte. Non, ce n’est rien, vraiment… Disons simplement que Mr del Avega s’est servit de bruits injustifiés qui courent sur mon compte. Mais il est vrai que je ne fais rien pour démentir ces rumeurs peu obligeantes. Mais voyez-vous, Louisa, je ne peux m’empêcher d’aimer être entouré de mystères. Je n’aime pas particulièrement me vanter ou même divulguer mes origines, je préfère laisser planer le voile du doute sur ma personne. Pourtant, je suppose qu’à vous je peux me confier, vous racontez un peu ma vie, comme vous l’aveu fait pour moi, non ?
Je fus un peu prise de court par la tournure que prenait notre conversation, mais je m’empressai d’approuver :
« - Certainement, Julian… je vous en prie. Je serrais curieuse d’en apprendre plus sur vous.
« - Bien, commença-t-il, visiblement heureux de ma réponse. Ma vie. Je suis né dans une famille de riches marchands, dans la ville de Venise, en Italie. À l’époque où, jeune garçon encore, j’arpentais les rues de cette splendide cité, Venise était un port bigarré et fantastique, où se mêlaient les fortunés négociants, les explorateurs exotiques ou encore les aristocrates distingué. La ville était prospère, et son port florissant aux multiples marchés était réputé dans toutes l’Europe. Des marchandises du monde entier se côtoyaient sur les étals, pour le plus grand plaisir de la foule des badauds. Mon grand-père avait, en son temps, monté un commerce fructueux de marchandises venues d’Inde et de Chine ; et, naturellement, mon père en avait hérité. Ainsi, il dirigeait avec mon oncle l’empire commercial familial, nous assurant à tous une vie bonne et abondante. Toutefois, étant le quatrième garçon d’une famille nombreuse, je ne pouvais prétendre à aucun titre, ni de noblesse ni de succession. Tout cela allait revenir, à la mort de mon père, à mon frère aîné. Moi, je ne toucherais rien au pactole. Au début, cette idée me révolta : je ne me voyais pas passer le restant de mes jours pendu aux crochet de mon frère, afin de subsister. Mais, avec le temps, je me fis une raison et j’acceptais mon sort. Jusqu’au jour où, par hasard, ma mère nous emmena au théâtre.
Ma mère était une femme cultivée et très vive, qui avait, dans sa jeunesse, traversé l’Europe en compagnie de son père, musicien de renom. Elle nous racontait souvent ses voyages, le soir, pour nous endormir, nous laissant planer dans des contrés merveilleuses que nous ne pouvions qu’imaginer. Elle adorait lire et écrire, également. Elle avait un goût très prononcé pour le théâtre, chose que malheureusement mon père n’approuvait guère. Mais elle nous y emmena tout de même, malgré les protestations plus que vives de mon géniteur. Sur les planches d’une petite scène, je découvris pour la première fois le monde du spectacle : ces comédies, ces tragédies, ces romances. Je vis jouer avec fascination Pierrot et Colombine, ou alors Polichinelle et Pantalon, riant de leurs grimaces ou pleurant de leurs déconvenues. Le spectacle me plut tellement qu’à la fin, je me rendis auprès des acteurs et discutai un moment avec eux. Ils semblaient beaucoup s’amuser de l’intérêt naïf que je leur portais. Mais moi, j’étais conquis. Je les écoutais parler de leurs pièces, de leurs succès et triomphes, mais aussi du métier de comédien. Je savais dès lors que j’avais trouvé ma voie.
Ne voulant pas subir les foudres de mon père, je me rendis en cachette tous les au théâtre et me liais d’amitié avec les comédiens. Puis, au bout d’un certain temps, m’ayant vu déclamer avec verve de longs discours enflammés, ils me proposèrent d’entrer dans la troupe. J’acceptai aussitôt, sachant qu’il me faudrait redoubler de vigilance avec mon père. Les semaines passèrent, et je devins bientôt aussi bon que le plus expérimenté d’entre eux. Ils n’en revenaient pas, et croyaient au prodige. Avec eux, je connaissais les plus beaux instants de ma vie. Mais un de mes frères, que mes cachotteries avait alarmé, découvrit mon secret et alla le rapporter à mon père. Celui-ci entra dans une fureur noire, et m’interdit de jouer à nouveau. Désespéré, je m’en allais dire adieu à mes comédiens. Mais ils réussirent à me convaincre de partir avec eux, en Europe, pour une grande tournée. Je réservais ma réponse et en parlai à ma mère, qui m’enjoignit d’accepter. Elle me donna même de l’argent et sa bénédiction. Le jour suivant, je m’embarquai sur un voilier, et je quittai le domaine familial. Notre tournée dura plusieurs années. Plusieurs années de voyage, de succès, dans les quatre coins du continent. Puis, mon budget bien renfloué, je paris seul à Paris pour y monter ma propre troupe. J’étais un homme, à présent, et rien ne me faisait peur. Lorsque je suis arrivé ici, il y deux ans, j’ai tout d’abord recherché des comédiens doués, puis, monté ma propre troupe et gravis lentement les échelons du monde du spectacle. Finalement, j’ai loué une petite salle et le Théâtre des Pires Vents est né. Voici, en quelques mots, l’histoire de ma vie, Louisa.

Je le regardai avec incrédulité : quitter si jeune sa famille et s’aventurer sur les routes, était-ce bien raisonnable ? Mais finalement, il semblait avoir bien réussit sa vie, et je ne pouvais que l’admirer. Bien sûr, certains détails restaient obscurs, mais peut-être cela était-il trop personnel ? Je le remerciai chaleureusement de s’être confié à moi, puis regardais autours de moi : nous avions errer sans but ans les rues de Paris et étions maintenant parvenus en bas du quartier du Temple, près du cimetière St-Vicent de Villème. Je frissonnais, il faisait froid. Une horloge sonna minuit et Julian se tourna vers moi d’un air désolé :
« - Veuillez m’excuser, Louisa, mais on m’attend en ville. Je dois me hâter… Je n’aime pas être en retard. Désolé de ne pouvoir vous raccompagner…
« - Ce n’est pas grave, assurai-je avec conviction. Je connais le chemin, ne vous inquiétez pas !
Il lâcha mon bras lentement, à regret et baisa délicatement ma main gantée :
« - Merci de cette si agréable soirée, Louisa. J’ai adoré discuter avec vous. Au plaisir de vous revoir, ce que je ne saurais qu’espérer.
« - Moi de même répondis-je. Â bientôt, je les souhaite, et bonne nuit !
« - Bonne nuit, murmura-t-il de sa voix de velours. Puis, dans un froissement de cape :
« - Je vous attendrai…
Et il partit sans bruit, me laissant seule dans la nuit. Peu rassurée, je me hâtai de rentrer chez moi. Les rues n’étaient pas si sûres que ce que je croyais…


Alors? Vous voulez la suite??? ne vous inquiétez pas, elle arrive bientôt!!!! En attendant, j'aimerais bien des reviews dans la section "Votre verdict", s'il vous plait!!!! (c'est pas trop demandé, j'espère?!) dwarf
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Syriel
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:19

Voici la suite de cette fic! Très content Enfin! Bon, d'accord, c'est une toute petite suite, mais comme j'ai récemment eu des commentaires sur la longueur de mes chapitres (mais je ne suis pas vexée, promis!), j'ai décidé de varier! C'est donc volontaire si cette partie est courte!!

Merci à tous ceux qui m'ont laissé un mot dans la section "Votre verdict"... Bigs bisouxxx... Coeur


Intermède dans une prison…

[…] Les rues n’étaient pas aussi sûres que ce que je croyais…

Un craquement soudain retendit dans le cachot glacé, faisant sursauter violement le mage, captivé par le récit de la vampire. Il baissa rapidement les yeux et aperçut un gros rat qui trottinait rapidement sur les pavés recouverts de givre. C’était un animal de bonne taille, le pelage noir et luisant, les yeux rouges et brillants, toujours en alerte, comme s’il redoutait quelque danger mortel. Ce rat étaient sans doute un des rescapés, un de ceux qui, grâce à un sens aigu de la survie, avaient réussi à échapper à la vampire affamée dans ce climat polaire. Plus pour longtemps, malheureusement pour lui. Le rat fit quelques pas et. Méfiant, s’arrêta pour scruter l’espace alentours. À sa vue, la vampire passa sa langue pointue sur ses lèvres desséchées et une lueur de gourmandise s’alluma dans la noirceur d’encre de ses yeux sans âge. Brusquement, elle bondit avec la rapidité et la souplesse d’un chat, passant devant le mortel tel un courant d’air violent. Les yeux bleus du mage n’eurent même pas le temps d’enregistrer ses mouvements subits et son déplacement rapide que déjà, elle était sur le rat. Enroulant vicieusement ses doigts agiles autours du cou du pauvre animal, elle l’immobilisa et le contempla un court instant, indifférente à ses petits cris de terreur aigus. Sur le pelage anthracite du rat, sa peau cadavérique paraissait encore plus blanche et se détachait avec netteté. Puis, avec une satisfaction féroce et un appétit brûlant, elle plongea ses crocs acérés dans le corps du malheureux rongeur qui se débattait en vain, mordant la chair tendre et chaude sans remord. Des soubresauts de douleur agitaient convulsivement le corps de l’animal, dans une tentative désespérée pour tenter de se libérer de l’emprise froide de la vampire.

Ensuite, elle se mit à boire, à vider le rat de son sang. Au fur et à mesure qu’elle buvait, sa peau devenait plus lisse, plus douce, plus veloutée encore, ses yeux s’illuminaient d’un éclat nouveau et implacable, comme si elle s’abreuvait à la coupe même de la jeunesse éternelle. Le mortel assistait à cette scène avec un étonnement qu’il dissimulait habilement, ne voulant pas que ses sentiments percent à jours. Ses connaissances de la vie et des mœurs des vampires étaient essentiellement théoriques ; il avait appris dans les livres et es recueils laissé par ses prédécesseurs, mais n’avait rencontré quand de rares occasions des immortels et ne s’était pas entretenu avec eux. Il se rendait dès lors compte qu’il lui restait beaucoup à apprendre avant de réussir à percer tous les mystères de ce peuple de l’ombre. Et cela tombait bien puisqu’il avait sous la main et à son entière disposition la plus grande vampire qui ait jamais existé. Peut-être Louisa serait-elle tout à fait disposée à lui ouvrir les portes des antiques secrets de ses frères. Peut-être…
Pourtant, voir ainsi l’infortuné animal se débattre misérablement dans l’étreinte mortelle de la vampire, collé contre sa bouche implacable, tordant sa queue lisse de douleur et agitant par spasmes ses petites pattes dans le but de se libérer, l’emplissait d’un sentiment de répulsion bien difficile à cacher. Le spectacle le dégoûtait au plus haut point, il en était horrifié. Pourtant, ce n’était qu’un rat, après tout. Mais le sorcier prenait maintenant pleinement conscience de la nature terrible de cette femme qui n’en était plus une. Heureusement qu’il l’avait en son pouvoir, car sinon, comment s’assurer de sa docilité ? Il avait entendu dire que les vampires n’étaient atteints que par très peu de sorts, ce qui devait peut-être se révéler un avantage. Seuls les sortilèges puissants les touchaient et ils n’étaient sensibles qu’à l’ancienne magie. Bref, ils étaient l’idéal pour une guerre entre magicien. Mais cette noirceur d’âme, cette cruauté qu’ils possédaient malgré eux au fond de leur être… Tout cela l’intriguait et l’effrayait à la fois.
« Ce sont des prédateurs, songea-t-il avec effroi. Mais les animaux ne sont pas leurs proies favorites. Ce qu’ils veulent tuer et chasser, c’est nous… »
La partie la plus sensible de son âme mortelle –pour autant que l’on puisse parler de sensibilité chez le Seigneur des Ténèbres- s’en effrayait, mais l’autre partie, la cruelle, s’en réjouissait sombrement et éprouvait une satisfaction macabre à l’idée que les vampires devaient tuer pour survivre. Finalement, ce fut la partie cruelle qui gagna. L’autre, vaincue, abandonna la lutte pour aller se réfugier dans un recoin éloignée de son machiavélique esprit.
« Pour finir, il sont comme moi, pensa-t-il tandis ce que la vampire achevait son funeste repas. Ils tuent pour vivre. Moi, je vis pour tuer. Dans les deux cas, c’est une nécessité. »
La vampire releva la tête, portant ses yeux sur le mortel absorbé dans sa réflexion. Elle ri intérieurement de le voir si concentré : même s’il l’avait fort habilement dissimulé, elle avait tout de même remarqué que ses manières quelque peu déplacées avaient fait forte impression sur lui. La crainte était née dans son cœur à la vue de la puissance des Enfants de la Nuit. Oh, ce n’était pas une grande peur, elle était diffuse, bien sûr, mais c’était quand même un sentiment assez poignant. Et cela pourrait peut-être jouer en sa faveur pour la suite. Elle s’imaginait cela, mais c’était mal connaître le Seigneur des Ténèbres. Lui aussi avait plus d’un tour dans son sac…
La vampire hocha la tête avec lassitude. Il était vrai que ses façons auraient pu dégoûter n’importe qui. Ici, dans le froid polaire arctique, on n’avait nul besoin d’éducation et de bonnes manières. Seule la survie comptait, et à n’importe quel prix. Cela l’avait bien sûr conduite à de nombreux changements dans son mode de vie. Elle n’était plus que l’ombre d’elle-même, désormais, le reflet sinistre de la puissante vampire qu’elle avait été. Elle le déplorait, mais c’était ainsi. Tout serait fini bientôt, dès que le mortel la ferait sortir. Mais pour cela, il fallait continuer le récit et se hâter, car la nuit avançait à grand pas…

Elle lâcha le cadavre du rat avec une moue de dépit. Le sang des animaux n’apporte aucun réconfort aux vampires et elle le savait. C’est tout juste si il leur permet de survivre… pour un temps. Rien ne vaut pour se remettre en forme après de long siècle d’abstinence, le sang humain, riche et coloré, aux arômes si fins et si subtils. Et voilà qu’elle avait devant elle un mortel de la plus belle espèce, noble et fier, d’une indéniable beauté, et par ailleurs pourvut d’une puissance gigantesque. Boire son sang aurait été pour la vampire le plus grand réconfort après tout ce temps passé enfermée. Mais elle ne devait pas y toucher, elle n’en avait pas le droit : il la contrôlait et elle était malheureusement contrainte de lui obéir. Elle se prit un instant à songer qu’il aurait été facile de le changer en vampire, de le prendre pour compagnon, et de le garder auprès d’elle toute l’éternité et plus encore. Avec son expérience et ses pouvoirs, ils auraient rapidement été le couple le plus puissant de l’histoire du monde, et nul n’aurait pu le arrêter. Ils auraient conquis un à un les pays et les gouvernements se seraient agenouillé devant eux. Les communautés de sorciers et de mages n’auraient plus été qu’un lointain souvenir et les vampires seraient tombés sous leur domination cruelle. Oui, cela aurait été si facile… Mais ce n’était qu’un projet de plus, un rêve qu’elle ne pourrait jamais réaliser. Car elle doutait que Voldemort lui permette tout cela. Mais… qui sait ? Peut-être avait-il des projets, lui aussi, sinon, pourquoi serait-il venu la chercher, ici, dans ce trou perdu ? Mais pour les connaître, il fallait la suite.
- J’espère que vous excuserez, dit-elle avec une moue désolée des plus charmantes, mon manque de courtoisie à votre égard. Il est vrai que je n’ai guère l’habitude de recevoir d’invités dans ma pauvre demeure. De plus, ce rat me paraissait si appétissant et dodu que je n’ai pas pu résister… et que je me suis laissée aller à mes penchants de prédatrice en votre présence. Pardonnez-moi, conclut-elle en baissant la tête.
L’homme ne bougea pas, mais un sourire amusé flottait sur sa bouche fine. Elle eut soudain envie d’embrasser, de dévorer ces lèvre si sensuelles, si douces et de sentir à nouveau contre elle cette chaude chaleur mortelle.
- Ce n’est rien, approuva-t-il. Je comprends tout à fait qu’après ces longues années de jeûne et d’enfermements, vous bondissiez –c’est le cas de le dire- sur la moindre proie qui passe à votre portée. J’ose espérer néanmoins que c’est n’est pas sur moi que vous bondirez, la prochaine fois. À moins, bien sûr, que votre projet ne soit pas de me vider de mon sang, mais plutôt de… Enfin. Dans ce cas, je ne verrais aucun inconvénient à ce que vous me saisissiez entre vos griffes de redoutable séductrice…

L’allusion était à peine déguisée et la vampire senti le sang qu’elle avait récemment bu lui monter au visage. Ses joues s’empourprèrent tandis ce que le mortel la fixait avec une intensité suggestive, ses yeux bleus brillants d’un feu sombre et magnétique. Elle se sentait irrémédiablement attirée par ses prunelles d’azur, comme le fragile éphémère venant se brûler les ailes à la flamme d’une chandelle. La bouche du mage se plissa en un sourire mi-séducteur, mi-amusé, alors qu’il la fixait, se demandant avec curiosité ce qu’elle allait faire. Une aura charismatique émanait de l’homme et la vampire ne pouvait s’en détourner. Il s’approcha d’elle, réduisant l’espace entre eux et s’arrêta à quelques centimètres de son visage. Elle pouvait presque sentir la douce chaleur du sang qui coulait dans ses veines, entendre le flux régulier et puissant de cette source de vie. Elle brûlait de sentir sous ses doigts la douceur de neige de sa peau pâle et d’enfouir sa tête dans sa nuque, pendant ce que sa bouche chercherait les nerfs sensibles de son cou. Elle s’avança elle aussi vers lui, se rapprochant davantage de ce qu’elle savait être son fruit défendu. Il la regardait faire tranquillement, sans esquisser le moindre geste. Sa présence suscitait souvent ce genre de réaction chez les femmes, mais il ne se savait pas capable de séduire une vampire à ce point. Surtout cette vampire. Il pensait qu’avec ses années d’expérience et sa malice naturelle, elle n’aurait pas succombé à son jeu. Mais non, elle semblait avoir perdu tout contrôle, hypnotisée par sa prestance et soûle de son odeur. Elle leva lentement les mains, dans le but de les poser sur les épaules de l’homme, et approcha ses lèvres du cou tentateur.
Au moment où elle allait l’enlacer enfin, il s’esquiva avec un demi sourire moqueur et la fixa avec malice. La vampire s’arrêta, désorientée, ses yeux se posant sur lui avec incompréhension.
- Pourquoi… ?demanda-t-elle enfin, sa voix résonnant plaintivement sur les murs de pierres froids. Elle ne comprenait pas. Au moment où elle allait enfin le saisir, le toucher, il avait reculé de plusieurs pas, se mettant hors de portée d’elle, et la regardant avec ironie. Elle avait eu tant envie de lui, un instant. De son regard, de sa chaleur de mortel, de son aura de puissance, mais plus encore, de son sang. Son sang qui pulsait, si vivant, si tentant dans ses veines. Elle l’avait désiré avec une telle intensité et elle le désirait encore. C’était une envie sourde, une torture lancinante qui s’installait en elle, lui mordant la chair et lui griffant le cœur. Jamais elle n’aurait imaginé pouvoir encore ressentir cela. Elle avait l’impression d’être revenue aux jours heureux de sa jeunesse immortelle, où tout lui souriait. Elle n’avait plus ressenti ces pulsations depuis la mort de…
La vampire ne comprenait plus. Elle s’écroula au sol, écrasé par le poids des sentiments soudains qu’elle éprouvait. Le reproche et le dépit se lisaient dans ses prunelles d’un noir d’encre.
- Pourquoi… ?répéta-t-elle, laissant sa question en suspens pour qu’il y réponde.

Le mage s’avança vers elle, moqueur et la pris par la main. Elle frémit en sentant le doux contacte de sa peau douce contre la sienne. La chaleur qu’il dégageait l’enveloppait toute entière. Elle n’aurait jamais imaginé qu’un simple contact physique puisse avoir sur elle tant d’effet. C’était pourtant le cas. Elle se sentait défaillir sous la pression qu’exerçait le sorcier sur son poignait. Tout son corps se consumait de désir pour cet homme qui l’avait retrouvée ; pour cet homme qui était désormais son seigneur et maître. Lui, de son côté, tentait, avec un grand succès, de paraître indifférent… ce qui n’était pas le cas. Il s’était bien rendu compte qu’il avait un pouvoir manifeste sur la vampire et que son charme ne la laissait pas de neige, mais il avait décidé d’en tester les limites. Juste pour voir. Ainsi, il pourrait encore raffermir son pouvoir sur elle, et elle n’en serait que plus contrôlable. Ce n’était qu’un jeu pour lui. Un jeu, rien de plus. Mais était-ce vraiment cela ? Au fond de lui, il lui semblait qu’il y avait quelque chose de plus. Un sentiment qu’il aurait préféré ne jamais voir se réveiller. Un sentiment qu’il n’avait presque jamais éprouvé…
Il l’aida à se relever dans un mouvement gracieux et, une fois debout face à elle, ne lui lâcha pas la main, se contentant de l’observer dans un face à face tendu. Elle attendait quelque chose de lui, il le savait. Et bien, elle pourrait attendre. Après tout, il n’était pas ici pour assouvir les désirs d’une vampire de plus de deux siècles, même si la vampire en question était fort séduisante et que ses désirs étaient probablement très plaisants. Il n’avait pas fait ce chemin pour ça, quand même ! Son histoire d’abord, et le reste après. C’était l’accord convenu. Et, en son fort intérieur, bien qu’il était ravi d’entendre son récit, Voldemort devait bien s’avouer qu’il avait hâte d’arriver au « reste » en question. Si il y avait un reste… Il lui fit donc part de ses intentions sans guère la ménager :
- Pourquoi ?reprit-il sans une once de gentillesse, une lueur brûlante se consumant dans le bleu de ses yeux. Et bien tout simplement, ma chère Louisa, parce que ici, c’est moi le maître. Ce qui implique, et vous me comprendrez sans doute, que c’est moi qui commande. Mes désirs sont donc des ordres, alors que les vôtres passent en second lieu. Et avant de céder plus à vos avances pourtant si tentantes (un rictus d’envie et d’ironie naquit sur ses lèvres), je voudrais entendre la fin de votre histoire. Lorsque vous aurez fini, nous aurons toute la nuit et les suivantes pour explorer d’autres centres d’intérêts. Mais pour l’instant, je crains qu’il ne vous faille attendre.
Il lui lâcha la main et alla s’adosser à une des colonnes qui soutenaient la voûte du cachot. D’un air nonchalant, il attendit qu’elle rassemble ses esprits.


Voilààààààààà! Qu'en avez-vous pensé??? Reviewez, SVP, dans la section "Votre verdict"! Moi, je crois que je vais aller me coucher. Je commence à avoir sommeil... dwarf
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:20

Voilà l'acte 7! Il m'en a fallu du temps pour l'écrire, celui-là! Yeux roulants D'autant plus que je n'en suis pas totalement satisfaite... *perfectionnisme, quand tu nous tient...* J'espère que vous aimerez, en tout cas!!!! Bonne lecture... Très content


Acte 7 : John le brigand

[…] D’un air nonchalant, il attendit qu’elle rassemble ses esprits.

La vampire fit la grimace. Elle aurait dû le sentir, elle aurait dû s’attendre à une manoeuvre comme cela de la part du mortel. Mais le désir et l’envie avaient été plus forts, et elle n’avait pas pu résister. Elle s’en mordait bien les doigts, à présent. Non seulement son maître lui avait refusé ces délices, mais en plus, il était exigent et lui avait clairement fait comprendre qu’il n’attachait aucune importance à ce qu’elle voulait. En plus, il lui réclamait la suite de son récit… ! Elle soupira. Elle aurait préféré que ce soit un autre que lui qui reçoive son message, il aurait peut-être été plus agréable. Mais le sorcier avait de si beaux yeux… Et puis, ne lui avait-il pas dit qu’après, ils auraient toute la nuit et les suivantes pour explorer d’autres centres d’intérêt ? Cela ne pouvait dire qu’une chose…
Résignée, elle se décida à continuer son histoire et reprit d’une voix plus maîtrisée qu’avant, forte qu’elle était du sang qu’elle avait bu :
- Julian m’avait donc laissée seule, dans Paris, au beau milieu de la nuit. Mais je ne lui en voulais pas. J’étais trop heureuse de l’avoir revu et d’avoir parlé avec lui. Et puis… je me sentais terriblement attirée par lui, par le charme sombre et énigmatique qu’il dégageait, par les mystères qui entouraient sa vie, par sa prestance presque surnaturelle. Oui, à ce moment-là, je me rendis compte que mon destin, de quelque manière que ce soit, était irrémédiablement lié au sien. Comment, je l’ignorais, mais c’était une certitude si forte que je ne pouvais la mettre en doute. J’espérais de tout coeur que lui aussi ressente la même chose. Je repensais à la dernière phrase qu’il m’avait dite, avant de s’en aller. Je vous attendrais. C’était presque une invitation, un appel à se revoir. Mon cœur bondissait dans ma poitrine. Il y avait longtemps que je n’avais pas été aussi heureuse que cette nuit-là. Je sentais que j’avais peut-être à nouveau un but, une raison d’exister, de me battre, de survivre. Mon espoir était pourtant fragile, comme un pétale de rose, mais il était là, bien présent, et me rassurait.
Je marchais dans les rues de la ville, pratiquement désertes à cette heure avancée de la nuit, presque inconsciente de ce que je faisais, tant j’étais heureuse. Je valsais sur les pavés, sous le regard étonné des quelques chats errant qui traînaient là. Alors que je bifurquai à l’angle d’une rue, un clochard, l’œil hagard, la bouteille à la main, me regarda d’un drôle d’air, puis se frotta les temps, doutant sans doute de sa santé mentale après avoir vu une dame de la bonne société valser sur le parvis de Paris à une heure du matin. Je n’y prêtais guère d’attention, et continuai mon chemin. Les ténèbres, autour de moi, se firent plus denses plus inquiétantes encore. Un chien famélique aboya au bout de la rue. Il y eut un mouvement de panique parmi les chats et un pigeon endormi s’envola de son perchoir. En bifurquant dans la rue Perré, une petite ruelle miteuse et mal éclairée, je croisai trois hommes, qui me regardèrent, l’air mauvais. C’était, de toute évidence, des maquereaux du plus mauvais genre. La barbe mal rasée, les yeux chassieux, l’air malin et voleur, ils ne me disaient rien qui vaille. Tout chez eux, depuis les taches sombres sur leurs vestons délavés jusqu’aux lacets défaits de leurs chaussures m’incitaient à la méfiance. Leur jetant un coup d’œil rapide, je décidai de m’esquiver discrètement, et de passer mon chemin sans m’arrêter. Malheureusement, ils ne l’entendirent pas de cette oreille. Deux d’entre eux s’adossèrent nonchalamment aux murs des maisons qui bordaient le passage, m’empêchant ainsi de passer, et le troisième marcha sur moi d’un pas décidé. Il s’arrêta à quelques centimètres de moi et pencha son visage rougeaud près du mien. Il m’adressa un sourire douteux, dévoilant ses chicots noirâtres et exaltants son haleine fétide contre ma bouche. Je tentai de reculer, mais il me saisit violement par le bras et me tira vers lui.
« - Et bien, princesse, grogna-t-il d’un ton pâteux, on s’promène toute seule le soir ? C’est pas bien prudent, ça !
Je me débattais, mais en vain :
« - Lâchez-moi !criai-je. Mais mon cri se mua en un gémissement de douleur tandis ce qu’il me tordait violemment la main en arrière. L’allégresse que j’avais éprouvée en quittant Julian avait définitivement disparue, remplacée par une peur sourde et lancinante, une horreur qui souffla comme un vent glacée sur mon cœur. Je ne savais pas ce que ces hommes comptaient me faire subir, mais j’en avais une petite idée, et ce n’était pas pour me rassurer. Celui qui me retenait prisonnière se tourna vers ses comparses et, sans me lâcher :
« - Dites, les gars, vous pensez pas qui faudrait raccompagner la d’moiselle, histoire qu’elle fasse pas de mauvaise rencontre ?
L’un des deux autres éclata d’un rire gras et son compagnon, un petit homme nerveux et cassant, ressemblant étrangement à un rat, couina :
« - C’est ça, John ! T’as raison ! Par les temps qui courent, c’est pas prudent pour les aristos de se balader seuls le soir. Vaut mieux être accompagnés, pour sûr !
« - Bon, alors, on est d’accord !trancha celui qui répondait au nom de John. On va donc vous raccompagner, M’dame. Et p’t’être bien qu’après, vous pourrez nous remercier comme il se doit, pas vrai ?
Il approcha sa bouche de mes lèvres et tenta de m’embrasser maladroitement, tout en posant sa main sur ma taille. Les deux autres s’étaient rapprochés et leurs mains s’égaraient sur mon dos, sur mes hanches. Mon coeur battait la chamade et hurlait silencieusement sa terreur. Je ne contrôlais plus mes jambes qui flageolaient, sous l’effet de la terreur. Je tentai de partir, en vain. J’étais paralysée, je ne pouvais plus bouger. John avait déjà commencé à s’attaquer à mon corsage, ce qui me fit réagir. La fureur me submergea comme une vague gigantesque. Lançant mon point dans son estomac à une allure folle, je me dégageai de son étreinte dans un sursaut de panique. Mes réflexes, décuplés par les pouvoirs dus à ma résurrection, me semblaient en bien meilleure forme que dans mes souvenirs. Je parvins à me glisser hors de ce guêpier, décochant çà et là des coups de pieds et des gifles brutales. Une main me bâillonna soudainement la bouche, me tirant en arrière et m’empêchant de crier. Une odeur de transpiration, de sueur rance et salée me parvint aux narines. Je mordis férocement le doigt de l’homme qui me lâcha dans un hurlement de douleur. La peur au ventre, je courus sans m’arrêter, mes talons claquant sur le parvis dur de la ruelle sombre. Je ne stoppai ma course qu’une fois arrivée à la rue du Petit-Thouars. La lumière de la pleine lune éclaboussait la place d’une lueur magique et légère, mais j’étais bien trop effrayée pour m’en préoccuper. Essoufflée, je m’adossai à un mur de brique, portant une main tremblant à mon flanc contusionné. Ces rustres m’avaient bien malmenée et je n’en revenais pas encore d’être parvenue à m’échapper. La violence avec laquelle je les avais frappé me faisait peur à moi-même. J’avais l’impression de ne plus vraiment être moi, d’être étrangère à mon propre corps. C’était étrange. Et soudain, alors que je tentai vainement de reprendre le cours embrumé de mes esprits éparpillées, j’entendis des voix. Mais ce n’étaient pas les Moires, non, c’était des voix d’hommes, qui ressemblaient étrangement à celle de ceux qui m’avaient agressée. Il y en avait trois, rustaudes et grossières, plus une quatrième, qui arriva par la suite, et qui me sembla sur le coup gracieuse et maniérée, quoiqu’un peu froide. Je vais tenter de vous raconter en détail ce que j’ai entendu cette nuit-là.

« - Oulà ! Elle était féroce, la bourge, disait la plus grave des trois.
« - Ne m’en parle pas, rétorqua la seconde, plus traînante. Elle m’a mordue jusqu’au sang. Sale catin, va ! Je t’en ficherai, moi, des jeunes femmes sans défense !
« - C’est le patron qui ne va pas être content !s’affolait la dernière, la plus jeune. Il voulait qu’on la retienne ici, jusqu’à son arrivée. Dieu sait ce qu’il va nous faire, maintenant…
« - Parle pas de malheur, s’exclama la grave. D’ici peu qu’il nous paie pas !
« - Manquerait plus que ça ! répondit la jeune. Après tout le mal qu’on s’est donné, ce serrait la moindre des choses de nous payer ! Et s’il le fait pas, il verra ce qu’il verra, l’aristo !
Mais il fut soudainement coupé par un nouvel arrivant, au timbre froid, mais doux comme du velours, maniéré de la plus belle des façons :
« - Et que verra-t-il, alors ?demanda soudainement une voix grave, sensuelle, et terriblement menaçante. Les trois autres ne répondirent pas et je perçus dans l’air froid de la nuit leurs respirations saccadées, effrayées.
« - Allons, messieurs, reprit la voix maniérée, d’un ton doucereux. Ne soyez pas timides et répondez-moi. Que verra l’aristo ?
La phrase s’éteignit dans un murmure où l’on percevait une colère sourde qui pointait, discrète, telle une flèche de glace. Les trois hommes restaient interdits et immobiles, les yeux sans doute écarquillés de terreur, la bouche sèche de mots. Depuis le bout de la rue où je m’étais tapie, discrète et tremblante, je n’entendais que le chuchotement de la brise, le miaulement sinistre d’un chat errant. La peur me nouait les entrailles et je n’avais qu’une envie : prendre mes jambes à mon cou et quitter cet endroit. Mais la terreur paralysait mon corps, l’empêchant de bouger. Je ne pouvais détacher mes pensées de l’homme à la voix si suave, si douce, qui cachait redoutablement le poison de la menace. Elle s’insinuait dans les moindres recoins de mon esprit et envahissait mon âme, me contrôlant peu à peu, me tenant immobile. Ce n’était pas une voix humaine. C’était quelque chose de plus… étrange, de plus surnaturel. Et plus encore que la peur, c’était la curiosité qui me retenait. J’avais envie de connaître, de savoir ce qui allait se passer, et le simple fait d’imaginer la suite me tenait en haleine, tout comme vous aujourd’hui. Alors je ne bougeai pas, et attendais la suite. Elle ne fut pas longue. Au bout de quelques instants de stupeur, la plus traînante des voix prit la parole et s’excusa d’un ton humble qui avait perdu toute sa verve :
« - Veuillez nous pardonner, Monsieur. Nous ne voulions pas… nous n’avions pas… enfin… ce n’était pas dans nos intentions de…
Mais elle fut brusquement coupée par l’homme qui de toute évidence était un noble de la bonne société :
« - Il suffit ! Je ne suis pas venu ici pour entendre vos misérables simagrées et vos plaidoiries lamentables. Je n’en ai que faire. De toutes façons, l’idée même que vous m’insultiez ne me dérange pas outre mesure. Vous n’êtes même pas assez importants à mes yeux pour que j’y prête attention.
Il fit une courte pose, laissant aux autres le temps d’enregistrer ses paroles, puis reprit, plus froidement :
« - Ce qui m’importe, en revanche, ce sont nos affaires. Je vous avais chargés d’une besogne bien simple, même pour des maquereaux comme vous. M’avez-vous obéi ?
Aucune réplique de la part des trois rustres. De tout évidence, aucun d’eux ne voulait avouer leur échec. Mais la voix maniérée de sembla pas s’offusquer de leur silence et donna la réponse lui-même, comme s’il la connaissait depuis toujours :
« - Non. Non, bien sûr, vous n’avez pas rempli votre part du contrat. Vous n’avez pas la fille, à ce que je vois ! Quelle bande d’incapables vous faites ! Ce n’était pourtant pas si difficile…
« - Mon seigneur, interrompit la voix la plus grave d’un ton d’excuse. Mon seigneur, nous avons bien essayé mais… Elle est quand même passée, voyez-vous et…
« - C’est qu’elle tape drôlement fort, la bougresse, intervint le jeune. Vous avez pas idée ! Un coup vous croyez la tenir et pfff ! envolée…
« - Silence !siffla l’homme étrange. Je ne veux plus rien entendre. Et surtout pas vos misérables excuses. Vous ne l’avez pas attrapée. Tant pis. Mais Madame d’Aliencourt ne perd rien pour attendre. Et vous ne serrez pas payés.
Le ton était sans réplique. Un claquement de talon retentit dans la rue et des pas commencèrent à s’éloigner, marchant dans ma direction. Je m’affolais un instant : mieux valait pour moi que cet homme ne me trouve pas ici, surtout après ce que j’avais entendu. Si c’était bien moi qu’il recherchait, je ferrais mieux de ne pas traîner dans les parages. Ma gorge se noua. Dans quel pétrin m’étais-je encore fourrée ? Mais soudain, la voix grave prit la parole, et les pas du noble ralentirent et s’arrêtèrent :
« - Pas payés, Monsieur ?! Mais… nous avons quand même accompli une part du travail ! Vous devriez…
Les pas firent demi-tour, s’éloignant de moi, se rapprochant de l’impudent. Un souffle précipité, effrayé ; une voix dépourvue de sentiments, froide et contenue. Des mots durs, comme de la glace. Un silence à couper au couteau.
« - Je devrais… ? Je devrais ? Il me semble qu’ici, c’est moi qui ai l’argent et par conséquent, que c’est moi qui commende, non ? Alors, pourquoi prenez-vous la liberté de me dire ce que je devrais faire ? Silence, je ne veux plus vous entendre. Vous voulez être payés, hein ? Nous verrons cela. Tout n’est pas encore perdu, et nous pouvons la rattraper avant qu’elle soit chez elle…
« - Mais, coupa le jeune, l’ai ahuri. Comment… ?
« - Silence, répéta le noble.
Puis, d’une voix pensive, comme si son esprit était déjà à des kilomètres de là :
« - Oui, nous pouvons. Et si cela fonctionne comme je le prévois, vous serrez payés. Tous.
Un froissement de cape, des pas qui se rapprochaient. Un ordre impératif :
« - Venez, je vous expliquerais tout cela en chemin.

Cachée derrière un tonnelet de vin laissé à l’abandon, je sentis la peur me mordre à nouveau le cœur, jouant avec moi comme un chat avec une souris, retardant avec délice l’instant qui me serait fatal. Les pas des quatre hommes étaient trop proches, à présent. Je ne pouvais pas m’enfuir sans me faire repérer. Une vague de suée froide courut le long de ma colonne vertébrale, traçant un sillon glacé à même ma peau tremblante. Et s’ils me trouvaient ? Tant pis. Il fallait tenter le tout pour le tout. Avec toute la discrétion dont j’étais encore capable, malgré la terreur qui me nouait le ventre, je me terrais derrière le tonneau, froissant la soie de ma robe, effleurant les pavés gelés dans l’espoir de passer inaperçue. Je retins ma respiration, la bloquant dans ma poitrine, l’empêchant de me trahir. Les trois silhouettes voûtées des maquereaux passèrent devant moi, sans me voir, l’œil hagard, la démarche mal assurée. Derrière eu venait le noble. D’une haute stature et d’un maintien fier, il était l’incarnation même de l’aristocratie de l’époque. Son gilet de brocart noir contrastait agréablement avec la doublure rouge sang de sa cape anthracite. Je ne parvenais pas à saisir les traits de son visage, car ils étaient masqués par un masque de soie, noir comme la nuit. Seuls l’éclat de ses yeux éclairait son visage, encadré d’une cascade de cheveux sombres. Au moment où il passa devant moi, je ne pus retenir une respiration de surprisse plus forte que les autres. Il s’arrêta, tendant l’oreille, essayant d’entendre d’où provenait le bruit. Je plaquai une main tremblante sur ma bouche, et priai pour qu’il ne me découvre pas. Après avoir scruté la nuit plusieurs instants, il haussa finalement les épaules, et reprit sa route silencieuse, ses talons claquant sur le parvis…
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:21

La voix grave de la vampire retomba dans un murmure, laissant la pièce froide et silencieuse. Le mage frissonna. Jamais il ne s’était senti aussi charmé, aussi absorbé par un récit. Il avait l’impression de le vivre à sa place, de l’accompagner dans son époque, pourtant si lointaine, et de revivre avec elle tout ce qu’elle racontait. Ce n’était plus un simple compte-rendu, c’était une initiation, un pacte passé entre eux deux. Après cette nuit, rien ne serra plus comme avant. Il ne pourrait pas reprendre le court de son existence, et vivre comme il l’avait fait jusque là. Quelque chose allait changer à jamais. Et il le savait. Etrangement, cela ne l’inquiétait pas. Il lui semblait que c’était le juste ordre des choses et que, de toute façons, il n’y aurait rien à faire. Il souhaitait juste qu’elle continue, qu’elle lui parle encore, qu’elle lui face oublier la douleur de vivre et la difficulté de l’existence. Il voulait savoir. Au regard qu’elle lui lança, elle comprit tout de suite. Ils étaient liés, maintenant, et ils le seraient bien plus au fur et à meure que la nuit et l’histoire avanceraient devant eux. La vampire sourit, dévoilant l’ivoire de ses canines redoutables. Jamais elle ne se serait doutée de cela. En se livrant à lui, c’était son âme qu’elle lui donnait, son cœur qu’elle tenait devant elle, comme une offrande. C’était elle qui lui appartenait. Et elle en était heureuse. Oui, heureuse.
Elle déglutit doucement, humectant ses lèvres sèches, se préparant à poursuivre, sous le regard attentif du mage, impatient de savoir la suite. Le moment fatidique approchait. L’élément détonateur du récit, sa transformation, sa naissance au Monde de la Nuit. Tout ce qui venait avant n’avait pour but que de préparer à l’écoute de sa métamorphose. Le mortel voulait savoir. Il n’allait pas être déçu. Elle reprit, pesant bien ses mots, avec une moue charmante et enfantine qui donnait à ses yeux un éclat moins grave, plus doux :
- Où en étais-je… ? Ah oui, je m’en souviens, à présent. La rue Perré. Les trois hommes. Le noble. Bien.
Un inspiration, un sourire à peine voilé, un coup d’œil au mage. Il ne disait rien, et se tenait immobile, les bras croisés, adossé au mur, dans une position d’écoute nonchalante et fière. Pourtant, ses yeux restaient pensifs, calmes, attentifs. La vampire décida qu’il ne servirait à rien d’engager la conversation à nouveau. La dernière fois, cela c’était soldé par un échec de manipulation. Mieux valait poursuivre l’histoire, et attendre. Elle ne supporterait pas de se faire humilier à nouveau. Elle continua donc :
- Je repartis chez moi, tel un fantôme tremblant dans le froid de la nuit. La scène que j’avais vécue pesait sur mon âme. Dans mon esprit, tournaient et retournaient les même questions sans réponses : qui était cet homme ? Que me voulait-il ? Pourquoi moi ? Je ne le connaissais pas, et je ne l’avais probablement jamais vu. Et pourquoi, pourquoi ne pouvais-je pas avoir une vie simple, tranquille, avec des joies et des peines normales, comme la plupart des gens ? Pourquoi le sort s’acharnait-il sur moi ? Pourquoi tant de douleur, de mystères, de haine et de peur ? Pourquoi… pourquoi ? Mais tout cela restait vain. Je n’avais même pas le début d’une réponse. J’errai, comme une âme en peine, dans les méandres de la tristesse, sans aucune lumière pour m’éclairer. Toutes les chandelles avaient été soufflées ; j’étais seule dans le noir. Totalement seule. Soudain, un éclair de lumière transperça ma morne réflexion. Je n’étais plus seule. J’avais Julian. Il comptait, pour moi. Il était ma lumière, mon soleil, ma seule raison d’exister, à présent. Je me sentais attirée par lui, et je savais que je ne le laissais pas indifférent. L’idée me vint, tentante, que je pourrais partir avec lui. Quitter Paris ; fuir loin, loin de tout cela, rien que lui et moi, à jamais. Nous nous aimerions, nous referions notre vie. Ailleurs. Et il serrait à moi. Je n’aurais plus peur. Je n’aurais plu froid. Et tout serrait à jamais oublié.
Tandis ce que je marchais, le cœur moins glacé, l’âme moins lourde, réchauffée par ces pensées qui peut-être n’auraient aucun lendemain, je ne m’aperçu pas que j’étais arrivée sur le Boulevard du Temple, à deux pas de chez moi. Je ne vis pas non plus l’attroupement de maquereaux qui se tenait devant ma porte. Non. Toute à ma rêverie impossible, je n’avais plus conscience de rien, j’étais ailleurs, dans un monde dont moi seule avais la clef. Soudain, un cri me sortit de ma torpeur :
« - La voilà !
Je relevai brusquement la tête, prenant conscience de ce qui m’entourait. En face de moi, menée par les trois rustres qui avaient voulu m’arrêter, se tenait une troupe entière de badauds, qui me fixaient les yeux exorbités. À voir leurs habits tâchés et leurs cheveux graisseux, on devinait aisément qu’ils venaient des bas quartiers de la ville. Et ils étaient là, devant ma porte. À m’attendre.
« - Attrapez-là, hurla un jeune homme malingre, le teint blafard, la chemise débraillée.
Sa voix de fausset résonna dans le Boulevard et, d’un seul mouvement, ils se précipitèrent sur moi, me plaquant contre un mur. Ils devaient être une bonne dizaine, et je me retrouvai bientôt acculée, presque incapable de bouger. La terreur me rendait comme folle. Avec toute l’énergie que confère le désespoir, je décochai des coups de pieds, des coups de dents, des gifles, des griffures. Mais cela ne suffisait pas. Ils étaient trop nombreux. J’étais perdue. Un gros homme rougeaud s’approcha de moi et, me saisissant sans douceur par les cheveux, me força à m’agenouiller au sol, un sourire satisfait sur ses lèvres impurs. Je reconnu avec effroi John, celui que j’avais si rudement malmené. Il me fixa d’un air sardonique :
« - Alors, la p’tite madame n’a pas voulu qu’on la raccompagne ? Et ben, r’gardez donc où c’est’y qu’ça vous a m’né !
Tordue à terre dans une position inconfortable, je soufflai avec hargne :
« - Laissez-moi partir ! Je ne vous ai rien fait…
« - À nous non, grimaça-t-il dans un rictus mauvais. Mais y’a quelqu’un d’autre qui s’intéresse beaucoup à vous.
« - Lâchez-moi, suppliai-je, au désespoir. Je ferrai tout ce que vous voudrez…
« - Vraiment ? demanda John en baissant la voix, comme s’il réfléchissait à ma proposition sans la prendre vraiment au sérieux. Dommage, mais lui, y paie pour ce qu’il veut !
Il éclata d’un grand rire méchant et cria aux autres :
« - Allez les gars, on embarque la marchandise ! Le patron s’ra content de nous !
Perdue, malmenée par des mains viles, je me résignai à devoir subir un sort dont je n’avais aucune idée, quand soudain, une voix impérieuse résonna dans le Boulevard, semant la panique sur les maquereaux :
« - Pas si vite, Messieurs !

Un homme se tenait là, devant nous, les bras croisés sur son torse dans une attitude de mépris hautain et de noblesse fière. Dans l’éclat de la lune, je le reconnu. C’était lui, c’était Julian. Là, devant moi. Toujours aussi droit et sensuel dans son costume, sa longue cape flottant derrière lui, ses cheveux châtain faisant comme un halo doré autour de sa tête. Ses yeux brûlaient d’un feu féroce, un feu qui ne demandait qu’à s’embrasser pour laisser libre court à une colère débordante de fougue. Je levai vers lui un regard implorant, sachant qu’il était mon seul espoir, le seul rempart qui me séparait de mes agresseurs.
« - S’il vous plait… aidez-moi… Julian…
Une main s’abattit sur mon visage, suivit d’un cri de rage :
« - Toi la traînée, tu la ferme, et vite !
John se campa devant lui, un air de défi stupide sur les traits :
« - Mon bon monsieur, éructa-t-il dans un tourbillon de postillons, y m’semble que ce sont pas vos affaires, ce qu’on fait de cette fille. J’vous demanderai donc de bien vouloir circuler, et en vitesse ! Sinon…
Mais Julian ne sembla pas se formaliser de la menace de l’autre. Au contraire, il brava l’interdit, et avança d’un pas. La troupe des maquereaux se fit plus dissuasive encore, l’encerclant de toutes part pour l’empêcher de fuir. Moi, je me débattais toujours, espérant vainement échapper à la poigne de fer de mon geôlier. Sans espoir. Julian avança encore d’un pas, un sourire moqueur sur ses lèvres fines. Visiblement, la réaction des hommes l’amusait au plus au point. En effet, voyant que leurs menaces n’intimidaient pas mon sauveur, le petit groupe avait commencé à reculer, comme pour se tenir hors de sa portée. C’était lui qui tenait les rênes du bal, à présent. Sûr de son pouvoir, il s’avança encore vers eux et ordonna s’une voix de glace, qui n’admettait aucune contestation :
« - Je vous prierais, Messieurs, de bien vouloir relâcher Mme d’Aliencourt. Immédiatement.
Son ton était si froid et ses yeux si impérieux qu’un vent de panique souffla sur le groupe. Ils ne savaient plus que faire. Lui obéir, et ne pas se faire payer ? Ou lui tenir tête, mais affronter sa colère ? Finalement, John bondit en avant, une cravache à la main et gronda de colère :
« - Navré d’vous l’dire, l’ami, mais vous n’faites pas l’poids face à nous ! J’n’ai rien contre vous, personnellement, mais j’me vois dans l’obligation d’vous administrer une correction dont vous vous souviendrez, pour sûr !
À ces mots, il bondit en avant et porta à Julian un coup qui aurait été capable d’assommer un cheval. Mon sauveur le para avec aisance et fit un bon de côté, se mettant hors de portée de son assaillant. Visiblement la tournure que prenait la situation l’amusait beaucoup. Il était bien le seul.
« - Voyez-vous ça !se moqua-t-il d’un ton narquois. Une correction dont je me souviendrai ? J’aimerais bien le voir ! Mais mon pauvre ami, vous êtes bien trop empoté pour m’atteindre !
Tout en feintant et en esquivant les attaques de John, il continuait de parader, se moquant impunément des maquereaux et de leurs manières, leur lançant toutes sortes de piques venimeuses qui ne faisaient qu’aiguiser leur soif de vengeance. D’aucun diront que Julian jouait avec le feu et se donnait en spectacle uniquement pour m’épater, ce qui est peut-être vrai. Mais moi, j’étais fascinée par sa prestance et son charisme, tandis ce qu’il raillait les hommes qui tremblaient de rage face à lui. Enfin, il sembla que leur patience ait atteint ses limites et, avec des cris de rage véhémente, ils se ruèrent sur lui. Un instant il me parut perdu sous la multitude des maquereaux qui l’assaillaient, mais finalement, il émergea de la masse, aussi droit et noble que toujours. Ce fut alors un combat rageur, qui l’opposa à la troupe des hommes. Il me semblait être partout à la fois, décochant avec une force et une élégance presque surnaturelles, les coups de poing et les coups de pieds ; esquivant sans peine les pathétiques attaques de ses adversaires ; tournant en dérision leurs assauts inutiles et leur colère vaine. Je regardai tout cela les yeux écarquillés, n’osant pas trop y croire, telle une enfant fascinée par le spectacle d’un tigre agressant sauvagement sa proie. Il bougeait avec une telle fluidité, une telle facilité au milieu du chœur maladroit des maquereaux, qu’il semblait voler sans toucher le sol. Et sur le coup, cela me semblait parfaitement normal. Pourtant, si j’avais été en plein possession de me moyens, j’aurais sans doute remarqué la luminosité inhabituelle de sa peau pâle, l’éclat si brillant de ses yeux trop émeraude. Oui, j’aurais pu remarquer avant qu’il était si peu… humain. Cela m’aurait peut-être évité bien des surprises…
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 11 Sep à 20:22

La vampire soupira un instant, jouant avec une des ses mèches d’un brun si sombre, si intense. Puis elle haussa les épaules, comme si tout cela n’avait plus d’importance. Enfin, sous le regard ardent du mage qui sentait venir le cœur de l’intrigue, elle poursuivit, non sans une certaine nonchalance :
- Mais je n’ai rien vu, je ne me suis rendue compte de rien, plongée dans un état de choc profond. J’étais si stupéfaite de se qui se passait devant mes yeux que je ne me rendis même pas compte que l’homme qui me retenait prisonnière m’avait lâchée, pour courir se mêler au combat. Sans bruit, les yeux hagards et l’esprit embrumé, je me laissai glisser le long du mur, incapable de reprendre la pleine maîtrise de mon corps. J’avais l’impression de n’être qu’une idée, un esprit, un souffle de vent volant dans l’air, détaché de son enveloppe charnelle, tandis ce qu’autour de moi Julian tournoyait face à ses adversaires. Au bout d’un moment, pourtant, le fracas de la bataille s’estompa et un froid silence s’abattit sur le Boulevard. On n’entendait plus rien, rien que le gémissement du vent dans les branches des arbres qui bordaient l’allée, et le miaulement d’un chat, dérangé par tant de vacarme. Etonnée, je levai le regard, me demandant pourquoi une telle agitation avait cédé la place à un silence si profond. La rue était déserte, et les pavés luisaient sous l’éclat froid de la lune. Plus aucune trace de mes agresseurs. Ils avaient tout bonnement disparus, terrorisés par la colère de Julian. Quelques-uns de leurs objets –breloques et autres babioles- jonchaient le sol, illustrant avec quelle panique ils avait fuit. Cà et là, des traces de luttes, des flaques de sang, tout ce qui résultait d’un combat apparemment acharné. Je n’y prêtais aucune attention, totalement subjuguée par la prestance de Julian, qui entre-temps s’était approché de moi. Tel un tigre fier, un général victorieux revenant d’une bataille glorieuse, il me faisait face, son profil noble éclairé par la pleine lune. Au fond de ses yeux brillait une lueur triomphante, presque arrogante. On aurait dit que le combat ne l’avait même pas atteint, qu’il avait fait cela sans même y penser, sans être concerné. D’un geste gracieux, il se pencha vers moi et me saisit doucement par le bras, me remettant debout et époussetant mes habits d’une main ferme mais tendre. Mes jambes vacillaient sous moi, la tête me tournait et, sans son soutient, j’aurais à nouveau perdu pied et chuté sur le sol froid. Mais il était là, et me retenait.
Un peu vaseuse, je me laissai aller dans ses bras si rassurants, oubliant tout ce que j’avais vécu cette nuit. Dans mon esprit se bousculaient tant de mots et d’images que je n’arrivais pas à faire le tri. Leur course folle me donnait l’impression de tomber dans un profond gouffre, empli de noirceur et d’interrogations. Les idées volaient dans ma tête, la remplissait de bourdonnements et d’incessantes questions auxquelles je ne pouvais malheureusement apporter aucune réponse. J’étais perdue dans ce foisonnement, sans aucune pensée concrète à laquelle me raccrocher. Tout se mélangeait : le théâtre, Gregorio, la rue sombre, Julian, le homme, le noble à la voix mystérieuse… Tout. Et je ne comprenais plus rien. Je me retenais avec peine à Julian, sans parvenir pourtant à faire le point et à y voir clair. J’étais totalement dépassée par tout cela. Il me semblait que ma vie n’avait jamais été aussi étrange, aussi intrigante. J’avais peur, peur de ce que tout cela allait signifier pour moi. Peur de l’avenir, peur de mon futur que je devinais incertain, par-delà la colline de mes doutes. Peur de la Vie, peur de la Mort. Julian m’observait, inquiet. Finalement, il me demanda de sa voix la plus tendre :
« - Louisa ? Vous êtes sûre que ça va ?
Je hochai la tête sans rien dire, incapable de prononcer la moindre parole, tant le poids chagrin qui m’assaillait était intense. Les sanglots se bousculaient dans ma gorge, emprisonnant ma poitrine dans un étau de glace, faisant trembler mes lèvres, inondant mes yeux d’un déluge intarissable. Comme une enfant abandonnée, je me serrais contre Julian, enfonçant ma tête au creux de son épaule, recherchant la chaleur dans la douceur de son corps. Je passai mes mains autour de sa nuque. Avec précaution, il me laissa l’entourer de mes bras et me souleva de terre, apparemment sans le moindre effort. Sa tête près de la mienne, il me berça doucement, tentant d’arrêter mes pleurs, murmurant des paroles de réconfort à mon oreille. Je sentais sa bouche contre ma peau tandis ce qu’il essayait de me calmer. Peu à peu, je me détendis, et sentis la détresse perdre un peu de son pouvoir. J’étais si bien, blottie contre lui, lui qui me protégeait, lui qui m’aimait et qui me réconfortait. Si bien… Pour rien au monde je n’aurai brisé cet instant. Lui, moi, si près l’un de l’autre ; ses bras entourant ma taille et me portant sans peine ; mes mains autour de son cou, touchant l’ivoire de sa peau si douce ; mes doigts se mêlant au bronze de sa chevelure ; mes yeux se perdant dans les siens, infinis, tel un océan de compassion et d’amour qu’il avait à m’offrir. Je voulais rester, je voulais être avec lui. À jamais. Caressant délicatement mes boucles brunes, il me chuchota à voix basse :
« - Je vais vous emmener là où plus personne ne pourra vous atteindre. Là où vous serrez à jamais en sécurité…


Alors, qu'en pensez-vous? Pressés de savoir la suite? Je vous promets que le prochain chapitre serra bien plus passionnant! Au programme: quelques scènes... mmmh... chaudes et la transformation de Louisa! Laissez-moi des reviews!!!!!!!!! dwarf
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 2 Oct à 23:05

Voilà... le chapitre 8! Enfin! ça faisait un moment qu'on l'attendait, celui-là! *gromellement affirmatif dans la salle* Vous m'en voulez pas, au moins? *aucun bruit* Quoi?! Vous m'en voulez? *brouahas monstre* Noooon... je suis désolée, mais je n'ai pas eu beaucoup de temps pour écrire, ces jours-ci... Mais bon... chose promise, chose due! Alors voici la suite...

Merciiii à tous ceux qui m'ont encouragée et soutenue! Très content

Spécial dédicace à Velda (et Heaven): en cadô pour ton anniversaire, Velda, j'espère que la suite de ma sagga vampirique te plaira. J'espère aussi que tu ne m'en veux pas trop pour la loooooongue attente. Je suis désolée. Embarassé Bonne lecture!


Acte 8 : Le vampire Armarek


[…] Je vais vous emmener là où plus personne ne pourra vous atteindre. Là où vous serrez à jamais en sécurité…

Ses paroles, loin de me sembler inaccoutumées, me réconfortèrent. Une douce chaleur s’insinua en moi, tandis ce que je me laissai entraîner par mon compagnon. Il fit quelques pas dans la rue, ses bottes claquant sur le parvis glacé. Arrivé devant une haute porte, rempart de bois qui dissimulait l’entrée d’une demeure du Boulevard, il sortit de sa cape une clef d’argent, fine et ciselée. Sans me poser à terre ni même desserrer son étreinte, il glissa la clef dans son encoche et fit jouer le mécanisme avec adresse. La porte s’ouvrit en un grincement discret. Il pénétra à l’intérieur, refermant le lourd panneau de bois derrière nous, le claquant au nez des ombres de la Nuit. Enfin, il me reposa à terre. Bien que chancelante et me tenant toujours à lui, je parvins à rester debout sans trop de mal, et à observer autour de moi.

La maison où nous avions pénétré me semblait chaleureuse et accueillante, bien que fort sombre à cette heure avancée de la nuit. Je me tenais adossée au mur d’un long vestibule, dont les parois d’un blanc crème rehaussé de ligne d’or s’enfonçaient dans les profondeurs de la demeure. Quelques chandeliers, accrochés çà et là le long du couloir, diffusaient une clarté tamisée et légèrement jaune, conférant à l’atmosphère un charme intime et serein. Le vestibule continuait son chemin vers la gauche, alors et sur la droite apparaissait un petit salon fort bien pourvu. Les meubles, d’une manufacture parfaite et d’une beauté rare, offraient au regard un enchantement de formes et de couleurs. Un lustre en cristal pendait au plafond du salon, éclairant faiblement des fauteuils d’allure confortable, ainsi qu’une petite table ronde et un clavecin. C’était sans conteste la demeure d’un noble aux finances assez aisées. Je clignai des yeux, aveuglée un instant par la lumière des chandelles. Julian se tenait face à moi, adossé au mur auquel je me retenais. L’inquiétude brillait dans l’émeraude de ses yeux et sa bouche fine était figée en un sourire triste, un peu songeur. Finalement, il rompit le voile de silence qui s’était abattu sur nous :
« - Est-ce que… est-ce que ça va ?

Encore un peu sous le choc, j’acquiesçai faiblement. Trop de pensées abstraites tournoyaient dans ma tête pour que je puisse fournir une réponse plus satisfaisante. Il se rapprocha encore de moi, son visage au même niveau que le mien, le regard fiché dans mes prunelles. Au fur et à mesure que j’émergeai de la brume qui planait sur mon esprit, je me rendais compte de sa proximité, de l’aura charismatique et envoûtante qu’il dégageait. Je le laissai s’approcher de moi, incapable de réagir, tant il me fascinait, m’hypnotisait. Il me tenait toujours fermement contre lui, m’enlaçant dans une étreinte implacable. Sa main remonta le long de ma colonne vertébrale, pour aller se perdre dans l’ébène de mes cheveux. Lentement, il les caressa, m’adressant un regard rassurant. J’étais maintenant pleinement consciente de sa présence, et ma peau tremblait de cette intimité que je ne pouvais refuser. J’étais si bien, auprès de lui, perdue dans un océan de confiance. Il me semblait que j’étais invulnérable, intouchable aux malheurs de ce monde. Plus rien ne pouvait m’atteindre. Rien sauf lui, que j’aimais, que je voulais. Les mots sortirent tout seuls de ma bouche :
« - Où sommes-nous ?
Il sourit à ma question et répondit d’une voix posée :
« - Dans ma demeure, au Boulevard du Temple. Vous êtes ici chez vous, et vous y resterez le temps qu’il vous plaira.
Je détournai les yeux, un peu gênée par cette invitation qui ressemblait trop à un ordre.
« - C’est que… je dois rentrer, à présent. Le théâtre… demain… je travaille et…
Il posa un doigt sur mes lèvres tremblantes, et coupa mes paroles d’un geste nonchalant :
« - Non. Vous ne pouvez rentrez chez vous ce soir, c’est… beaucoup trop dangereux.
« - Dangereux ? Comment cela ?balbutiai-je en tentant de m’extirper de son étreinte. J’habite juste à côté…
« - Je le sais… susurra-t-il, sans me lâcher. Mais… par les temps qui courent… et ces hommes qui vous recherchent… il n’est pas prudent de rester seule… Et s’ils s’introduisaient chez vous ? Que ferrez-vous, seule et sans défense… ?
Son regard, sa voix, tout en lui était si convaincant, si rassurant que je sentis mes craintes s’endormir et m’abandonnai à son jugement. Ma lutte brève prit donc fin et il poursuivit, ravi de mon revirement :
« - Bien. Je vais donc prendre toutes les dispositions pour que vous puissiez rester ici.
En prononçant ces mots, il se rapprocha encore de moi. Nos visages n’étaient qu’à quelques centimètres l’un de l’autre et je sentais contre ma bouche son souffle. Il était étrangement froid, sans odeur… presque… synthétique. Comme un parfum de mort. Ses yeux fixaient toujours les miens, avec une intensité inaccoutumée, mais agréable. Lentement, sans me brusquer, il fit descendre sa main gauche le long de mon corsage, s’attardant sur les remparts de soie qui cachaient ma poitrine, jouant avec les dentelles et les broderies de ma robe. Je ne pus m’empêcher d’étouffer un gémissement approbateur. Il devint alors plus entreprenant, ses mains s’aventurant autour de ma nuque, la caressant sensuellement, éveillant mes sens endormis. Puis il se pencha vers moi, et amena ses lèvres tout contre les miennes, sa bouche frôlant ma peau. Sous la surprise, je me reculai un peu et le regardai d’un œil effarouché :
« - Que faites-vous ?soufflai-je dans un murmure.
« - Mais rien, assura-t-il, charmeur. Rien, Louisa. Détendez-vous, tout ira bien.

Sa voix coulait admirablement. Une fontaine rassurante qui noyait mes craintes dans un tourbillon de bulles. Alors, je me laissai faire. Julian accosta à nouveau ma bouche. Je sentis ses lèvres douces onduler doucement, m’emplissant d’un frisson d’anticipation que je pensais avoir oublié. Voulant approfondir le baiser, il me tira la tête en arrière. Je le laissai faire et il insinua sa langue entre mes lèvres, violant ce territoire interdit où trop peu d’hommes s’étaient aventurés. Nous bataillâmes, luttant sans merci pour la domination, mais ce fut lui qui l’emporta. La tête me tournait et des tremblements de plaisir me parcouraient la nuque. Jamais je ne m’étais sentie aussi bien, mais en même temps… j’éprouvais comme du remord, de la tristesse. Je compris que le souvenir de Cherqual me hantait encore. À cette pensée, je voulus briser notre baiser, mais Julian m’en dissuada, insistant de sa langue, me persuadant de ses lèvres. Mes scrupules furent vite abandonnés sous cette exquise torture. Lorsque le souffle nous manqua, nous nous séparâmes, un peu à regret, tremblants de ce que nous avions partagé avec tant d’intensité. Mais il revint rapidement à la charge, caressant ma joue de ses lèvres, titillant le lobe de mon oreille, jouant avec mes sensations.

Rejetant ma tête en arrière, dans un spasme de désir agonisant, je lui offris ma gorge, pure et inviolée. Il descendit alors lentement, affreusement lentement, le long de mon cou, prenant bien soin de savourer chaque parcelle de peau, chaque repli de mon être qui lui était dévoilé. Sous ses baisers de plus en plus impatients, je gémis fortement et sentis une vague de chaleur se déverser sur mon cœur à demi nu. Il posa enfin sa bouche à la naissance de mes seins, traçant sur ma peau tremblante des croissants de lune luisants de salive. Etrangement, je sentis au milieu de ses caresses, quelque chose de plus dur, de plus pointu et d’affreusement tranchant effleurer ma gorge, y laissant des sillons sanglants. Ce fut à mon tour d’aventurer mes doigts tremblants dans sa chevelure, pressant son visage contre mon corsage, murmura tout bas des paroles empressées afin qu’il poursuive. Puis je le regardai à nouveau et lui accrocha mon regard, le maintenant prisonnier dans ses prunelles émeraudes. Contre ma peau, ses lèvres s’étirèrent en un sourire carnassier et prédateur, alors qu’il déposait un dernier baiser sur ma gorge. Je fermai les paupières de délice.

Soudain, je sentis quelque chose de pointu se planter sans pitié dans ma chair, la transperçant comme mille aiguilles acérées et implacables. Je tentai de me dégager, mais impossible : Julian me retenait fermement de sa poigne de fer, sa bouche toujours plaquée contre mon cou. Il me colla contre le mur, m’interdisant de bouger et m’adressant un regard froid qui voulait dire « ne bouge pas ! ». Impuissante, je le laissai faire, me demandant avec inquiétude la raison de tout cela. Ma respiration gonflait ma poitrine avec irrégularité et je sentais ma raison s’envoler, s’égrener au rythme des secondes qui passaient. Je le regardai, penché sur moi, incapable du moindre mouvement. De sa bouche s’échappa un filet de liquide pourpre qui coula sur ma gorge avec une lenteur affligeante. Le froid s’abattit sur moi, emprisonnant mon âme dans ses griffes glacées. Je crois que je savais ce qu’il était en train de me faire sans… pour autant l’accepter.
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 2 Oct à 23:07

La voix immortelle diminua dans un crescendo pensif et retomba sur le sol froid du cachot. Le mage, face à elle, retenait son souffle, attendant la suite. Finalement, il demanda:
- Vous voulez dire qu’il était en train de en train de…
- De me vider de mon sang, oui, termina la vampire. Julian me vidait de mon sang, et me préparait à devenir… ce que je suis devenue. Pourtant, ce soir-là, il ne but que le nécessaire, m’en laissant tout de même suffisamment.
Le mortel se rapprocha un peu plus d’elle, ses yeux cherchant une réponse dans la noirceur sordide du cachot.
- Comment… ?balbutia-t-il. L’incompréhension se lisait dans son regard. La vampire sourit. Il était normal qu’il ne comprenne pas. Malgré sa prestance cruelle et ténébreuse, malgré ses années d’expérience et de pratique, il ne faisait que pousser la porte du Monde de la Nuit. La vampire répondit donc, non sans un certain amusement dans la voix :
- Il est normal que vous ne compreniez pas. Peu de mortels ont eu la chance de pousser la porte du Monde de la Nuit – en fait, vous êtes le seul, à ma connaissance. Les immortels gardent jalousement leurs secrets et cela, depuis des millénaires. Mes semblables ne se sont jamais vraiment sentis à l’aise auprès des mortels ; trop de choses nous différentient. Ce qui semble normal pour un vampire pourra vous paraître totalement déplacé, voir obsolète. Il est des coutumes qui semblent sans fondement aux yeux des humains, mais qui sont quasiment vitales pour nous.

Une respiration rauque s’échappa de la bouche de la vampire. Ses yeux brillaient comme deux feux froids ; sa beauté luisait de la lueur froide de la Mort. Elle reprit, après un silence :
- Toutefois, après ces siècles passés à errer par le monde, ces années de cheminement, de questionnements, j’en suis venue à penser qu’en réalité, nous envions les mortels… (Elle écarta cette parole d’un geste de la main.) Mais ce n’est pas ici mon sujet. Il faut que je vous parle… que je vous dise…
Le mage était suspendu à ses lèvres, impatient, fébrile. Jamais encore il n’avait entendu pareil récit ; jamais il n’aurait imaginé découvrir de telles choses.
- Oui, murmura la vampire. Il faut que je vous parle… de Julian, de moi. De ma métamorphose.
Elle poussa un profond soupir, et, durant un bref instant, sembla sur le point de pleurer. Étonné, le sorcier eut alors l’étrange impression d’avoir devant lui une jeune, très jeune femme, fragile et indécise, qui regrettait amèrement les siècles de cruauté et de violence passés. Mais, aussi brusquement qu’elle était venue, l’illusion s’effaça, laissant place à un sourire désabusé où perçaient deux crocs brillants. Il frissonna. Il était plus que temps que la vampire reprenne son récit. Il attendait la suite avec impatience. Enfin, il saurait… il comprendrait.

Elle poursuivit donc, consciente de son attente, de son désir presque palpable de savoir :
- Julian était à la fois doux, et terriblement vicieux. Il but mon sang, m’emportant avec lui aux frontières de son monde, sans presque que je m’en rende compte. Pourtant, consciemment ou pas, je crois que je savais ce qu’il me faisait. Oui, je le savais. D’anciennes légendes remontaient des limbes oubliées de mon esprit, tandis ce qu’un mot résonnait en écho dans ma tête : vampire. Créature immortelle et malfaisante qui jusqu’ici ‘avait hanté que mes rêves d’enfant. Je n’y avais jamais vraiment cru. Mais c’était réel à présent, presque trop réel pour que je l’accepte. Et pourtant… ce premier baiser, ce premier sacrifice, cette première fusion sanglant éveilla en moi un désir insatiable, comme une flamme brûlante de langueur. Je ne faisais qu’un avec lui, avec son corps de glace. Son cœur vibrait au même rythme, à la même pulsation que le mien, et nous étions enlacés ensemble, dans une valse, une étreinte effrénée, un allez-simple pour l’Enfer. J’étais si bien… je volais, libérée de tout poids, de toute consistance charnelle… c’était, c’était merveilleux.
Elle s’interrompit, et observa pensivement le jeune homme, face à elle. Puis elle le questionna, le regard aguicheur :
- Avez-vous déjà fait l’amour… ?
Le mage eut un mouvement de surprise. Il ne s’attendait pas à cela. Pourquoi une telle question… ? Etrange. Un peu pris de court, il répondit pourtant d’une voix qu’il s’efforçait de contrôler :
- L’amour… ? Oui… oui, j’ai déjà fait l’amour. De nombreuses fois…
Elle sourit, susurrant doucement :
- Ca ne m’étonne pas. Voyez-vous… le Baiser de Sang, comme je l’appelle, est un peu comme l’acte d’amour. Aussi profond, aussi intense… tout aussi déchirant. Car, lorsque l’on a enfin l’impression de former en toute, d’être en phase avec l’univers entier, d’avoir enfin vu la lumière, le rêve se brise, comme un enchantement. Et l’instant est défunt… jusqu’à la prochaine fois, du moins. Et c’est terriblement douloureux. C’est dans cet état d’esprit que me laissa Julian : j’avais froid, j’avais mal, j’avais peur quand nous nous séparâmes. J’aurais voulu que cet instant d’extase dure éternellement, que jamais il ne meure, mais c’était impossible, bien sûr. Il y aurait par la suite d’autres extases, d’autres paradis à découvrir, mais cela, je ne le savais pas encore.

C’est dans cet état-là que je me réveillai, le matin suivant. J’ouvris les yeux, réveillée par le soleil de l’aube autant que par une fulgurante migraine. Les souvenirs de la veille s’estompaient dans mon esprit, tandis ce que je tentais à grande peine de déterminer où je me trouvais. Une petite pièce, fort bien meublée. Des murs d’un rose très pâle, ornée de grappes de fleurs peintes avec une telle précision que l’on s’attendait presque à voir leurs corolles délicates s’ouvrirent aux rayons timides du soleil. Au plafond, des scènes champêtres, emplies de fées, de lutins, des centaures et de satyres gesticulant joyeusement dans une sarabande mythologique. En face de moi, éclairée par la haute fenêtre qui donnait sur le Boulevard, une petite commode à miroir ovale, sculptée avec adresse dans un bois très clair presque blanc. Et puis… des rideaux rosés, aussi vaporeux que les nuages célestes, tendus aux fenêtres et autour de mon lit. Lit d’ailleurs fort agréable, moelleux à souhait, aux draps de soie. Sur le sol, un étalage de tapis aux teintes fuchsia, pourpres, ou bordeaux. Et bien sûr, des chaises, une petite table ronde, une imposante étagère chargée de livres vénérables, offrant leurs dos de cuir à mon regard perplexe. Jamais de toute ma vie je n’avais vu pareil étalage de luxe, de richesse, de bon goût. Cette chambre était à elle seule une symphonie, une merveille pour les yeux, un hommage aux sens. Un pur chef-d’œuvre. Mais moi, je m’interrogeai, sans prêter attention à tout cela. Comment étais-je arrivée jusqu’ici ? Et d’ailleurs, où étais-je… ? Peu à peu, les souvenirs refluèrent, vagues et imprécis. Je revoyais pourtant distinctement le visage de Julian, comme si on avait braqué sur lui un projecteur. J’en déduisis que j’étais chez lui. Pourquoi, je l’avais oublié, mais je ne m’en souciais même plus : étrangement, l’idée de quitter cette maison ne m’effleura pas une seule fois.

Non. D’ailleurs, je n’avais pas l’esprit à cela. Ma migraine empirait, et je sentais des vagues de nausées affluer en moi, soulevant mon cœur avec force, comme pour mieux l’emporter. Et puis… j’avais soif, terriblement soif. Je rêve de quelque chose de doux… de quelque chose de frais. Du vin, peut-être ? Non, pas du vin. Une pomme… oui, une belle pomme bien mûre, bien juteuse, comme celle que je croquais, enfant dans le verger de mes parents. Je tournais la tête. À côté de moi, sur une table de nuit, un panier de pommes… Si proches… les fruits, d’un beau rouge, intense et brillant, luisaient, comme pour mieux me tenter. Je salivais. Inconsciemment, j’en saisi une, et croquai à pleine dent la chair tant désirée. J’en dévorai une puis deux, puis trois, ma faim jamais rassasiée. C’était comme si je mangeais des cendres. Le goût, la texture, l’odeur y était mais… cela ne m’apaisait pas. J’avais faim d’autre chose. Mais de quoi… ? Je l’ignorais.

Une fois les pommes dévorées, je me levais, non sans peine. La tête me tournait, et je n’arrivais presque pas à marcher. Pourtant, j’éprouvais le besoin irrépressible de me lever, et d’arpenter cette demeure encore inconnue. Je fis quelques pas dans la chambre, non sans mal, m’habituant à cette désagréable sensation de vertige. Puis, jugeant que j’étais… prête à « affronter les autres pièces », si je puis dire, je sortis de la chambre. Le couloir s’étendait devant moi, pareil à mon incertain souvenir. Mais les chandelles avaient été mouchées, et la lumière grise de l’aube éclairait faiblement le sol. Curieuse malgré mon malaise, j’ouvris les portes, les unes après les autres. Et dans chacune des salles, je découvrais à nouveau le même luxe, la même arrogance aristocratique dont le décor recherché faisait à nouveau preuve. Un bureau ; un salon de musique ; une bibliothèque ; une salle à manger ; une salle de bain ; une cuisine… Ce fut cette dernière qui attira le plus mon attention, car elle semblait inutilisée et abandonnée depuis un certain temps déjà. La poussière et les toiles d’araignées envahissaient les murs ; le poêle n’était plus qu’une ruine, et de la vaisselle brisée gisait sur le sol. Qui donc pouvait vivre ainsi… ? Je n’en savais rien. Et puis enfin, j’arrivais devant une porte, peut-être un peu plus différentes que les autres. En ébène de la plus belle espèce, travaillée avec soin, et sculptée, semblait-il, de minuscules personnages, tantôt debout, tantôt à genoux ou couchés, dans une attitude de supplication douloureuse. Hideux. Je fronçais les sourcils, dégoûtée. Mais, curieuse, je tentai de l’ouvrir, comme j’avais fait avec les autres. Peine perdue, elle resta close. La douleur refit soudainement surface. Deux points brûlants, contre ma gorge, m’élançaient avec une telle force que la tête me tournait. Je chancelai, me retenant avec peine au mur. Sous mes doigts, le sang battait avec force dans mon artère, semblant vouloir se libérer de lui-même. Je me laissai descendre contre le battant de la porte interdite, comprenant dans mon délire fiévreux qu’il y avait là un secret que je ne pouvais deviner. Puis je sombrais à nouveau dans l’inconscience…
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 2 Oct à 23:07

Lorsque je m’éveillai pour la seconde fois, le soir était tombé, et avec lui, les ténèbres, le froid. La nuit envahissait la pièce où je me trouvais, m’empêchant de discerner les contours de ce lieu inconnu. Etendue sur un dallage glacé, j’ouvris péniblement une paupière, puis l’autre. La douleur irradiait à mon front, me brûlant comme une fièvre tenace, mais ce n’était rien à côté de la soif et de la faiblesse que je ressentais. Mes forces m’avaient abandonnée et je gisais là, poupée de chiffon sans aucune volonté. Impuissante, contrainte à rester immobile, je scrutai alentour, espérant distinguer quelque chose… n’importe quoi. Peu à peu, mes yeux douloureux s’habituèrent à la pénombre ambiante, et je puis poser autour de moi un regard brillant de peur, de crainte. Les murs étaient de pierre, brutes et froides, à ce que je pouvais en juger. Je discernai avec peine une fenêtre, minuscule, comme un portail ouvert sur la liberté. La lune apparaissait à moitié par la vitre, mais je su que l’ouverture donnait sur le Boulevard, car j’entendais indistinctement les bruits des noctambules qui erraient dans Paris, nombreux malgré l’heure avancée. Une chose attira mon attention : au milieu de la pièce, posé sur le dallage de marbre, une longue forme sombre, semblable à un rectangle lugubre. On aurait dit… une sorte de caisse, de boîte, mais je ne parvenais pas à savoir ce qu’il en était. Toutefois, sa seule vue suffit à me glacer d’épouvante. J’avais peur, j’avais froid… très froid. Voulant échapper à ce mal qui me rongeait, je me contorsionnai sur le sol, sans parvenir à me relever. C’est alors que je m’aperçu que mes mains étaient liées, entravées par une fine chaîne d’argent. Fine, mais solide. Soudain, un grincement retentit.

La porte s’ouvrit avec un bruit lugubre de gonds mal huilés. Couchée, je basculai de l’autre côté, cherchant à déterminer ce qui se passait. Quelqu’un était entré dans la pièce. Qui… ? Je ne savais pas. À aucun moment il ne me vint à l’esprit que ce pouvait être Julian. J’étais tellement terrorisée, tellement faible, que je ne pensais même plus à lui. Mais quelqu’un était entré. Tout cela avait été trop vite pour que je puisse discerner la présence de cet inconnu. Il devait être là, tout près, dissimulé dans l’ombre, à m’observer. Je gémis de douleur, autant que de frustration. Cambrée dans cette position inconfortable, la tête me tournait, les poignets m’élançaient. À chaque mouvement ma chair était meurtrie par l’étreinte étroite de la chaîne d’argent. Refusant pourtant à renoncer, je me débattis, voulant me lever, mais c’était peine perdue. Je ne tardais pas à sentir le sang couler sur mes mains. Mon sang. Mes entraves avaient enfin eu raison de moi, et avait étouffé dans l’œuf mon désir de révolte. Je me laissai retombé avec lassitude, soupirant de douleur. Bientôt, des papillons gris, comme autant de funestes messagers volèrent devant mes yeux. Leurs ailes de cendre, aussi fragiles qu’un souffle, effleuraient ma peau, mes cheveux, mes blessures, m’envahissant à chaque fois d’une décharge de douleur, un éclair glacé. Tout cela n’était qu’illusion, bien sûr. Une annonce macabre et solennelle au destin qui m’attendait : la Mort.

Brusquement, une lumière s’alluma. Les flammes des chandelles brillaient d’une lueur orangée, comme un signe de danger. Des candélabres d’argent, ternis, poussiéreux, envahis de toiles d’araignées, s’alignaient contre les murs. Et sur les pierres froides, rudes, des tentures d’une malsaine beauté : explosion de rouge, de noir, de pourpre, d’écarlate et de gris. C’était un mélange redoutable de violence, de morbide, mais qui irradiait pourtant d’une ténébreuse beauté. Une haute cheminée de pierre sombre, face à moi. L’âtre était vide, glacé, tel un puit sans fond qui attendait de m’aspirer dans ses méandres inconnus. Au-dessus, contre les murs, un peu partout dans la pièce, des tableaux, fresques peintes avec la plus grande adresse, et la plus parfaite magnificence. Mais leur splendeur était entachée par la cruauté, la douleur… comme tout ici. En les observant, j’arrivai sans peine à en discerner les traits : personnages prostrés, agonisants, le visage brillant, l’expression suppliante. Je détournai les yeux. Soutenir un tel spectacle relevait du défi. Où diable étais-je donc… ? Je m’aperçu alors que la « boîte », posée au milieu de cette… chambre -si l’on peut dire-… je m’aperçus que cette « boîte » était un réalité un cercueil. Mon cœur se glaça à cette pensée. Un cercueil. Noir et luisant, être sinistre, compagnon des cimetières, il était là. Comme s’il m’attendait. Horrifiée, je manquai de hurler. Je voulais sortir, partir, quitter au plus vite cet antre du Démon, cette prison de corruption. La peur l’emporta sur ma faiblesse, et je me relevai, jambes tremblantes, le cœur au bord des lèvres.

Il était là, debout, me faisant fac. Julian. Impeccable dans son costume de brocard écarlate, des dentelles vénitiennes, exquises, à ses manches, le regard fier, sa chevelure d’or retombant avec grâce sur ses épaules. Et ses prunelles émeraude, qui brillaient d’un tel feu, d’une telle force… Il m’apparut soudain déplacé dans ce décor lugubre et cruel, ange divin descendu des cieux. Imaginez un peu ! Un gentilhomme en habit de cour, au milieu de ce paysage infernal. Impensable ! À sa vue, je chancelai. Les sens me quittaient peu à peu, et je me sentais partir, à peine consciente de ma faiblesse. J’allais mourir pour la seconde fois, et je ne m’en rendais même pas compte ! Trop faible, je glissai à nouveau au sol, mais il me rattrapa, m’évitant ainsi la chute. Il délia rapidement mes poignets meurtris.
« - N’ayez crainte, Louisa, susurra-t-il énigmatiquement. Bientôt, vous irez mieux… beaucoup mieux.
Puis il m’emporta loin de cet endroit, loin de cette pièce sordide, intolérable. Jamais je ne revis ces tableaux, ni cet intérieur. Jamais il ne m’y fit rentrer. C’était son domaine, disait-il, son jardin, sauvage et secret, et je n’y avais pas accès. Pourquoi m’y avait-il conduite, alors, durant cette dernière nuit de ma vie mortelle… ? Je n’en ai aucune idée. Peut-être pour m’effrayer, pour asseoir sur moi son pouvoir déjà grand. En faisant régner la terreur en mon cœur, il pouvait aisément me contrôler. J’’aime à penser que c’étaient là ses raisons. En tout cas, je savais désormais ce que cachait la porte secrète, celle que je ne pouvais ouvrir.

Il me reconduisit dans ma chambre, dans ce cocon de douceur rose qui allait être mon chez-moi pour les quelques dizaines d’années à venir. Précautionneux, il me déposa sur mon lit, me glissant sous les plis accueillants des draps, lisant d’un main ma chemine de nuit blanche, tandis ce qu’il me couvait d’un œil tendre. Je fermai les yeux, incapable de lutter davantage. Je n’en avais plus la force. La souffrance me submergeai lentement, m’ôtant presque toute consciente. Je savais simplement que j’étais au chaud, à présent, et que Julian se trouvait près de moi. Il brillait de blancheur, de pureté, comme une statue de marbre. Ses traits étaient bien trop beaux, sa peau était bien trop lisses et son regard bien trop brillant pour être celui d’un véritable être humain, mais m’en souciais-je, à présent ? Plus rien ne comptait pour moi. Sauf la soif lancinante qui me submergeait, cette soif qui m’étouffait, qui m’aveuglai presque. Il se pencha vers moi et m’embrassa. Ses lèvres étaient douces, son haleine n’avait aucune odeur. Je le laissai faire, trop faible pour répondre. C’est alors qu’il murmura, bas, si bas que je dus tendre l‘oreille pour entendre :
« - Tu souffres, n’est-ce pas, Louisa… ?
J’acquiesçai faiblement. Oui. Oui, je souffre. Et c’est insupportable. Il sourit, continua :
« - Le monde n’a aucun goût, je me trompe… ? Le vin n’est plus rien, les aliments ne sont que cendres, et ta soif est inépuisable, n’est-ce pas… ?
Autre hochement de tête, faible murmure de réponse. Sa voix était douce, langoureuse, comme s’il riait gentiment de moi. Une autre phrase :
« - Tu n’as plus de goût… à rien. Mais…
Il se redressa, charmeur, enjôleur, maître de mes sens incertains, de ma souffrance.
« - Et si je pouvais changer tout cela ? Accomplir l’impossible, et te faire naître à un autre monde… ? Et la souffrance, la maladie et la mort ne seraient pour toi qu’un lointain souvenir…

De quoi parlait-il ? Je ne comprenais pas. Une autre vie, sans maladie, sans mort, sans maux d’aucune sorte... ? Sans mort… cela signifiait l’immortalité, à tout jamais… avec lui. C’était tentant, si tentant… pourquoi pas, après tout ? J’étais déjà morte une fois, je pouvais bien expérimenter l’éternité. Qui d’autre pourrait se vanter d’avoir autant connu ? Ces pensées absurdes et futiles tourbillonnaient dans ma tête comme une nuée d’oiseaux aux couleurs vives, chacun faisant miroiter devant mes yeux le tourbillon exaltant d’une nouvelle existence. Alors Julian posa la question, celle qui scella ma vie, à tout jamais :
« - Accepte-tu, Louisa ? M’accompagneras-tu dans ce nouveau monde… ? Veux-tu venir, ou pas… ?
Je rouvris les paupières, étonnée de voir son visage si près du mien. J’ouvris les lèvres, cherchant le souffle, la force nécessaire pour répondre. Avec peine, j’articulai :
« - Ou… oui… oui.
Ma bouche se posa sur la sienne, incertaine. Je tremblais de tous mes membres, sentant plus que jamais le froid s’insinuer en moi. Les papillons de cendres tournoyaient encore et encore devant mes yeux, plus féroces et voraces que jamais. La fin était proche… je le sentais.
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 2 Oct à 23:08

Julian étira ses lèvres en un sourire, à la fois arrogant et avide. À la lumière des chandelles, je puis voir de minuscules crocs, blancs et pointus, luirent faiblement. Ils avaient l’air terriblement affûtés, armes redoutables faites pour trancher la chair. L’ange blond se pencha sur moi, m’entourant dans le berceau de ses bras, comme un père veillant sur le sommeil de sa fille. Puis… ses doigts se pressèrent sur mes seins, qui se soulevaient rapidement au rythme d’une respiration saccadée. La peur raisonnait à mes tempes : avais-je fait le bon choix… ? Il murmura alors :
« - Reste calme… je vais boire à nouveau ton sang, jusqu’à la limite de la mort, mais ce ne sera pas douloureux. Ne t’inquiète pas, Louisa, tu ne souffriras pas. Mais il faut que tu restes éveillée. Que tu te concentres sur le flot de ton sang, qui coulera en moi. Tu ne sombreras pas dans les ténèbres ; tu resteras consciente. D’accord… ?
J’acquiesçai silencieusement. Il avait l’air ravi, à la fois impatient et attentionné :
« - Bien… bien, ma chérie…
Il se pencha à nouveau. Je sentis ses lèvres contre mon cou. Là… juste sur l’artère.


La vampire fit un mouvement, fluide et rapide. Sa main effleura la peau du sorcier, touchant l’endroit même qu’elle venait d’évoquer. Il frémit à ce contact. C’était froid, glacé même, mais doux comme de la soie. Terriblement troublant. Malgré lui, il détourna le regard, conscient qu’au fil de la soirée, la vampire avait de plus en plus d’influence sur lui. Il fallait remédier à cette situation. Agacé par cette interruption, il gronda d’un ton qu’il voulait dur, pour cacher sa gêne :
- Continuez.
La vampire sourit. Il devenait plus réceptif. Bien. Peut-être arriverait-elle à le manœuvrer facilement… ? Mais elle repoussa cette pensée : elle avait dit son nom, était liée à lui, contrainte d’obéir. Cela la dérangeait-il vraiment… ? Après tout, il dégageait un charisme exceptionnel, séduisant et cruel à la fois. Le servir n’était pas si contrariant, en fin de compte. Elle poursuivit :
- Julian m’enlaça, m’attirant au plus près de lui, contre son sein. Une petite pression, et ses crocs s’enfoncèrent dans ma peau, déchirant ma chair fragile. Une exclamation de douleur m’échappa. Comme auparavant, les minuscules poignards me transperçaient. Et puis… il y eu à nouveau cette extase, cet orgasme presque charnel, alors qu’il aspirait de mon corps abandonné l’essence même de la vie. C’était comme une communion, une révélation. Une étreinte sensuelle, excitante. Je voyais des images, des couleurs, qui dansaient devant mes yeux. J’entendais des sons, des rires, des cris, des voix, sans parvenir à en saisir le sens. Je ne savais pas que je puisais tout cela dans son esprit. Je voyais, j’entendais, sans comprendre. Était-ce la même chose pour lui… ? Il ne m’en a jamais rien dit.

Peu à peu, le plaisir reflua, laissant place au froid, à la mort. Je me concentrai sur les paroles de Julian, malgré ma peur : Tu ne sombreras pas dans les ténèbres ; tu resteras consciente. Je me concentrai de toutes mes forces, pour ne pas sombrer. Et lorsque enfin il en eut fini avec moi, j’étais au seuil de la mort, comme il me l’avait promis. Je regrettai déjà ma décision : c’était pire encore qu’avant. Et allait-il tenir sa promesse… ? Impossible de le dire.
« - Reste consciente. Ne cède pas à la panique.
Inutile de le dire : c’était déjà fait. Horrifiée, je m’aperçu que je ne pouvais même plus parler. Bouger était une chose absolument hors de portée. De minutes en minutes, je devenais plus faible. Le bras de Julian m’enserrai toujours, plus lourd que jamais. J’avais l’impression d’être écrasée, à bout de souffle. Impuissante. Les crocs se retirèrent lentement. Je les sentis quitter ma blessure douloureuse. Me tenant toujours d’une main, il mordit soudainement son poignet gauche, avec une férocité qui me surprit sur le moment. Le sang écarlate gicla, éclaboussant les draps, coulant paresseusement le long de sa peau si pâle. Il contempla un instant ce flot rouge et inépuisable, avant de me tendre le bras en m’ordonnant :
« - Bois, Louisa. Bois.

Il pressa la blessure humide contre ma bouche. Aussitôt, je sentis ce parfum, le puissant arôme du sang, si riche et si différent de tout ce que j’avais connu jusque là. Ma bouche s’entrouvrit et je laissai le liquide visqueux, savoureux, se glisser entre mes lèvres. J’aurais voulu me contrôler, savourer pleinement cet instant, mais c’était impossible. Dès que je sentis la saveur forte sur ma langue, j’aspirais avidement le sang, plus assoiffée que jamais. Je buvais, je buvais à cette source de vie, et tout mon corps se tendait alors que je me laissai bercer par un lent battement de cœur. Un cœur qui nous unissait, Julian et moi, qui vibrait à l’unisson, envoyant dans nos êtres des décharges de plaisir, lui donnant et moi recevant. Une communion, une parfaite fusion de l’âme. Dans le sang et la douleur. Merveilleux. L’extase se poursuivit, et j’aurais voulu qu’elle ne se termine jamais…

Subitement, Julian se rejeta en arrière, dans un cri de douleur. C’était assez, j’avais bu plus qu’il ne fallait. J’essaie désespérément d’atteindre son poignet, d’atteindre ce sang que je désirais plus que tout, mais il me repoussa violemment. Je me renversai sur le matelas, le souffle court, alors que lui, haletant me fixait, les yeux brillants, le sourire satisfait. C’est alors qu’une chose –inattendue à mes yeux- se produisit. Dans un râle de souffrance, je sentis mon corps changer. Des picotements me parcouraient, de bas en haut, comme autant de piqûres d’aiguilles. Affalée sur le lit, je jetai des regards affolés à Julian. Mais lui se contentait de me fixer, sans rien dire. La tête me tournait ; je ne comprenais pas ce qu’il m’arrivait. À ma question muette, Julian répondit pourtant :
« - Tu es en train de mourir. Ne t’inquiète pas, c’est normal. Tu ne fais plus partie des vivants, désormais.
Il se rassit sur le lit, à côté de moi, et me prit dans ses bras, tandis ce qu’à l’intérieur de moi-même, les changements se poursuivaient. La douleur reflua petit à petit, et je me laissai aller à cette étreinte douce. Il me murmurait des paroles douces :
« - N’aie crainte. À présent, tu es immortelle, à jamais. Et tu vivras avec moi.
Enfin, je me laissai retomber sur les cousins. C’était fini. J’étais morte. Encore une fois. Mon compagnon se releva. Encore toute étonnée de cette expérience étrange, je contemplai la pièce, autour de moi. Et… comment dire… ? C’était… différent, oui. Ma perception avait changé, elle aussi, en même temps que mon corps. Le monde était transformé, tout en restant le même. Je… j’ai…
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Syriel
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MessageSujet: Re: L'Alliance de Sang   Dim 2 Oct à 23:09

- Qu’avez-vous vu… ?questionna le mage, avide.
Enfin, il avait savait. Il avait poussé la porte du Monde de la Nuit, et découvert des choses qu’aucun mortel n’avait jamais su… jusqu’à ce jour. Un sentiment d’extrême puissance l’envahit. Il savait.
- Ce que j’ai vu… ? murmura la vampire. Difficile à expliquer. Je voyais les choses avec… beaucoup plus d’intensité, beaucoup plus de précision. J’étais capable de suivre le vol d’une mouche, d’apercevoir le moindre battement de ses ailes, sans même me concentrer. La lumière brillait également de façon différente. Elle était plus vive, plus forte, comme… vivante. Et Julian ! Lui qui m’était auparavant apparu comme un ange de blancheur, une sculpture de glace… il rayonnait de vie, le sang pulsant en lui comme une onde de chaleur. Il brillait. Une luminosité sans pareille l’habitait. Mais il me paraissait en même temps… moins divin, moins surnaturel. Je me rendis compte que son aspect… irréel l’avait quitté, en même temps que ma vie mortelle. Et j’en éprouvais une inexplicable déception.

Il sourit en me voyant l’examiner, avec tant d’attention. Puis il me prit la main, baisant ma peau froide comme un parfait gentleman. Je n’avais pas encore ce teint pâle, ni cet air de glace, mais cela viendrait avec le temps. Oui, les années passant, je blanchirais et m’amincirais, jusqu’à finalement lui ressembler. Il m’expliqua cela, et d’autres choses encore. Que j’étais à présent invulnérable, à la mort, à la maladie, que rien ne pouvait m’atteindre. Hormis le feu, le soleil. Je devais boire du sang pour survivre, mais cela, je l’avais déjà compris. J’aurais désormais une existence nocturne, partagée entre la chasse et d’autres activités tout aussi plaisantes. Mais plus que tout, je devais lui obéir, car il était mon créateur, mon mentor. Il me dit tout cela avec une voix calme, mais au fond de ses yeux de braise brillait une lueur farouche, cruelle.
« - Jamais tu ne me désobéiras, m’ordonna-t-il d’un ton froid. Tu accéderas à tous mes désirs, tu écouteras tous mes souhaits, car je suis ton créateur et que là est ton rôle. M’obéir. En échange, je te dévoilerai en temps voulu les secrets qui régiront à jamais ta vie. Et tu resteras avec moi, pour toujours, car sans moi, tu mourras.

Je hochai la tête : j’avais compris. Mais où était donc passé l’homme attentionné, doux et gentil, que je connaissais jadis ? Il semblait avoir disparu derrière un voile d’arrogance et d’exigence. Julian n’avait en rien perdu de sa beauté, de son charisme, mais inexplicablement, j’en vins à le haïr. Il avait l’air si sûr de lui, si prétentieux… ! Il me donnait des ordres, alors que tout ce que je souhaitais, c’était écarter les mystères de ma nouvelle condition. Avait-il vraiment changé… ? Je décidais de remettre mon jugement au lendemain, car Julian donnait des signes de départ. Il me prit doucement par la main, me forçant à me relever du lit, puis me fit venir au milieu de la pièce. Quelle ne fut pas ma surprise de voir, ouvert sur le tapis floral, un cercueil de bouleau clair, poli et lustré ! Du satin d’un rose foncé, légèrement rembourré, en bordait l’intérieure, rendant l’aspect confortable. Julian le fixai avec un sourire, avant de m’inviter, d’un geste, à m’y allonger. J’eus un mouvement de recul, horrifiée.
« - Allons, Louisa, ne fais pas l’enfant ! me réprimanda-t-il.
« - Mais… mais… balbutiai-je. C’est un cercueil… !
C’était les premiers mots que je prononçais depuis ma métamorphose, et j’en éprouvais un soudain soulagement.
« - Evidemment que c’est un cercueil ! maugréa-t-il en me saisissant par la taille, m’attirant à lui.
Il était soudain rieur.
« - Nous dormons dans des cercueils, ma chérie ! Car ainsi, nul ne saurait troubler notre repos…

Il posa sa bouche sur la mienne, m’emportant dans un baiser vibrant de passion. Je sentais le sang pulser sous sa peau, et j’eu soudainement envie de le mordre. Mais je me retins, consciente que ce n’était pas la chose à faire. Il me souleva alors, et m’allongea dans le cercueil. Je m’y installai, non sans crainte, tandis ce qu’il s’agenouillait à mes côtés, prince charmant à côté de sa belle endormie. D’une main tendre, il caressa mon visage. Un frisson de plaisir me parcourut, plus fort que je ne m’y attendais.
« - Dors, mon trésor, murmura-t-il. Demain est un autre jour. N’y pense pas. Quand tu t’éveilleras, je serais là, et je t’attendrais. Je t’enseignerais les secrets du monde, et je te montrerai notre royaume. N’aie crainte… Armarek veille sur toi.
Je souris, et il m’expliqua :
« - Ce sera mon nom, désormais. En public, tu m’appelleras ainsi. Armarek. Mon nom de vampire. Nul ne doit savoir ma véritable identité, car sinon, je mourrais. Mais toi tu peux, ma chérie, car tu es ma créature, mon adorée. Et tu ne peux me faire aucun mal. Alors… je serais Armarek pour les autres, et Julian pour toi.
« - Et moi… qui serais-je ?murmurai-je en l’embrassant à nouveau, enfouissant mes doigts dans sa chevelure d’or.
Il réfléchit un instant, puis :
« - Herquorke. « La Puissante », dans la langue ancienne. Oui… Herquorke.
Je souris. Le nom me plaisait. « La Puissante ». C’était toute une destinée qui s’ouvrait à moi. Enfin, Julian s’écarta de mon étreinte, et fit glisser le couvercle du cercueil, non sans m’avoir embrassée une dernière fois.
« - Dors, mon amour. Demain, tout sera différent, tu verras. Demain, tu seras vampire… pour l’éternité.



Et voilààààà... c'est fini! La suite bientôt... enfin j'espère...! Ca vous a plus? Tu en as pensé quoi, Velda? Vos réponses sont très attendues... dwarf
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